La légion saute sur Kolwezi est un film de guerre français retraçant une opération aéroportée de la légion étrangère en Afrique australe. Curieusement, le film comme l’opération militaire sont de nos jours quasiment méconnus… on se demande bien pourquoi ! Cet article nous donne aussi l’occasion d’évoquer une rencontre exceptionnelle avec le Lieutenant-colonel Zlatko Sabljic…
Le résumé du film
Mai 1978.
La ville de Kolwezi au Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo ou RDC) abrite un important centre minier extrayant du cuivre. Kolwezi se trouve dans la province du Katanga (rebaptisée Shaba par le pouvoir du général Mobutu) à moins de cinquante kilomètres de la frontière avec la Zambie et à environ cent soixante kilomètres de l’Angola.
Des milliers de mineurs, européens et américains, travaillent et vivent à Kolwezi avec leurs familles au côté de leurs collègues et amis africains.
Pierre Delbart (interprété par Bruno Cremer) est un de ces mineurs mais celui-ci s’apprête à quitter la ville avec sa famille pour retourner en France. Malgré la menace de la rébellion katangaise dont les combattants sont réfugiés en Angola et en Zambie voisines, la vie entre Européens et Africains se déroule paisiblement… comme au Rwanda, entre Hutus, Tutsis et Européens à l’aube du 7 avril 1994.
Le 13 mai, les rebelles katangais lancent une offensive sur Kolwezi et prennent rapidement la ville aux FAZ (Forces Armées Zaïroises) dont certains éléments se rallient aux rebelles.
Le film montre les rebelles katangais comme des combattants bien organisés et bien armés. Certains se comporteront de manière civilisée mais la plupart se livreront à des massacres, au pillage et organiseront une vaste prise d’otages des populations civiles, européennes comme africaines.
Très vite les Katangais et les civils africains qui se rallient aux rebelles instituent des tribunaux afin de juger les otages européens et les faire exécuter sitôt après une parodie de justice, rappelant le lointain héritage de la Révolution française ou les procès staliniens (les rebelles katangais étaient armés et entraînés par les Angolais, eux-mêmes l’étaient par Cuba qui eux-mêmes l’étaient par les Soviétiques. CQFD). D’ailleurs, dans le film, à aucun moment l’ombre de Moscou n’est évoquée ouvertement, mais durant le procès expéditif de Pierre Delbart, on aperçoit un Blanc auprès duquel les rebelles Katangais prennent conseil…
L’opération Bonite
A Kinshasa, l’ambassadeur de France (interprété par Jacques Perrin) et le colonel Grasser (Pierre Vaneck) suivent l’évolution de la situation à Kolwezi. L’opération rebelle est une tentative de sécession du Katanga du reste du Zaïre mais a également pour but de déstabiliser le pouvoir du général Mobutu.
Le 2e REP de Calvi est mobilisé et récupère ses sections en plein exercice pour une opération dont ils ne savent encore rien.
Le téléspectateur suit pas à pas les légionnaires parachutistes de leur casernement jusqu’aux rues de Kolwezi par l’intermédiaire de l’adjudant-chef Federico (Giuliano Gemma) et des légionnaires Niokolo et Murat. Les meilleures blagues du film sont dispensées par ces trois-là, soulignant l’esprit léger et subtil de nos chers légionnaires.
Équipée avec des parachutes américains bricolés et devant se passer de l’antenne médicale, l’opération aéroportée de la légion doit absolument être avancée. Les rebelles katangais sont renseignés par leurs alliés angolais sur l’arrivée de troupes européennes. Ils décident donc d’évacuer Kolwezi et reçoivent aussi l’ordre de saboter les installations minières et d’exécuter tous les otages européens.
La guerre, la bravoure et les travers du genre humain
La légion saute sur Kolwezi n’est pas un grand film mais il est un film honnête, sans la débauche d’effets spéciaux et les prétentions des blockbusters modernes et leurs tendances insupportables à donner des leçons tout en distinguant de façon manichéenne et grossière les « gentils » des « méchants ».
Parmi les rebelles katangais, certains se comportent dignement. Parmi les civils, européens ou africains, certains font preuve de lâcheté et d’égoïsme tandis que d’autres font preuve d’abnégation.
Les légionnaires ne sont pas montrés comme des machines de guerre invincibles et implacables. Le légionnaire Murat, tireur au FR-F1 hésite et répugne manifestement à tuer, mais ces atermoiements coûtent la vie à un autre légionnaire.
