Connaissez-vous les liens entre le Puy du Fou et le cinéma ? Nous avons profité d’une belle journée d’été pour arpenter les allées du « meilleur parc d’attractions du monde », l’occasion de découvrir le spectacle « Le Mime et l’Étoile », dédié au 7e art, mais aussi de repérer de multiples références…
Lorsque l’on vit à approximativement une heure et demie du Puy du Fou, l’on peut se permettre d’y faire un saut par curiosité, sur un coup de tête. L’expérience aurait sans doute été pénible en pleine canicule mais ces derniers jours bien plus cléments offraient une occasion en or. Pour votre serviteur, cette visite du parc était pourtant une première depuis 25 longues années ! Alors, avec plus « d’expérience » et en se focalisant sur les liens avec le monde du cinéma, qu’allais-je découvrir ?

« Le Mime et l’Étoile », un spectacle merveilleux à la gloire du cinéma, une ode à la vie, un hymne à l’amour
47 euros pour une journée au Puy du Fou, c’est abordable, en tous cas moins onéreux que pour bien des parcs, mais, si l’on est pragmatique et que l’on fait attention à ses dépenses, l’on espère tout de même que cette somme sera rentabilisée.
Cette petite réflexion terre à terre et matérialiste volait en éclat après le premier spectacle du jour, auquel nous nous sommes rendus sans rien en connaître ou presque et par conséquent sans attente particulière, même si nous avions bien remarqué une plaque indiquant « meilleur spectacle au monde » à l’entrée du grand bâtiment où se joue « Le Mime et l’Étoile ».





À l’intérieur de la grande salle pouvant accueillir 2 000 spectateurs, nous faisons face à une scène rappelant un studio de tournage. Les décors nous replongent au début du XXe siècle, aux premières heures du cinéma.
Le spectacle commence avec une petite interaction avec le public et l’on se dit alors que, si tout est de cet acabit, cela sera bien mignon mais pas vraiment exceptionnel. Ceci n’était en fait qu’une mise en bouche, un moyen de stimuler la foule et de la faire patienter en s’impliquant déjà émotionnellement. La suite serait bel et bien magnifique, grandiose, émouvante, surprenante, extraordinaire. Choisissez l’adjectif que vous préférez, choisissez les tous, même, et ajoutez-en d’autres encore, car « Le Mime et l’Étoile » ne vous laissera probablement pas indemne.
Attention, si nous ne révélerons pas toute l’intrigue, nous vous suggérons de passer au chapitre suivant si vous n’avez jamais vu le spectacle ou si vous ne souhaitez rien savoir.
Pendant près de 28 minutes, nous suivons l’histoire du mime Mimoza et de Garance, actrice et élue de son coeur. D’une fête foraine à la Grande Guerre, leur histoire est une course contre le temps et les épreuves, l’expression d’un amour profond mais qui ne se matérialise pas aussi vite que les deux jeunes gens le souhaiteraient. Sur le moment, le spectacle me fait penser à un savant mélange entre Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Un long dimanche de fiançailles et La La Land. L’accordéon accompagne une histoire où la réalité est parfois saupoudrée de magie, où les temps difficiles sont vécus par des rêveurs, et où le cinéma, tout de même, trouve une place, car le spectacle met en réalité en scène le tournage d’un film, avec l’apparition progressive de la couleur et du son.
« Le Mime et l’Étoile » propose à la fois une histoire bouleversante et une mise en scène bluffante. Le décor est en effet bâti sur une structure coulissante et les paysages défilent derrière les acteurs. Ingénieux et grandiose, car l’on parle de décors immenses, qui me rappellent – en plus moderne bien sûr – celui de la Scala, à Milan, que j’ai eu la chance de découvrir il y a quelques années et qui m’avait laissé bouche bée.
La musique est parfaitement adaptée au spectacle qui se déroule sous nos yeux et « le bouquet final » me laisse encore coi. La journée commence fort.
Quand des bandes originales mythiques retentissent au Puy du Fou
Il faut un moment pour se remettre de ses émotions, mais, heureusement, l’on peut redescendre en douceur en déambulant dans la reconstitution d’un centre-ville français typique du début du XXe siècle, qui ressemble furieusement à celui présenté dans le spectacle. Il y a même un vrai et grand carrousel, pour le plus grand plaisir des enfants (et pour 2 €, précisons-le).




En poursuivant la visite du parc, dans les files d’attente ou pendant les spectacles, l’on entend régulièrement de célèbres musiques de films.
La cornemuse ne trompe pas, c’est bien l’un des thèmes de Braveheart qui retentit avant le spectacle « Le Secret de la Lance ». Rien de plus logique, puisque les antagonistes sont anglais dans les deux œuvres !

