L’Europe entière a assisté au massacre en direct. Mercredi, le Racing Club de Lens s’est incliné 9 buts à 1 sur sa pelouse face à Côme à l’occasion de la 4e journée de la phase de ligue de la Ligue des Champions. Images et décryptage d’une humiliation historique.
Par où commencer ? Faut-il se contenter d’expressions journalistiques classiques, employer un ton humoristique ou sarcastique ? L’idée d’utiliser certains termes comme « stress post-traumatique » était également une option, mais, à quelques jours du 13 novembre, cela aurait été plus que malvenu. La colère, la honte et la tristesse touchent les supporters lensois et les amoureux du football français en général mais nous ne parlons malgré tout que de sport.
Como 1907, nouveau club phare du Calcio
Du sport de haut niveau, le public de Bollaert a pu en voir pendant toute la durée du match. Il était hélas pratiqué par l’adversaire du soir, le Como 1907, club qui fêtera prochainement son 120e anniversaire mais qui découvre véritablement le monde professionnel depuis 2021, date de sa promotion en Serie B (deuxième division italienne). La progression est constante depuis : 13e de Serie B en 2022 et 2023, 2e de Serie B et accession en Serie A en 2024, 10e de l’élite italienne en 2025, 4e place et qualification en Ligue des Champions en 2026.
L’un des grands artisans du succès est Cesc Fàbregas. Le champion du monde 2010 a fini sa carrière de joueur à Côme en 2022/2023 et est devenu l’entraîneur de l’équipe B du club italien dans la foulée. Après quelques mois à ce poste, il prend en charge l’équipe première durant l’automne 2023… et le reste appartient à l’histoire.

Actuellement 4e de son championnat, Côme a enregistré 2 victoires sur ses 3 premiers match de Ligue des Champions. Sa puissance offensive n’est plus à démontrer puisque Leipzig et Manchester United ont tous deux encaissé 4 buts au Stade Giuseppe-Sinigaglia.

Lens 1-9 Côme
4 buts ? Il n’aura fallu que 47 minutes pour que les Comasques atteignent ce total à Bollaert.
Anastásios Douvíkas avait ouvert le score sur la première occasion de son équipe, à la 7e minute, et doublé la mise à la 32e minute, dans une séquence digne d’une petite session d’entraînement. Robin Risser, le gardien lensois, avait beau s’en prendre frontalement à son coéquipier Franjo Ivanović, il n’allait pas parvenir lui-même à empêcher la déroute des siens.
Nico Paz, présenté comme le successeur de Lionel Messi avec la sélection argentine, se jouait à son tour de l’arrière-garde lensoise à la 40e minute, concluant une nouvelle action d’école avec une frappe puissante à bout portant. Les premiers sifflets commençaient donc à se faire entendre dès la fin de la première période mais la stupéfaction et l’inquiétude prenaient le pas. Devant l’apathie lensoise et la qualité collective de Côme, l’on pouvait craindre le pire. Et le pire arriva bel et bien.
C’est le nouvel international français Lucas Da Cunha qui inscrivait le 4e but à la 47e minute, avant un déluge digne de la demi-finale de la Coupe du Monde 2014 entre le Brésil et l’Allemagne. Côme marquait ainsi 4 nouveaux buts entre la 53e et la 69e minute. Ruben Aguilar avait réduit l’écart à la 65e minute d’une jolie reprise de volée mais faut-il vraiment s’en vanter ? Dans les travées, les sifflets se joignent aux insultes et aux rires, les groupes de supporters détachent leurs bâches et les capos descendent des perchoirs d’où ils lancent leurs chants en temps normal. Ils avaient tenu jusqu’au 6e but, mais il n’y aura plus d’encouragements ce soir. Chacun réagit au choc à sa façon.
Le rouleau compresseur semble se calmer à 20 minutes du coup de sifflet final mais Côme en a encore sous la semelle, quand les joueurs alignés par Yannick Cahuzac – Junior Kadile en tête – sont eux tous plus nonchalants les uns que les autres. Le Racing boit le calice jusqu’à la lie et le peuple lensois vit un cauchemar jusqu’à la dernière seconde puisque le jeune Matteo Papaccioli, 18 ans, inscrit un 9e but dans le temps additionnel.
C’est fait, le record de la plus large défaite de l’histoire de la Ligue des Champions pour une équipe évoluant à domicile est tombé.










