Aviation militaire, voltige, Tom Cruise, ovnis…Entretien XXL avec Jack Krine

La vie de Jack Krine est digne de celle d’un héros du cinéma. Pilote de chasse dans l’Armée de l’Air, moniteur, instructeur, membre de la Patrouille de France, pilote de ligne, l’homme a tout connu en vol ou presque. En 1975, il fut même le témoin privilégié de ce qu’il qualifie lui même d’ovni. Jack Krine nous fait l’amitié de revenir sur quelques temps forts de sa vie, expliquant notamment la place du sport dans la vie d’un pilote, racontant sa rencontre avec Tom Cruise ou encore sa mystérieuse observation d’il y a près de 50 ans…

-L’on imagine qu’il faut une condition physique parfaite pour pouvoir devenir pilote de chasse, quel entraînement avez-vous suivi ?

-Je ne vais pas être dans les normes ! Effectivement, pour être pilote de chasse il faut normalement être bien bâti, je pense même qu’il y a une taille minimum et une taille maximum, il faut être en bon santé. La visite médicale d’aptitudes est de plus en plus pointue, avec des tas de normes, au point de vue cardiaque, des yeux… Il faut être parfait partout ! Mais il ne faut pas se décourager parce que moi je suis né pendant la guerre, j’ai failli mourir à la naissance, j’ai eu toutes les maladies infantiles que l’on peut imaginer jusqu’à 7/8 ans, mais je voulais être aviateur. Si ce n’est une vocation, c’était une idée fixe. Cela conditionne l’énergie vitale, vos émotions, votre cerveau, ça vous aide à traverser toutes les épreuves. J’étais mal foutu quand j’étais gamin mais j’avais cette énergie vitale. Alors, j’ai fait du scoutisme, du parachutisme, j’ai fait la préparation militaire, et puis ça m’a permis de traverser toutes les étapes. Tout le monde me décourageait et me disait de trouver autre chose mais pour moi c’était niet, c’était ça ou rien. J’ai reçu le concours écrit puis ce fut l’examen physique, avec un petit test d’effort, une analyse sanguine, un examen psycho-technique…C’est forcément plus pointu aujourd’hui qu’à mon époque mais, pour les jeunes qui veulent se lancer, il y a toutes les infos sur internet.

-Avez-vous eu peur d’échouer ?

-Dans notre culture, quand on a un grand désir, la première réaction est l’angoisse, on pense à tous les obstacles qu’il va falloir franchir et on se dit que ce n’est même pas la peine d’essayer. Moi, j’étais dans le contraire et j’ai senti une énergie propice derrière moi. Je raconte toujours cette anecdote où, quand l’infirmière est arrivée pour faire signer mon dossier par le médecin, elle devait avoir un décolleté tellement superbe que ça devait être plus intéressant à regarder pour le docteur que mon dossier ! Toute ma vie j’ai senti des choses comme ça, où les choses se présentaient mal mais où j’avais une certaine inconscience qui attirait les bonnes choses.

-Une fois votre place acquise, comment vous entreteniez-vous ?

-Quand j’étais en escadron de chasse, il y avait du sport. On a fait du foot mais on a arrêté après qu’il y ait eu quelques chevilles de travers. Moi je venais sur la piste à vélo ; quand j’étais instructeur et que je suis passé officier, c’était mal vu, et puis deux ans après tout le monde s’y est mis ! Il y a une ambiance dans l’aviation militaire où le sport est naturel, il y a un footing le matin, c’est « un esprit sain dans un corps sain ». Il y avait des parcours évasion de temps en temps pour nous éprouver un peu pendant l’hiver, il y avait des tests de résistance, des tests de caractère… On était des sportifs !

Il y a une ambiance dans l’aviation militaire où le sport est naturel.

-Quelles étaient vos aptitudes et quelles compétences avez-vous acquises ?

