Que faire ? Comment réagir à des événements aussi terribles et inhumains que ceux du 11 septembre 2001 ? Le sport doit-il continuer coûte que coûte ou faire un pas de côté ? Voilà quelques-unes des questions que les ligues sportives américaines et leurs dirigeants ont dû se poser il y a 25 ans. Du catch au baseball, du football américain au hockey sur glace, patriotisme et solidarité furent les maîtres mots.
Un grand rendez-vous de la WWE (ex-WWF) dès le 13 septembre 2001, sous le signe du patriotisme
Le catch est-il un sport ? L’on tâchait de répondre à cette question cet été à l’occasion d’un entretien avec Vianney Canioncq, l’un des spécialistes français de la discipline. Quoi qu’il en soit, personne ne pourra nier que les catcheurs sont des athlètes hors du commun, à commencer par les catcheurs de la WWE.
Le 13 septembre 2001, l’événement SmackDown, prévu à Houston, au Texas, eut bel et bien lieu malgré les attentats survenus deux jours plus tôt. Quand les autres sports américains avaient choisi de faire une pause – nous y reviendrons -, la WWF (qui deviendra la WWE en 2002) décidait de poursuivre ses activités.
Le moment fut bien sûr particulièrement fort, tourné vers les victimes. Vince McMahon, emblématique propriétaire majoritaire, président et directeur général de l’entreprise de catch, fit un discours patriotique enflammé dans une salle particulièrement réceptive et bruyante.
Lilian Garcia, annonceuse de la WWF, fut chargée de chanter l’hymne américain avant le début du show. Une interprétation aussi brillante qu’émouvante devant tous les combattants et une multitude de drapeaux.
MLB : Les White Sox à Manhattan, saison interrompue, les Mets aux premières loges, « first pitch » de George.W Bush…
Le 11 septembre 2001, les Chicago White Sox se trouvaient dans un hôtel de Manhattan, le Hyatt Grand Central New York, prêts à jouer une série de matchs contre les Yankees. Ils étaient arrivés en ville dans la nuit, quelques heures avant les attentats, en provenance de Cleveland. L’hôtel était situé à environ 5 kilomètres des Tours et les joueurs y sont donc restés confinés, paniqués à l’idée que la gare de Grand Central, à deux pas de là, soit une autre cible des terroristes. Ce ne fut fort heureusement pas le cas. Le trafic aérien ayant été totalement interrompu, les White Sox quittèrent New York le lendemain… en bus.
Le simple fait de quitter Manhattan demanda une autorisation spéciale, tant le quartier était bouclé. Le bus fit un détour par un hôpital du New Jersey pour y déposer des infirmières et des secouristes.
La MLB (Major League Baseball) décida immédiatement de stopper la compétition pendant 6 jours. A titre de comparaison, la ligue avait poursuivi ses activités durant les deux guerres mondiales (excepté le 6 juin 1944 !).

C’est le 21 septembre, 10 jours après les attentats, que le baseball fit son retour à New York. La victoire des Mets face aux Atlanta Braves sur un home-run de Mike Piazza redonna le sourire à de nombreux New-Yorkais pour la première fois depuis les attaques. Des familles de victimes, notamment de pompiers morts en héros, assistaient au match. Les jours précédents, le Shea Stadium – l’antre des Mets – avait stocké des provisions destinées aux sauveteurs et aux victimes.
Pour marquer le coup et démontrer que l’Amérique n’a pas peur et est plus combative que jamais, George.W Bush s’invite au premier match des World Series (les finales du championnat de baseball) le 30 octobre. Un moment iconique et rassembleur pour les Américains.
Le dilemme de la NFL, l’héroïsme de la famille Andruzzi
En 1963, après l’assassinat de JFK et malgré l’onde de choc ressentie dans tout le pays, la NFL n’annula pas la moindre rencontre. Pete Rozelle, commissaire de la ligue entre 1960 et 1989, avoua par la suite que ce fut la pire décision de sa carrière. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, la question se posa à nouveau.