Le docteur Bia Kombo (Gérard Essomba) un Katangais qui vit et travaille à Kolwezi et qui compte nombre d’Européens parmi ses amis, se cache des rebelles pendant l’opération et sauve la vie d’une citoyenne belge et de son fils. Pour autant, lorsque les civils européens sont évacués, Bia Kombo est invectivé et même bousculé par plusieurs d’entre eux qui voient en lui, non un médecin mais un de ces Katangais qui ont cherché à les tuer. Par cette scène dénuée de violence, le film montre la bravoure et la résilience de ce médecin face à la rancœur succédant à la peur des civils européens. Le film n’accuse ni ne condamne car les qualités des uns et les faiblesses des autres sont normales puisque humaines.
Les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, présentent autant de vertus que de travers. Bref, ils sont humains. Soumis à la peur, à la haine et à la rancœur lorsqu’ils sont confrontés à des événements exceptionnels et extrêmes comme peuvent l’être les guerres.
Le Katanga dans le contexte de la guerre froide
La province du Shaba (Katanga) n’est pas qu’une simple province sécessionniste. Le sol de cette région est particulièrement riche en minerais de toute sorte. Cuivre, cobalt, radium, fer, uranium, diamant. Si le Katanga était devenu indépendant, il aurait fourni ces minerais aux nations qui l’avaient soutenu à savoir l’Angola, Cuba et l’Union Soviétique.
Les présences occidentales (Belgique, France et USA) dans l’ensemble du Zaïre auraient été remises en question, laissant la place à une influence soviétique et risquant de déstabiliser le vaste bassin du fleuve Congo, voire bien au-delà. Les ressources d’une vaste partie de l’Afrique australe et équatoriale passant ainsi d’un bloc à un autre, le perdant étant systématiquement l’Afrique puisque les antagonismes entre différentes ethnies sont instrumentalisés de chaque côté du rideau de fer.
Par ses ressources naturelles particulièrement importantes, l’Afrique est donc l’un des enjeux majeurs de la guerre froide mais la dimension stratégique des ressources de l’Afrique remonte bien avant le déclenchement de cette même guerre froide. Dès les années trente, les Etats-Unis avaient jeté leur dévolu sur les ressources minières de ce continent avec le projet de saper l’influence des puissances européennes. L’Union Soviétique imitera les USA après 1945 et de nombreux pays tomberont sous la domination directe ou indirecte du socialisme révolutionnaire (Burkina Faso, Ethiopie, Mozambique, Somalie, Bénin) mais certains de ces pays vivent toujours sous une dictature socialiste ou un régime communiste, c’est le cas de l’Algérie, des Comores et de l’Angola.
Lieutenant-colonel Zlatko Sabljic (1955 – 2020)
Lorsque votre serviteur était réserviste dans un modeste régiment de cavalerie, j’ai eu l’occasion avec deux autres camarades (Alan et Christophe), de rencontrer à Aubagne, Zlatko Sabljic qui était encore commandant au 1er RE à Aubagne.
Zlatko Sabljic était d’origine croate (Ex-Yougoslavie) et s’est engagé dans la légion étrangère en 1974. En 1978, il est sergent au 2e REP et saute sur Kolwezi, se distinguant dans les combats contre les rebelles katangais. Lorsqu’il nous a reçus en toute simplicité dans son bureau à Aubagne, j’ai tout de suite remarqué le petit guéridon sur lequel trônait une boîte en bois foncé, le couvercle ouvert laissant apparaître une seule médaille, religieusement exposée. C’était la Croix de la Bravoure de la République du Zaïre qui fut décernée à l’époque au sergent Zlatko Sabljic. L’homme était affable et sans aucune prétention. Pourtant, vu son parcours, ne serait-ce qu’au sein de la légion, il aurait pu faire l’impasse sur la modestie mais de l’avis général, ce ne fut jamais le cas.
Votre serviteur peut ainsi se targuer d’avoir rencontré l’un des personnages principaux de La légion saute sur Kolwezi !
Fiche technique
Film de 1980.
Réalisation de Raoul Coutard.
Distribution : Bruno Cremer, Laurent Malet, Jacques Perrin, Pierre Vaneck, Giuliano Gemma, Gérard Essomba, Jean-Claude Bouillon.
Durée : 1h36
Où voir La légion saute sur Kolwezi ?
La légion saute sur Kolwezi est disponible à la location sur Canal VOD, Prime Video ou encore Apple TV (à partir de 2,99 €) et à l’achat sur les mêmes plateformes (à partir de 8,99 €).
Le DVD est disponible dans les boutiques spécialisées et notamment à la FNAC à partir de 10€.
Texte : Jean-Baptiste