-En ce qui me concerne, j’étais un petit nerveux. J’avais beaucoup d’influx nerveux, d’ailleurs j’ai fait des arts martiaux à partir de 12/13 ans, c’était la mode, ça commençait à venir, j’ai fait du judo, du karaté… J’étais un petit guerrier, peut-être que je suis né avec un petit complexe et qu’il fallait que je m’impose. J’ai continué au lycée, j’ai appris la discipline, l’attitude du guerrier, ça s’apprend, le combat s’apprend.

On a appris le « close combat » avec des commandos, la baïonnette, à savoir parer un coup de couteau… On apprenait à se foutre sur la gueule ! Ça rentrait dans le cursus du pilote de chasse.

J’avais un très bon coeur et ça m’a sauvé tout au long de ma carrière. On faisait de la voltige aussi, et on voyait si on tenait, moi je tenais bien les facteurs de charge, je tenais 16G. 16G c’est 7 fois son poids. C’est le coeur qui doit travailler 4 ou 5 fois plus, ça peut provoquer ce qu’on appelle « le voile noir », si ça va trop loin on tombe dans les pommes. Si vous voulez faire ce métier il faut être en bonne condition ! Il faut en vouloir ! Avec la Patrouille de France on se faisait des courses de vélo entre nous.

Je continue de piloter aujourd’hui, la médecine est de plus en plus pointue car ils ont peur des conséquences en cas d’accident. Les marges sont minimales. Maintenant on passe chez le psy aussi. Il faut être prêt en cas de danger, certains sont très « cool » mais deviennent des vrais « tueurs » en cas de besoin, et d’autres qui sont impressionnants en temps normal ont une paralysie en cas de danger.

-Quelle sensation aimez-vous tant en arpentant le ciel ?

-À chaque fois que je remets les fesses dans un avion, c’est un désir qui se réalise. Si je fais un petit vol peinard, c’est peinard, mais je fais encore des vols de voltige en présentation, en meeting, et là mon cerveau et mes yeux se mettent dans un état émotionnel particulier. Quand vous êtes amoureux ou si vous avez acheté une super bagnole de course et que vous allez sur un circuit, rien que le fait d’y penser va vous mettre dans un état d’énergie redoutable, et bien dans l’avion c’est pareil ! La mobilisation corps-esprit-émotion est toujours la même. Et quand le plaisir s’arrête, vous arrêtez de piloter. Voler, c’est le meilleur remède que j’ai dans la vie !

Voler, c’est le meilleur remède que j’ai dans la vie !

-Que pensez-vous des courses aériennes, dont Red Bull fut un partenaire majeur pendant longtemps ?

-J’ai fait des courses aux Etats-Unis et en France, en T-6. Au Castellet c’était une course un peu standard comme on fait aux Etats-Unis, entre poteaux. C’était pendant un meeting, pour faire une manifestation qui sortait de l’ordinaire, on était une dizaine d’avions. C’était plus une démonstration qu’une course pour gagner parce que déjà à l’époque il y avait certaines normes à respecter. C’était spectaculaire ! Il y avait des techniques à adopter. Il y a une manière de prendre de l’énergie, d’attaquer les virages, c’est du pilotage fin, avec le nez un peu bas. C’est un peu comme les pilotes de course en voiture, il faut avoir un certain coup d’oeil, ça s’apprend. Vous vous prenez au jeu, je peux vous le dire ! C’est presque comme un combat aérien quand vous vous mettez derrière un avion pour le descendre, mais là, le but, c’est de passer devant l’autre.

-En 1986, le film Top Gun sortait sur les écrans et rencontrait un grand succès. Vous étiez déjà un pilote très expérimenté à l’époque, alors comment avez-vous accueilli le film ?