Les New York Giants voyaient la fumée depuis leur terrain d’entraînement tandis que l’autre franchise, les New York Jets, avait procédé à un vote dont le résultat fut quasi unanime : si la NFL maintenait le match du week-end suivant, ils déclareraient forfait.
Lors d’une réunion au sommet, les représentants des joueurs défendirent cette position : personne n’avait la tête au football, personne ne souhaitait jouer, l’heure était au recueillement et au repos en famille. La décision de la ligue alla dans le même sens et fut annoncée le 13 septembre.
Joe Andruzzi était l’un des joueurs des New England Patriots, en NFL. Le 11 septembre 2001, il fut particulièrement concerné par les attaques commises à New York puisque 3 de ses frères étaient pompiers à « Big Apple » et sont intervenus ce jour-là. Par bonheur, tous ont survécu. La NFL n’a pas manqué de leur rendre hommage lors de la reprise de la compétition, ils furent ainsi invités lors du match du 23 septembre entre les Patriots et les Jets. Avant le début de la rencontre, Joe fit son entrée sur le terrain avec deux drapeaux américains, un geste simple mais qui exprimait bien le patriotisme ambiant.
Le monde ne s’est hélas pas apaisé et, le 15 avril 2013, Joe Andruzzi était présent au marathon de Boston, à son tour frappé par un attentat. Le désormais ex-joueur professionnel porta secours à une femme blessée, un moment immortalisé par un photographe.
L’impact du 11 septembre se fit ressentir jusque bien plus tard dans la saison. En effet, le Super Bowl prévu à la Nouvelle Orléans en février 2002 fut placé sous haute surveillance. La zone du stade avait été scrupuleusement fouillée quelques jours avant l’événement afin de trouver d’éventuels engins explosifs, puis confinée jusqu’au match. Un hommage fut rendu aux victimes avant le début de la rencontre.
La NFL a également pris la décision de changer d’artiste pour le grand concert de la mi-temps, estimant que la musique de Janet Jackson ne serait pas appropriée pour un match placé sous le signe du recueillement. La ligue opta donc pour le groupe de rock alternatif U2.
La NHL en deuil, Michael Jordan généreux
Les saisons de NHL et de NBA n’avaient pas encore commencé en septembre 2001, bien que les camps d’entraînements approchaient à grands pas.
Mais la ligue de hockey fut frappée en plein coeur. Deux recruteurs des Los Angeles Kings, Garnet « Ace » Bailey, lui-même ancien joueur, âgé de 53 ans, et Mark Bavis, 31 ans, se trouvaient à bord du vol 175 d’United Airlines détourné par les pilotes de l’air vers la Tour Sud du World Trade Center.
L’équipe de Los Angeles a réalisé un don de 250 000 dollars pour soutenir les familles des pompiers et des policiers disparus et toute la NHL a multiplié les hommages durant la saison 2001/2002.
Quelques années plus tard, en 2008, les Kings ont décidé de nommer leur mascotte « Bailey » en mémoire de leur ancien recruteur. Par ailleurs, après leur victoire en Coupe Stanley en 2012, les L.A Kings ont fait le déplacement au Mémorial du 11 septembre à New York avec le trophée. À cette occasion, ils convièrent les familles de Garnet Bailey et de Mark Bavis. Le temps n’a pas effacé leur souvenir.
En NBA, nous l’avons vu dans un précédent article, Michael Jordan a annoncé son retour peu après les attentats et a fait don de son salaire. Là encore, la ligue a fait en sorte de saluer comme il se doit la mémoire de toutes les victimes et de tous les héros.
Et en Europe ?
Le soir même des attentats, 8 matchs de Ligue des Champions sont prévus à travers l’Europe, notamment à Nantes où les Canaris doivent affronter le PSV Eindhoven. Ce match et tous les autres auront bel et bien lieu, les équipes se contentant d’observer une minute de silence avant le coup d’envoi.
Chacun se fera son idée sur la décision de l’UEFA de maintenir ces rassemblements populaires en de telles circonstances.


