Les chroniques de Guillaume Warmuz #2 : La Coupe du Monde

Dans ce 2e numéro des chroniques de Guillaume Warmuz, l’ancien gardien de but du RC Lens, du Borussia Dortmund ou encore de l’AS Monaco nous parle de la Coupe du Monde, actualité oblige ! Au programme : souvenirs, analyses, pronostics, coup de coeur et « coup de gueule ».

Mes premiers souvenirs de la Coupe du Monde

Mes plus vieux souvenirs de la Coupe du Monde remontent à 1978. Je me souviens des Français et de la Hollande qui perd en finale contre l’Argentine. Je me souviens de 1982 aussi, bien sûr, avec la demi-finale de l’Équipe de France.

À l’époque, je n’étais pas encore focalisé plus que cela sur les performances des gardiens de but. Mon intérêt pour les gardiens a commencé à mes 14 ans, avec l’Euro 1984 puis le Mondial 1986. C’était le temps de Joël Bats, qui avait un style très fluide, très léger. Au Mexique, il arrête un penalty puis un tir au but en quart de finale de la Coupe du Monde contre le Brésil…

À l’OM, au contact de légendes de l’Équipe de France

À Marseille, j’ai joué avec des figures de l’Équipe de France comme Jean Tigana et Manuel Amoros. Ce sont des types formidables ! Jean Tigana avait une espèce de rigueur gentille, il avait une bonhomie mais il était très rigoureux. Et puis il y avait JPP qui était un fanatique du fait de marquer des buts… Chaque personnalité, chaque personne était plutôt enjouée, naturelle, avec une bienveillance et l’idée de jouer pour gagner, avec le sourire. Toutes ces expériences avec tous ces grands joueurs ont été extrêmement bénéfiques pour moi. C’étaient des compétiteurs, ils voulaient ramener des trophées, mais en même temps ce n’étaient pas des gens qui étaient durs, ils étaient ouverts même s’ils avaient une grande exigence professionnelle. Manu Amoros aussi, il avait un visage un peu fermé mais il était très gentil, moi j’étais jeune stagiaire à l’OM et je garde de très bons souvenirs avec lui. Je l’ai recroisé quand il était à Lyon. Tous ces gens qui ont joué des Coupes du Monde étaient extrêmement attachants et d’une grande détermination pour leur métier. Ils racontaient quelques anecdotes sur leurs voyages, ça fusait comme ça dans la vie courante, ils n’étaient pas du tout individualistes, c’étaient des partages, une vie de vestiaire.

Manuel Neuer, le meilleur

Manuel Neuer est sorti de sa retraite internationale et va disputer une nouvelle Coupe du Monde avec l’Allemagne. Pour moi, il est le numéro 1 mondial de tous les temps au poste de gardien, il succède à Lev Yachine. Yachine est celui qui a vraiment introduit en 1963 « la posture du gardien », qui la valorise, qui met en avant la dimension imposante de ce que doit être un gardien, une personnalité qui doit se montrer, tout faire pour empêcher l’adversaire de marquer des buts, un style avec son maillot noir… Il a marqué son temps, avec son Ballon d’Or. Et derrière, pour moi, la deuxième révolution, c’est Neuer. Je pense qu’il va rester un moment à cette place, il va falloir du temps pour trouver un gardien qui lui succède en inventant quelque chose d’autre.

Il faut reparler de l’instauration de la règle du jeu au pied en 1992, jusque-là les gardiens avaient essentiellement l’idée de conserver l’intégrité du but, de la défendre. Quand Neuer arrive, il modifie complètement cette perspective, il entre de plein pied dans le monde moderne, avec une révolution de l’attitude du poste. Il reste toujours le dernier rempart mais il ne fait plus uniquement ça, il défend beaucoup plus haut, il va chercher des ballons beaucoup plus loin dans sa surface de réparation, il a une relance à la main qui est prodigieuse, il a une bonne lecture du jeu, il joue comme un 11e joueur de champ, que ce soit dans des interventions défensives mais aussi dans sa faculté à jouer des deux pieds.

Une 6e Coupe du Monde pour Guillermo Ochoa !

Ochoa est un passionné du poste, c’est une personnalité. Notre fonction est à contre-courant de l’immédiateté, les jeunes joueurs qui sont attaquants ou milieux doivent immédiatement répondre présent, ils sont dans la force de l’âge du footballeur entre 19 et 30 ans. Nous c’est l’inverse, à 19 ou 20 ans, certains percent déjà et ils peuvent même remporter un trophée majeur, mais c’est surtout leur durée dans le temps qui va faire d’eux des gardiens d’exception. Ochoa est dans cette lignée-là, de ces gardiens qui aiment leur métier, leur fonction, et qui surtout sont compétents, performants…C’est comme Neuer, peut-être qu’il y a d’autres bons gardiens derrière mais leur prestance, leur caractère et leur charisme en imposent peut-être plus que leur vitesse ou leur vivacité qui s’atténuent forcément avec le temps. Comment peut-on l’expliquer ? Par la passion et le professionnalisme.

Les Bleus favoris !

Je pense que, dans cette Coupe du Monde, les Bleus sont favoris avec l’Espagne. Après, il y a tout un tas de nations qui sont secondaires. Attention aux États-Unis chez eux et, s’il fallait citer un outsider, je dirais la Norvège. Ça va être difficile pour les Français contre eux, il n’y a pas que Haaland, ils ont une bonne équipe, mais malgré tout je ne vois pas de plus grand favori que la France.

Coupe du Monde : Ce qui me plaît…et ce qui me déplaît

Ce qui me plaît avec la Coupe du Monde, c’est que c’est vraiment le sport le plus populaire qui s’exprime pour le monde, en faisant participer les cinq continents. Dans chaque groupe, il y a l’opportunité de rencontrer des peuples différents, des nations différentes, des cultures différentes, c’est quelque chose d’exceptionnel. Au passage, n’oublions pas que les inventeurs de la compétition étaient français, il faut leur rendre hommage ! Et je crois que cette culture de Mondial tous les 4 ans doit être respectée dans le temps pour justement que les peuples du football des cinq continents puissent se rencontrer, ça c’est formidable.

Ce qui me déplaît, c’est que, maintenant, une édition puisse se jouer dans des pays et des continents différents. Pour moi, une Coupe du Monde doit se jouer uniquement dans un pays, un pays hôte qui doit tout assumer. Je trouve que c’est un peu dérangeant. On sait qu’en 1986, c’était au Mexique, qu’en 1998, c’était en France, donc pour moi c’est un peu dérangeant quand cela a lieu dans plusieurs pays. Un pays qui reçoit la Coupe du Monde, ça le marque éternellement d’accueillir toutes les nations chez lui. En 1998, c’était formidable. L’Afrique du Sud s’entraînait à Vichy, à Paris il y avait l’Italie, le Brésil était à tel endroit…ça marque le pays ! Partout où les Coupes du Monde se sont produites, tout le monde retient la beauté du sport.

Pour moi, toutes les Coupes du Monde sont des moments importants, j’aime prendre le temps de voir les matchs de poule, des affrontements improbables !

Guilaume Warmuz

Pour lire ou relire la chronique précédente : Les chroniques de Guillaume Warmuz #1 : La dimension mentale

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