Découvrez ou redécouvrez La Bande à Bonnot, un film de truands des années 1960 inspiré de la carrière sanglante des plus célèbres anarchistes illégalistes de la Belle Époque.
A l’instar de l’Américain Martin Scorsese ou des Français Jean-Pierre Melville et Olivier Marchal, le réalisateur Philippe Fourastié livre un film retraçant le parcours criminel de la Bande à Bonnot, du point de vue des membres de cette même bande, ce qui fait de ce film non un film policier mais bien un film de truands.
L’histoire en bref
L’action se déroule dans la France des dernières années de la période dite de « La Belle Époque ». Un groupe d’amis – une communauté d’anarchistes – libertaires, idéalistes et tirant le diable par la queue, militent et végètent entre les participations aux grèves, la publication de journaux politiques, la reprise individuelle (du vol à l’étalage) et des mœurs libres.
Au hasard d’un énième larcin, Carouy, Soudy et Raymond la Science (joué par Jacques Brel) rencontrent Jules Bonnot. Ce dernier vient s’agréger à la bande et donne à celle-ci sa dimension criminelle qui la rendra célèbre.
Jules Bonnot (interprété par Bruno Cremer) est un homme prudent, méthodique, cynique et dangereux et particulièrement astucieux et audacieux puisqu’il a l’idée de commettre des vols et des braquages en s’aidant de la technologie moderne : une limousine automobile. Gendarmes et gardiens de la paix n’intervenant qu’à cheval ou à bicyclette (voir pour autre référence le premier épisode de la série des « Brigades du Tigre », Ce siècle avait sept ans, diffusé en 1974).
Bande à part
La forme de banditisme de la Bande à Bonnot est différente de celle des fameux Apaches de par les motivations comme par les méthodes et l’emploi des automobiles, inédit pour l’époque. La maîtrise et l’utilisation de la technologie moderne permettant d’avoir plusieurs coups d’avance sur les forces de l’ordre.
Jules Bonnot, Raymond la Science, Carouy, Garnier, Soudy et les autres sont des meurtriers violents, des idéologues bornés mais leurs démarches criminelles relèvent d’une certaine logique.
Le contexte de la Belle Époque
La « Belle Époque » n’était pas belle pour tout le monde. Dans les décennies précédentes, de nombreuses manifestations ouvrières réclamaient la journée de huit heures. Cette seule revendication entraîna de brutales répressions envers les classes populaires et des réactions iniques et disproportionnées de la part des patrons, de la police et de la Justice, ce qui entraînera une montée en puissance du terrorisme anarchiste.
Très rapidement, le crime prend le pas sur l’idéalisme. Les crimes crapuleux de la bande ne sont plus le prétexte de l’idéologie politique, c’est l’idéologie qui devient le prétexte des crimes. La réplique de Bruno Cremer dans le rôle de Jules Bonnot à ce sujet permet au spectateur de se rendre compte de ce glissement dangereux : « […] finis les crimes gratuits […] du banditisme, c’est tout. Pour moi, c’est ça la révolution. »
L’anarchisme illégaliste de la Bande à Bonnot ou d’Alexandre Marius Jacob, qui inspirera le personnage d’Arsène Lupin à Maurice Leblanc, n’aura dès lors plus rien à voir avec l’anarchisme ou le communisme libertaire, de Viktor Kibaltchitch (interprété par Michel Vitold) ou de Melchor Rodriguez Garcia.
Une œuvre fidèle à la réalité…et dérangeante
La Bande à Bonnot est à la fois un film d’époque et un film de son époque. Réalisé en 1968, il fait écho aux événements contemporains où la gauche et l’extrême gauche étaient très actives dans toutes les couches de la société et à travers le monde.
Les scènes de l’attentat de la rue Ordener, l’attaque de la Société Générale de Chantilly et le siège du « Nid Rouge » de Choisy-le-Roi étant particulièrement fidèles à la réalité, le film fut interdit en salles au moins de 18 ans en raison de sa grande violence. Près de soixante ans plus tard, on remarquera l’évolution des mentalités et le décalage flagrant avec notre époque actuelle sur le sujet de la violence au cinéma et de son intensité.
De la Bande à Bonnot à la Bande à Baader
Dans la même veine mais dans des pays autres et à une époque différente, les spectateurs pourront également s’intéresser au film La Bande à Baader (2008), dans lequel des militants d’extrême gauche glissent rapidement et inexorablement du militantisme vers le crime et le terrorisme.
La Bande à Bonnot est donc un classique, malheureusement peu connu, du cinéma français, à la fois film de truands, film d’action et film historique. Très bien interprété et aux diverses reconstitutions réussies qui permettent aux spectateurs de s’immerger dans une époque pas si belle que ça.
Fiche technique
Film de 1968. Réalisation de Philippe Fourastié.
Distribution : Bruno Cremer, Jacques Brel, Annie Girardot, Jean-Pierre Kalfon, François Dyrek, Michel Vitold, Fred Personne.
Durée : 1h30
Où voir La Bande à Bonnot ?
La Bande à Bonnot est actuellement disponible à la location et à l’achat sur les plateformes Canal VOD, Sooner, Viva et Première Max (2,99 € la location, 7,99 € l’achat).
Le DVD du film est en vente pour 15,99 € chez les boutiques spécialisées. De nombreuses offres sont également disponibles à moindre coût sur les sites d’occasions entre particuliers.
Texte : Jean-Baptiste


