Nathalie Péchalat (Lap On Ice) : « C’est une aventure, ce n’est pas simplement un défi sportif »

Nathalie Péchalat vous propose une grande et belle aventure ! Double championne d’Europe, quintuple championne de France et même médaillée de bronze à deux reprises lors des championnats du monde, la Française a derrière elle une brillante carrière en danse sur glace. Mais ses activités présentes ne sont pas moins passionnantes puisqu’elle finalise actuellement l’organisation de « Lap On Ice », un challenge sur lac gelé qui se tiendra en Laponie en février 2027.

-Comment est née l’idée de Lap On Ice ?

-C’est une envie très personnelle de faire de la randonnée-patinage. À l’origine, je pensais la faire sur le lac Baïkal, mais il n’était pas praticable pour diverses raisons et notamment à cause de la guerre en Russie.

C’est aussi le fruit de ma rencontre avec Thierry Jacob qui, lui, organise des événements sportifs dans des milieux extrêmes depuis 25 ou 30 ans. En discutant, on s’est dit que cela pourrait être un rêve collectif et qu’ensemble on pourrait organiser ce type d’événement. Pour cette édition, nous avons opté pour l’Europe du Nord et plus précisément la Laponie finlandaise.

Tout cela se fait en coproduction avec MCI, une agence événementielle, afin de solidifier ce projet d’envergure.

-Vous envisagez donc d’ores et déjà d’autres éditions à l’avenir ?

-Oui, l’idée n’est pas du tout de faire un « one-shot » mais d’installer la pratique de challenges et de défis sportifs sur lacs gelés. Un challenge international de patinage de ce type n’existe pas.

Avec les équipes de production, MCI et Thierry, mais aussi avec notre partenaire fondateur AgfaPhoto, nous sommes partis sur trois années. Nous sommes sur une collaboration pluriannuelle parce que nous y croyons, tout simplement.

Nathalie Péchalat et Thierry Jacob.

-Avez-vous déjà expérimenté le patinage sur de la glace naturelle ?

–Oui ! Justement, je suis allée faire la reconnaissance du parcours pour voir si c’était faisable ou pas, pour voir combien de temps on pouvait tenir dans des températures extrêmes… Nous ne sommes pas tous des Mike Horn en puissance. Et oui, en étant bien équipé, il n’y a aucun problème.

Il y a beaucoup de plaisir, surtout, à s’élancer sur cette glace qui a beaucoup d’aspérité, qui n’a rien à voir avec la glace artificielle des patinoires. La lumière, le silence, cette immensité, cette liberté… c’est assez incroyable.

Pour moi, maintenant, c’est à refaire absolument.

-Le cadre que vous décrivez paraît presque mystique…

-C’est une aventure, en fait. Ce n’est effectivement pas simplement un défi sportif. C’est l’aventure et c’est un défi solidaire aussi, puisque les participants peuvent représenter des associations. J’ai toujours eu la fibre associative et ça a toujours été important pour moi d’essayer d’aider des belles causes.

Les participants peuvent représenter des associations. J’ai toujours eu la fibre associative et ça a toujours été important pour moi d’essayer d’aider des belles causes.

-Concrètement, comment se déroulera cette grande aventure ?

-On arrive le mercredi, on a le brief de pré-compétition le mercredi soir. Et après, on a trois jours de compétition, jeudi, vendredi, samedi, et on repart le dimanche matin après un bon petit déjeuner !

L’idée est d’avoir des épreuves en matinée le jeudi et le samedi, donc en diurne, même s’il y a très peu d’heures de jour à cette période-là de l’année, à 300 kilomètres au-dessus du cercle polaire.

Nous avons deux parcours possibles : soit en explorateur, avec de 8 à 12 kilomètres par jour, soit en sportif, avec des distances de 12 à 24 kilomètres en fonction des journées. Et le vendredi, c’est un jour qui est à part, puisque l’épreuve se déroulera l’après-midi, de nuit, avec lampe frontale… Je ne vais pas tout dire, parce qu’il y a des petites surprises aussi. On a commandé les aurores boréales, tout va bien se passer ! Et pour le vendredi on est sur des distances réduites mais avec un paysage qui sera totalement différent des deux autres jours.

-Quelles sont les conditions pour s’inscrire et est-il encore possible de le faire ?