Pour « Le Mystère de la Pérouse », pas un spectacle à proprement parler mais un décor vivant et animé, comme l’on en trouve plusieurs au Puy du Fou, le Parc a choisi d’intégrer le thème principal du film Mission. Plutôt bien vu également.
Moins connue, la bande originale de Rob Roy n’en est pas moins belle, et entraînante qui plus est, avec ses instruments celtiques accompagnant les aventures du révolté écossais. Peut-être peut-on voir une certaine ressemblance entre le tempérament de Robert Roy MacGregor et celui de François Athanase Charette de La Contrie, c’est en tous cas dans la file d’attente du « Dernier Panache », consacré au héros vendéen, que l’on entend cette musique.
Celle de The Island n’a rien à voir avec le monde médiéval mais elle accompagne finalement très bien la fin du spectacle dédiée aux Vikings. Puisque nous sommes sur CinéSport, notons aussi une petite référence footballistique : pour faire patienter le public avant le début de la représentation, les jeunes employés du parc ont lancé le « Viking Row », cette fameuse chorégraphie effectuée par les supporters de la Norvège tout au long de la Coupe du Monde. Difficile de trouver meilleur endroit pour le reprendre !
Nul doute que d’autres thèmes résonnent au Puy du Fou selon les lieux, les moments et les spectacles, alors, chers lecteurs, n’hésitez pas à nous faire part de vos trouvailles.
« Cette voix me dit quelque chose ! »
Autre petit jeu amusant pour les cinéphiles : reconnaître les voix que l’on entend durant les spectacles !
À l’heure ou l’IA menace de plus en plus leur travail, les comédiens de doublage trouvent au Puy du Fou un moyen d’expression plus sûr et pouvant toucher jusqu’à 3 millions de spectateurs sur une année (nombre total de visiteurs en 2025, un record).
Leur voix accompagne les acteurs durant les spectacles, ils sont parfois aussi les narrateurs des différentes représentations.
Pêle-mêle, nous pouvons ainsi entendre Boris Rehlinger (voix emblématique de Colin Farrell, Jason Statham, Ben Affleck, Joaquin Phoenix et bien d’autres), Philippe Valmont (Christian Bale, James Franco…), Alexandre Gillet (Elijah Wood dans Le Seigneur des Anneaux ou encore Chris Evans, le Captain America du MCU ; nous l’avions aperçu à Angers en avril dernier), Jean-Pierre Michaël (Brad Pitt, Keanu Reeves, Michael Fassbender…), Alexis Victor (Bradley Cooper, ou encore Tom Hiddleston a.k.a Loki dans le MCU), Jérôme Pauwels (Woody Harrelson, mais aussi Jeremy Renner a.k.a Hawkeye, toujours dans le MCU, décidément très bien représenté au Puy du Fou), Barbara Tissier (Miranda Otto, l’interprète d’Eowyn dans Le Seigneur des Anneaux)…
Jean Piat, acteur français emblématique, dont la voix l’était tout autant, nous a quittés en 2018. Collaborateur de longue date de Puy du Fou, nous pouvons toujours l’y entendre aujourd’hui, notamment dans le rôle de narrateur lors du spectacle sur les Vikings que nous évoquions un peu plus tôt. Les plus jeunes reconnaîtront en lui le doubleur du lion Scar dans Le Roi Lion, du juge Claude Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame, et bien sûr de Ian McKellen a.k.a Gandalf dans les trilogies du Seigneur des Anneaux et du Hobbit. Jean Piat manquera beaucoup à la version française du nouveau film de la saga, The Hunt for Gollum, dans lequel Gandalf sera de retour.

S’il n’est plus vraiment en odeur de sainteté en France, Gérard Depardieu a marqué son époque et l’on peut encore entendre sa voix au Puy du Fou. L’acteur a enregistré des fables de Jean de La Fontaine que l’on peut entendre dans le jardin dédié à l’auteur français.
Du « Dernier Panache » à Vaincre ou Mourir
Nous évoquions brièvement « Le Dernier Panache » précédemment, mais ce spectacle mérite que l’on s’y attarde davantage puisqu’il a directement inspiré le tout premier film produit et réalisé par le Puy du Fou, Vaincre ou Mourir, sorti en salles en janvier 2023.
« Le Dernier Panache » est donc un spectacle lancé en 2016 et immédiatement salué par la critique, élu « meilleure création mondiale » par la Themed Entertainment Association (TEA) en avril 2017, et qui avait reçu le prix de la meilleure création européenne dès octobre 2016 par l’association italienne Parksmania.
L’on y suit le parcours de François Athanase Charette, d’abord durant son enfance, puis lors de sa carrière au service de la Marine royale, avant qu’il ne prenne la tête de l’armée vendéenne.
En mettant en lumière les atrocités commises durant la Terreur et notamment celles des Colonnes Infernales, ce spectacle sort du ton divertissant ou mythique que l’on trouve par ailleurs au Puy du Fou. Encore relativement récent – en comparaison des récits médiévaux -, cet épisode divise puisqu’il met à mal le roman national post-1789 faisant de la Révolution une grande libération populaire.

C’est cette histoire présentée dans « Le Dernier Panache » que l’on retrouve adaptée dans Vaincre ou Mourir, réalisé par Paul Mignot et Vincent Mottez et dans lequel Hugo Becker joue le rôle principal. Un film aux moyens limités, ce qui explique probablement le nombre de plans serrés lors des scènes de batailles, mais un film malgré tout réussi et qui répondait à une attente du public français, celle de voir sur grand écran des pans de son histoire, et non pas uniquement des films hollywoodiens présentant certes des personnages ou événements historiques passionnants mais étrangers. Ce n’est pas l’avis de Télérama, qui y voit « un film si mauvais que même les royalistes détesteront ». Mais ne dit-on pas que tout ce qui est excessif est insignifiant ?
Comme dans une salle de cinéma projetant Vaincre ou Mourir, les larmes ont coulé devant « Le Dernier Panache », et les 2 400 spectateurs ont longuement applaudi un spectacle à nouveau impressionnant, notamment sur le plan technique et dans ses décors.
Finalement, le Puy du Fou laissera sans doute l’impression aux cinéphiles qu’ils ont passé leur journée sur un immense plateau de tournage. Chacun appréciera plus ou moins tel ou tel spectacle selon sa sensibilité ou son âge, mais il y en a pour tous les goûts et l’on comprend pourquoi la Themed Entertainment Association (TEA) puis l’International Association of Amusement Parks and Attractions (IAAPA) avaient décerné en 2012 puis en 2014 le titre de meilleur parc du monde au parc vendéen.
Rendez-vous en 2027 pour un nouveau grand spectacle dédié cette fois à Louis XIV…

Texte et photos : Alexandre Taillez