Une belle histoire déshonorée en 90 minutes
Fallait-il que les joueurs lensois aillent saluer le public à l’issue du match ? C’est en tout cas la décision qu’ils ont prise, donnant l’occasion à leurs supporters d’exprimer ce qu’ils ressentaient : de la honte et du dégoût. Les images sont difficiles à voir lorsque l’on a un brin d’empathie, tant elles sont humiliantes pour ces sportifs de haut niveau qui n’en restent pas moins des hommes, bien qu’ils aient trahi la confiance placée en eux lors de ce match.
À la sortie du stade, les supporters tentent de décompresser, certains rient. Des rires jaunes empreints de tristesse.
Au-delà de leur propre image, qui restera associée à ce fiasco durant toute leur carrière, les joueurs lensois ont sali leur club, sa réputation et son histoire.
Lens n’a jamais été une grosse écurie continentale mais Lens, en se présentant sur la scène européenne, a souvent fait du bon boulot. L’on peut bien sûr citer le parcours jusqu’en demi-finale de la Coupe de l’UEFA en 2000 mais également les trois précédentes participations à la Ligue des Champions. En 1998, en 2002 et en 2023, les Sang et Or ont chaque fois obtenu un bilan équilibré avec 2 victoires, 2 nuls et 2 défaites en 6 matchs (et donc 6 victoires, 6 nuls et 6 défaites dans l’ensemble). Une seule raclée au compteur, 6-0 en novembre 2023 à l’Emirates Stadium, mais il faut rappeler que l’équipe alors entraînée par Franck Haise avait battu Arsenal lors du match aller à Bollaert.
Bref, l’histoire lensoise en coupe d’Europe, y compris en C1, était jusqu’à présent tout à fait honorable. Le début de l’exercice 2026/2027 était déjà entaché par deux défaites, dont un revers 3-0 à Bruges, mais le succès 3-2 à Prague lors de la 1e journée avait permis de poursuivre la dynamique « historique » honorable.
L’histoire de Bollaert est également concernée. Cette défaite 1-9 est tout simplement la plus grosse subie à domicile en 120 ans (à égalité avec une défaite sur le même score face à l’OM en… avril 1940 !).
Tout a volé en éclats mercredi soir. L’histoire, mais aussi les fameuses valeurs auto-proclamées du club.
Les valeurs du RC Lens, du marketing avant tout ?
Fierté, ambition, travail, combativité, courage… Voilà les termes que l’on peut lire un peu partout au stade Bollaert et au centre technique et sportif de la Gaillette. Titulaires comme remplaçants, dirigeants et membres du staff technique, tous ont pourtant failli mercredi et, rétrospectivement, depuis le début de saison.

Il est désormais clair que les choix effectués depuis la fin de la brillante saison 2025/2026 ont amené à ce calvaire. Deux entraîneurs, une multitude de recrues, mais que de mauvaises décisions. Les nouveaux ne sont pas au niveau et les anciens n’assument pas leurs responsabilités.
Les images de l’échauffement sans envie de Junior Kadile ont fait le tour du web et symbolisent le problème. Le club prétendait recruter des joueurs correspondant à « ses valeurs » mais les faits disent le contraire. Le joueur en question est arrivé à Lens cet été sous la forme d’un prêt d’une saison avec option d’achat obligatoire, option qui s’élèvera à 7 millions d’euros minimum et pouvant dépasser ce montant sous certaines conditions. L’investissement pour un joueur non confirmé et dans les circonstances économiques actuelles est colossal et a des airs de faute professionnelle de la part de la cellule de recrutement.
Florian Thauvin a porté l’équipe à bout de bras depuis trois mois mais s’est éteint depuis deux matchs. Difficile de l’accabler quand on pense que le Racing serait probablement à la lutte pour le maintien sans son apport. Pour le reste, il ne semble y avoir rien à sauver et Joseph Oughourlian n’a désormais plus qu’une mission, tout reconstruire, car tout va particulièrement vite dans le football professionnel. Doit-on rappeler que le copinage, les mauvais choix et l’argent gaspillé ont provoqué la chute du club en 2008 ?
Il n’est bien sûr pas question d’oublier le fabuleux travail effectué, la gestion financière drastique de Joseph Oughourlian a été salvatrice et courageuse, tout comme sa faculté à reconnaître ses erreurs ou à faire confiance à des hommes plus compétents que lui dans le domaine sportif. Mais l’homme d’affaires doit garder en tête un aspect fondamental : le RC Lens est avant tout un club de football. Sous-entendu, le RC Lens doit remettre le football au premier plan. Nous aurons l’occasion de réaborder cette question dans une prochaine chronique.

Autre point embarrassant, le RC Lens martèle à qui veut l’entendre qu’il est le digne héritier du passé minier de la région (et s’amuse même à promouvoir ses nouveaux produits dérivés pas vraiment populaires dans la Maison Syndicale des mineurs CGT de la ville). Le club est-il vraiment digne de cet héritage lorsque le spectacle proposé sur le terrain est aussi indigne ?
Les grands et beaux discours estivaux sont loins, le RCL va devoir faire son auto-critique. Lens n’est pas Marseille et le public lensois n’attend pas de jouer les premiers rôles chaque année, mais le public lensois exige de voir des joueurs combatifs.
L’humiliation du Racing, symbole de l’état catastrophique de la Ligue 1
Il serait malgré tout injuste et imprécis de ne pas associer la catastrophe de Côme à l’état général du championnat de France. Hormis le PSG, financé de manière totalement débridée et grossière par le Qatar, les clubs de Ligue 1 sont tous plus mal en point les uns que les autres. Même ceux gérés correctement, à l’image de Lens, justement, ou de Lille, sont contraints de vendre leurs meilleurs joueurs chaque été, sans pouvoir pallier leurs départs comme il se doit. Le binôme Sangaré-Thomasson, par exemple, a été remplacé par le duo Cuissance-Titraoui. Tout est dit, même si, ne salissons pas son nom, Titraoui n’a pas participé au naufrage européen.
Dans sa dernière chronique pour notre site, consacré à la coupe d’Europe et publiée le matin même de Lens-Côme, Guillaume Warmuz mettait le doigt sur ce problème : « il y a une vraie question par rapport au niveau de notre championnat, qui ne permet plus de briller en Europe. Il faudrait surtout que les meilleurs joueurs restent en L1. »
Au-delà des moyens financiers, les clubs de Ligue 1 se sont aussi enfermés dans un modèle où les joueurs sont plus puissants que l’institution, où l’argent est gaspillé et où l’arrogance règne.
Lens pensait être un modèle, mais Lens, comme les autres, doit repartir de zéro.
Texte et photos : Alexandre Taillez
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