-Très positivement ! Il a fait un film qui résumait un peu ma carrière. Quand j’étais pilote de chasse actif, c’était la guerre froide. De Gaulle avait dit aux Russes « vous nous menacez avec votre bombe atomique parce qu’on est entre vous et les Américains, mais nous aussi on a la bombe et si vous venez nous chatouiller on caramélise Moscou ! ». L’état major français a envoyé des jeunes qui allaient bien dans les escadrons de chasse pour aller remuer un peu la routine dans des écoles. On m’a donc envoyé dans une école, moi j’étais fâché parce que d’habitude on envoie plutôt les pères de famille, mais moi on m’a dit « non non, toi tu reviens dans les forces dans 2 ans ». Quand je suis arrivé là-bas je venais de passer officier, j’étais chef moniteur et aucun de mes élèves n’a raté une mission, ils sont tous sortis, il y en a même qui ont fini généraux ! À un moment, j’ai un chef médiocre sous couvert de vertus qui a eu peur d’un type qui savait prendre des risques et les maîtriser et je suis devenu un type potentiellement dangereux dans son idée, donc j’ai eu une sanction un peu comme dans Top Gun. moi j’ai eu 60 jours d’arrêts de rigueur.

Son personnage à Cruise c’est un peu toujours le même, c’est un personnage qui a du talent, qui a la Foi, qui a la volonté que ça réussisse et qui se heurte à des énergies contradictoires, parce que c’est le politique qui commande et il ne veut pas que ça lui retombe sur la tête. Il y a toujours aussi un chef militaire qui ne veut pas que l’on puisse lui reprocher d’être allé trop loin, parce qu’il pense à la suite de sa carrière. Cruise est parfait, il y va et il prouve qu’il a raison.

Le film a eu un succès mondial, Maverick est presque un idéal de personnalité. La suite est bonne aussi !

Avez vous déjà pu échanger directement avec Tom Cruise ?

-Je suis un pote de Tom Cruise ! Je suis vice-président de l’Aéro-Club de France et on l’avait invité l’année dernière. C’est typique de la culture américaine, ce type-là est venu des Etats-Unis et il était vraiment honoré de la médaille qu’on lui remettait.

C’est la présidente Catherine Maunoury, plusieurs fois championne du monde de voltige notamment, qui lui a remis sa médaille. Moi je faisais partie du petit comité et j’en étais très fier.

J’ai fait partie des privilégiés, j’ai discuté avec lui. Tous les pilotes de l’armée de l’air ont beaucoup d’admiration pour lui. Ce type-là est authentique, Je pense qu’il a dû avoir une existence assez merdique pour développer ce côté positif et dire au monde qu’on peut vivre et réussir en respectant des principes.

Dans un tout autre registre, vous avez vécu une expérience à part le 23 septembre 1975 en étant confronté en vol à ce que l’on peut qualifier d’objet volant non identifié, plus communément appelé ovni.Pouvez-vous nous raconter cet épisode ?

-C’était encore la guerre froide et on s’entraînait à des rassemblements en vol de nuit. Il faut savoir que la nuit, on n’a pas de notion de distance, de volume et de vitesse relative, c’est donc un bel exercice. C’étaient les débuts du Mirage 3, on commençait à avoir des radars, on partait à deux avions, à 45 000 pieds dans une zone qui nous était réservée dans le Nord de la France, avec un contrôleur au sol.

Sur la première partie j’étais plastron, Je regarde ce qui se passe autour de moi, je surveille le ciel, et là je vois ce que je prends pour un trafic, il y avait de la lumière, j’appelle le contrôleur et je le préviens, je lui dis qu’il n’a rien à faire là. Le contrôleur me dit qu’il ne le voit pas. Mon collègue arrive et il voit aussi le trafic dans nos 10 heures. Là, on arrête notre exercice et on se transforme en police du ciel, c’était notre mission. Le ciel français comme le ciel des autres États ne peut pas être traversé par quelqu’un qui ne peut pas être identifié. On fonce dessus et au moment où il s’est senti en danger, il dégage, mais c’est « vitesse lumière », et à l’époque les films d’anticipation n’existaient pas. Il nous a laissés sur place, c’était fulgurant, il a accéléré et il a disparu dans la seconde. On se dit « merde, qu’est-ce que c’est que ce truc ? ». On n’avait pas de contact radar mais ça n’a rien brouillé, on n’avait pas de problème radio.