-Tout à fait, il reste quelques places et il est donc encore possible de s’inscrire. Toutes les infos sur laponice.fr.

Il y a une formule « tout compris » mais sans vol, et une formule « tout compris » avec le vol depuis Paris. Il y a une formule qui est un petit peu plus confort, où on va booker des chiens de traîneau. Il y a plein d’activités nordiques à la carte, qui peuvent être programmées lors des demi-journées où il n’y a pas de challenge sportif.

Un environnement extraordinaire attend les participants de Lap On Ice.

-Serez-vous là également pour accompagner les gens et patiner à leurs côtés ?

-Évidemment ! Et je m’entraîne pour pouvoir tenir le défi. Je ne serai pas inscrite officiellement mais c’est mon défi personnel de le faire.

-Comment se préparer aux conditions attendues, c’est à dire à une température de -15 degrés en moyenne et sur un long parcours ?

-Oui, c’est pour ça que c’est un défi, ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire régulièrement. L’idée, c’est d’avoir une bonne condition physique, et puis après, il faut travailler un petit peu sa technique. On peut évidemment aller s’entraîner dans les patinoires, on peut faire du roller, on peut faire du ski de fond… tout ce qui fait travailler le pas du patineur.

Ce qui est important à ces températures-là, c’est de toujours être en mouvement. Dès qu’on s’arrête, c’est vrai que c’est beaucoup moins facile à supporter.

Pour avoir testé le parcours en janvier, en conditions réelles, il n’y a aucun problème avec le froid si on est en mouvement. Et au contraire, je trouve que ces conditions qui sortent du quotidien rendent l’événement assez magique. Quand on rentre dans notre hébergement, qui lui est très confortable, on apprécie d’autant plus le petit sauna, le petit feu de cheminée, les dîners… Pour Lap On Ice, il y aura d’ailleurs des moments de convivialité qui vont être créés autour du défi sportif.

Ce qui est important à ces températures-là, c’est de toujours être en mouvement.

-Quel matériel est nécessaire et la sécurité sera-t-elle assurée ?

-Il faut être relativement bien équipé, mais on va accompagner des participants sur ce volet-là avec nos équipementiers qui sont Helly Hansen et Bollé. Nous aurons des codes promos préférentiels.

On ne sera pas non plus dans une expédition en solitaire pour aller planter le drapeau au milieu de l’Antarctique, tout sera bien sécurisé. Il y aura des recommandations pour les vêtements, le casque sera obligatoire sur le lac gelé… Des motoneiges assureront aussi la sécurité de tous les participants.

-Nous sommes donc à quelques mois de cet événement, le stress et l’excitation sont-ils comparables à ceux que vous ressentiez durant votre carrière avant les grandes compétitions ?

-Non, c’est différent. Quand j’étais patineuse, j’avais quatre minutes pour délivrer une performance et démontrer tout ce que j’étais capable de faire, je me préparais pour une échéance bien précise.

Là, je dirais que le stress est assez diffus, mais il est quotidien. Quand on organise un événement, il y a tout ce qu’on peut prévoir et anticiper, qui prend déjà beaucoup de temps. Il y a une organisation à mettre en place, des partenaires à activer, des participants à motiver pour qu’ils restent engagés pendant des mois et des mois avant le défi… Le stress est plutôt assez bas. Sur une échelle de 1 à 10, on peut vite être à 8 ou 9 en compétition, mais on apprend à le gérer, là on est plutôt sur 2 ou 3, sauf que c’est tous les jours parce qu’on a envie que tout le monde soit heureux.

Il y a une sorte d’engouement ou d’excitation à faire quelque chose d’inédit. Ce qui peut faire monter un petit peu le niveau de pression, c’est ce qui concerne le budget par exemple. On est soucieux de savoir si cela sera bien reçu, si tout le monde sera heureux, content du niveau et de la qualité de cet événement par rapport à ce qu’il imagine. C’est une première édition et c’est un challenge.

Il y a une sorte d’engouement ou d’excitation à faire quelque chose d’inédit.

-Dans un tout autre registre, nous avons appris récemment que vous rejoignez le conseil d’administration du think tank « Sport and Citizenship », pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouveau rôle ?

-J’aime bien avoir des engagements associatifs à côté de ce que je fais avec les médias ou avec MCI.

