David Krüger : « J’ai envie de croire au sursaut de la part d’Humanité en chacun de nous. » (partie 2/2)

L’IA, la censure et le manque croissant d’humanité dans notre société sont autant de menaces que David Krüger dénonce et combat. Pour CinéSport, le comédien revient donc sur son parcours, mais exprime également ses craintes et sa vision d’un monde en plein bouleversement. 

Deuxième et dernière partie de notre entretien grand format….

-Avengers : Endgame a récemment fait son retour au cinéma. Dans ce film vous doublez bien sûr Chris Pratt, c’est à dire Star-Lord, mais aussi un second personnage, Crossbones, joué par Frank Grillo. Est-ce une situation que vous avez déjà connue ? Est-ce déroutant pour vous ?

-C’est une question d’énergie, je le répète. Dans ce film-là, Frank Grillo est plus grave, il est plus lent, il est plus sérieux. Je l’aborde donc dans ce sens. Chris Pratt, quant à lui, est un feu follet, il parle vite, il est toujours un peu surexcité, son personnage est rigolo, il a une voix un peu plus légère, etc… je m’adapte donc à lui aussi.

Là où ça aurait été plus délicat, en ce qui me concerne, c’est si les deux personnages s’étaient parlé vraiment face à face. 

-Je ne sais pas si cela est un secret mais peut-on s’attendre à vous retrouver dès ce mois de décembre dans Avengers: Doomsday, ou peut-être dans Avengers: Secret Wars en 2027 ?

-S’il y a en effet un nouvel Avengers, ça signifie que je vais retrouver Chris Pratt incessamment sous peu ; et ça, ça me réjouit !

-Avez-vous déjà rencontré des acteurs que vous doublez, ou est-ce un souhait ?

-Je n’ai jamais rencontré un acteur que je doublais. Pour autant, est-ce que c’est un souhait ? Non. Si ça doit arriver un jour, ce sera très sympa, mais ça s’arrête là. Je n’ai aucune « fan-attitude » à l’égard des comédiens que je double.

Je respecte infiniment leur travail et leur grande réussite, bien sûr. Mais à part le fait qu’ils gagnent beaucoup plus d’argent que moi, et qu’ils sont sur grand écran – et donc qu’ils ont une visibilité mondiale que je n’aurai a priori jamais -, notre métier est le même : comédien.

-Il y a 25 ans, vous décrochiez le rôle de John 117 dans la saga Halo. Votre voix a accompagné plusieurs générations de joueurs mais vous n’avez inexplicablement pas été appelé pour reprendre votre personnage dans le jeu Halo: Campaign Evolved, sorti en juillet. Pouvez-vous résumer l’affaire en quelques mots ?

-Ce n’est pas inexplicable. 

En fait, voilà ce qui se passe : depuis quelques années, dans les contrats que Microsoft veut faire signer aux comédiens qui travaillent pour eux (quelle que soit la version linguistique), il est indiqué que nos voix pourraient éventuellement être utilisées pour faire travailler une IA, l’entraîner, et donc au final, qu’ils se réservent le droit d’exploiter notre voix, notre talent, notre timbre vocal, notre façon de jouer, etc…

Or, en France nous avons l’exception culturelle, la propriété intellectuelle, et celles-ci font qu’autant notre image que notre voix nous appartiennent. Nous sommes protégés par ça. 

Et donc, depuis des années, on dit à Microsoft « Non, désolé, nous voulons, nous, une clause IA qui dit justement que vous n’utiliserez pas notre voix à des fins d’exploitation, car elle nous appartient, et nous ne vous donnons pas l’autorisation de l’exploiter pour faire ce que vous voulez ». 

Sachant que d’autres comédiens et moi, et notamment Laëtitia Lefebvre qui interprète le rôle de Cortana, ne signerions pas des contrats qui les autoriseraient à faire ce qu’ils veulent de notre voix, Microsoft n’a même pas cherché à nous contacter et/ou négocier avec nous, et ils nous ont tout simplement remplacés.