On reprend notre entraînement, là je suis dans la position du chasseur, et je vois à nouveau l’objet comme s’il nous observait. Alors rebelote, avec le contrôleur qui ne voit toujours rien, on accélère comme des dingues, c’est « cas de collision », et au moment où on arrive à proximité, il disparaît à nouveau. Et ça se passe une troisième fois.

Bon, à un moment on n’a plus de pétrole, on rentre, on se pose, le contrôleur a dû partir. On se regarde avec mon pote, on se dit « qu’est-ce qu’on fait ? ». Je dis, « on voit si on nous demande demain, et si on nous demande on raconte, sinon on ne dit rien, parce que ce n’est pas dans les clous, ou on nous envoie chez le psy ou on nous emmerde et on nous empêche de voler », et nous c’était notre truc à l’époque.

C’est le genre d’observation faite par beaucoup d’avions par la suite.

Il nous a laissés sur place, c’était fulgurant, il a accéléré et il a disparu dans la seconde. On se dit « merde, qu’est-ce que c’est que ce truc ? ».

-Les témoins de ce genre de scène sont parfois moqués. Pourquoi avez-vous tout de même décidé de vous exprimer et de participer à des émissions ou des conférences dédiés aux phénomènes aériens non-identifiés ?

-J’ai dû mettre 10 ans avant d’en parler, c’était pour un jeune homme responsable de la partie aéronautique de VSD, il faisait une enquête sur les ovnis et je lui ai dit que j’en avais une bonne à lui raconter. À partir de là j’ai commencé à en parler. Je m’étais permis de dire à un chef d’état-major de laisser ses pilotes faire des rapports s’ils voyaient des trucs, qu’un jour il y aurait forcément des corrélations avec ce qu’ils ont vu. Maintenant, l’armée de l’air est tout à fait ouverte aux observations.

Le problème c’est que de temps en temps, il y a des modes, il y a des périodes où on en voit beaucoup. Quand on a commencé à en parler dans les médias, ça a permis à des gens de passer à la télé. Plein de gens ont vu des trucs assez étonnants, je crois que 80 % du temps, ça s’explique, mais il y a toujours des cas qu’on ne sait pas expliquer. Il y a des gens dignes de foi qui n’avaient pas pris un pétard le soir où ils ont vu quelque chose.

Quelles sont les sources sérieuses que vous conseilleriez pour les gens intéressés par le sujet, et, au contraire, prenez-vous certaines précautions ? L‘on sait que certaines sectes essaient de profiter de l’engouement autour des ovnis pour attirer de nouveaux membres.

-Il faut du bon sens d’abord. Il y a de la documentation partout, il y a des bouquins, des journalistes, des émissions documentées… Mais il y en a toujours qui arrivent pour attraper tout le monde. Internet peut être un outil fabuleux mais on peut aussi inventer n’importe quoi. Donc restez prudents. Il y a une certaine peur et des gens malhonnêtes en jouent.

-Le président américain Donald Trump a lancé une déclassification, accordez-vous du crédit à cette démarche ?

-Les Américains sont les maîtres de la manipulation, ils ressortent des documents quand ça les intéresse, quand ils ont besoin de cacher des choses dans l’actualité, parce que émotionnellement ça intéresse tout le monde. Et quand ça n’a plus d’intérêt ils n’en parlent plus…

-Steven Spielberg a réalisé un nouveau film sur le sujet. Les œuvres dédiées aux ovnis et à la vie extraterrestre vous intéressent-elles ?

-C’est toujours pareil, il y a du bon et du mauvais. Je n’ai pas un film particulier en tête mais il y a des films extraordinaires où le scénario présente les relations possibles entre les peuples de l’univers, les techniques possibles qui évoluent, les transportations, etc. Il y a des cinéastes et des acteurs qui ont fait des choses vachement bien.

-Souhaiteriez-vous dire un dernier mot pour conclure cet entretien ?

-Il est aussi stupide d’écouter les charlatans qui vont vous faire peur à travers le sujet des ovnis pour prendre un pouvoir sur vous que de se couper complètement de ça !

Propos recueillis par Alexandre Taillez

Droits photos : Jack Krine

Un grand merci à Jack Krine pour sa disponibilité !

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