J’ai fini mon mandat chez Premiers de cordée et j’ai eu une proposition pour rejoindre le conseil d’administration de « Sport et Citoyenneté ». J’aime bien parce que c’est très différent encore de ce que j’ai fait avant, que ce soit avec la Fédération des sports de glace, avec le Club France et Premiers de cordée. Là, on est sur un think tank à l’échelle européenne, avec des thématiques liées à l’éducation, à l’inclusion, à la santé… C’est beaucoup plus large. L’idée principale est de trouver comment le sport peut améliorer notre société, puis d’influencer les décideurs pour que les populations aillent mieux. C’est assez riche en termes de thématiques à explorer. On n’est pas sur le terrain, on est vraiment sur des tables rondes, sur des études d’impact. J’avais envie de changer un peu de spectre. J’aime bien accumuler des points de vue différents sur toutes les missions que j’ai.

-Aurons-nous à nouveau l’occasion de vous entendre commenter le patinage artistique sur France Télévision comme lors des Jeux Olympiques de Milan Cortina ?

-Oui bien sûr, la mission continue auprès de France Télé ! Il n’y aura pas de Jeux cette année, mais il y aura les Championnats d’Europe, les Championnats du Monde, le Grand Prix de France, le Gala de Noël…

-Vous avez obtenu de grands résultats durant votre carrière, d’autres couples français également, à l’image de Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry bien sûr, comment expliquer cette belle histoire entre notre pays et la danse sur glace ?

-Il faut remonter dans les années 90 avec les Duchesnay, et c’est vrai que depuis cette époque-là, il n’y a pas eu de trou, il y a toujours eu des Français qui ont gagné des médailles aux Championnats d’Europe, aux Championnats du Monde…

Ça s’explique de différentes façons. La danse sur glace est un sport d’expression, c’est un sport qui est vraiment lié aux propositions artistiques et aux émotions et la France est reconnue dans le monde entier pour son audace, pour faire des propositions qui ne sont pas des « propositions marketing ». On ne sert pas la soupe aux juges en disant que l’on va leur donner ce qu’ils veulent voir. Au contraire, chaque patineur ou chaque couple de patineurs développe un certain style selon sa personnalité, style qui dénote de ce que l’on voit chez la concurrence.

Ça n’enlève rien à tout ce qui est physique, stratégique ou technique, mais il y a ce supplément d’âme qui fait qu’on va chercher des médailles.

-Pour conclure, et c’est une question traditionnelle sur notre site puisque nous réunissons les thèmes du sport et du cinéma, y a-t-il un film que vous souhaiteriez recommander à nos lecteurs, qu’il soit directement lié au patinage ou sur un tout autre sujet ?

-En lien avec le patinage, je pense naturellement à Moi Tonya. C’est une histoire vraie, j’avais une petite dizaine d’années en 1994 quand cela s’est passé et je me souviens encore des debriefs qui avaient lieu dans le salon entre les parents au sujet de Tonya Harding, « le vilain petit canard », et de Nancy Kerrigan, « le cygne blanc ».

Au-delà de ça, mon film préféré depuis 20 ans, c’est La fille sur le pont, avec Daniel Auteuil et Vanessa Paradis.

Il y a des films plus confidentiels que j’ai bien aimés, Snow Therapy par exemple. On suit une famille en vacances, ils sont en train de déjeuner et il y a une avalanche à leur refuge. La réaction du père est de sauver sa peau et de partir, il oublie ses enfants et sa femme. Après, le film s’intéresse à nos réactions dans des peurs extrêmes et à la place de nos proches dans notre vie.

-Vous avez l’air d’être une cinéphile…

-J’aime bien ça, oui ! Là, on se rend compte qu’il y a beaucoup de films sur la cause féminine, avec le sujet du contrôle coercitif… Il y a Si tu penses bien et La Vie d’une femme, avec Léa Drucker, par exemple.

Les films sont écrits 2 ou 3 ans avant leur sortie, le temps qu’ils soient tournés, montés, etc. donc ça donne quand même des tendances sur les sujets qui nous intéressent et qui pourraient intéresser le public.

Propos recueillis par Alexandre Taillez
Crédits photos : Lap On Ice

Site officiel de Lap On Ice : laponice.fr
Compte Instagram officiel de Lap On Ice (cliquez)

Merci à Nathalie Péchalat pour sa disponibilité et à Mattéo pour sa collaboration

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