Moralité : ils affichent un mépris total, non seulement des comédiens, mais aussi et surtout, de toute la communauté de joueurs, dont certains étaient là au début de l’aventure, il y a vingt cinq ans. 

Ce faisant, ils crachent donc littéralement, dans un irrespect évident, sur des centaines de milliers de joueurs qui ont participé, depuis toutes ces années, à faire leur fortune. C’est assez abject.

-La vague de soutien que vous avez reçue porte-t-elle des fruits ?

-Ça a eu quelques conséquences, en effet. 

D’abord, Microsoft et X-Box ont eu les oreilles qui sifflaient un peu au début du mois de juillet. 

Laëtitia et moi avons été interviewés par BFM TV, sur le le site internet de la chaîne, puis, un mois plus tard, une lettre ouverte a été écrite sur le même site.

Il y a eu pas mal de signatures sur une pétition aussi (cliquez ici pour accéder à la pétition). 

Dès le départ, l’attitude de Microsoft a été l’ignorance totale, on n’a eu aucun coup de téléphone, rien. Et puis, à un moment donné, les joueurs et les fans se sont manifestés dans des commentaires sur les réseaux. Dont la page de Microsoft.

Certains de ces commentaires – heureusement peu – étaient grossiers, voire insultants, et c’est très dommage. 

J’ai tout de suite lancé un appel précisant que l’on avait le droit d’être en colère, de ne pas être content de l’absence de VF et donc de ce mépris, mais de le manifester en restant polis, courtois.

Quoi qu’il en soit, Microsoft a reçu beaucoup de messages de mécontentement. Et la plupart furent effacés. Donc il y a eu clairement une censure de leur part. 

Et je ne peux m’empêcher de penser que le spectre est plus large : liberté d’expression qui se meurt chaque jour de plus en plus dans nos pays occidentaux.

C’est extrêmement grave, et c’est un tout autre sujet….

-Au-delà même de votre cas personnel, c’est toute cette activité qui semble menacée par l’IA. En janvier 2025, l’on entendait par exemple la voix du regretté Alain Dorval, qui doublait Sylvester Stallone et disparu en février 2024, être utilisée dans une bande annonce alors que sa famille n’avait autorisé qu’un test technique. Quel regard portez-vous sur ce phénomène au sens large ?

-Il y a un mépris total de l’artistique mais ça ce n’est pas nouveau. C’est non seulement un mépris terrible, mais finalement une erreur. 

Car en vérité, même s’ils sont de plus en plus sur leurs objets connectés, les  gens veulent de l’Humain. Certes, cette humanité tient à s’amenuiser comme peau de chagrin ces dernières années. Mais qu’importe, j’ai foi en l’humanité, j’ai foi au réveil du monde pour ne pas se laisser embarquer dans une folle poursuite d’un pseudo-progrès qui n’en est pas toujours un.

Oui, c’est un fait, l’IA peut avoir des répercussions énormes dans le monde du jeu vidéo et de la comédie, mais pas seulement.

Des milliers, que dis-je….., des millions d’emplois sont menacés, dans de très nombreux secteurs d’activité.

L’ONU elle-même a, paraît-il, tiré la sonnette d’alarme.

Les créateurs mêmes des IA nous préviennent : l’IA pourrait, je cite : « Si elle est plus intelligente que nous, l’IA pourrait tous nous détruire, de différentes manières, et/ou provoquer le chaos total. En créant des virus biologiques mortels pour tous, par exemple. Ou des cyber-attaques dévastatrices. »

Oui, il faut absolument que les gens se réveillent. 

J’ai envie de croire à ce réveil, j’ai envie de croire au sursaut de la part d’Humanité en chacun de nous.

Retrouvez la première partie de notre entretien avec David Krüger en cliquant ici.

Propos recueillis par Alexandre Taillez

Photo : DR / David Krüger

Merci à David Krüger pour sa disponibilité, sa patience et ses conseils.

Partagez l'article :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *