Après une première chronique dans laquelle nous revenions sur l’été du Racing Club de Lens, retour sur les trois dernières rencontres des Sang et Or. Le message de Dino Toppmöller ne semble pas encore avoir été compris au sein de l’effectif, même si l’on ne peut omettre l’importance de certaines absences ni l’exploit réalisé à Prague en Ligue des Champions.
Lens-Lorient, la mauvaise surprise… malgré Florian Thauvin
90 minutes extrêmement pauvres. Le Racing sortait d’une performance mitigée à Strasbourg, avec certes deux débuts de périodes compliqués et une défaite, mais aussi entre 30 et 40 minute de grande qualité avec de belles combinaisons et de nombreuses occasions franches (17 tirs dont 7 cadrés, 2,89 xG, pour Lens; 16 tirs dont 7 cadrés mais 1,66 xG pour Strasbourg).
Il y avait donc beaucoup d’attente avant la réception du FC Lorient le 5 septembre. Face à un adversaire a priori nettement inférieur, et à domicile, Lens allait-il contrôler l’essentiel d’une partie et permettre à ses fans de voir et de comprendre le projet de jeu de Dino Toppmöller ? Eh bien non, pas ce jour-là. Déchet technique, milieu de terrain tantôt transparent/tantôt ralentissant le jeu, joueurs perdus sur le terrain, défense facilement mise en difficulté, et même un criant manque d’envie de la part de certains… Pas tout à fait ce qui était espéré !
Une fois n’est pas coutume, c’est Ismaëlo Ganiou qui mettait l’adversaire dans de bonnes dispositions pour inscrire un but. Le jeune patron de la défense du Racing manquait sa relance plein axe à la 54e minute, permettant aux Bretons de récupérer le ballon et de se projeter rapidement dans le camp lensois. La justesse technique lorientaise, du centre de Pános Katséris à la finition de Mamadou Koné, mérite d’être saluée. Une juste récompense pour les Merlus !
Autre événement contraire, la blessure de Yassine Titraoui à l’ischio droit, le contraignant à sortir à l’heure de jeu. Comme Cuisance, Titraoui subissait déjà quelques critiques et n’aura donc pas l’opportunité de prouver sa valeur avant de longues semaines.
Une jolie reprise de volée de Mickaël Cuisance à la 77e minute aurait pu remettre les deux formations à égalité – et donner un peu de confiance à l’une des recrues de l’été – mais le gardien lorientais Mvogo s’interposait parfaitement.
L’exclusion de Souleymane Sagnan dans le temps additionnel pour deux cartons jaunes était presque anecdotique, même si elle était une nouvelle preuve des lacunes de la défense lensoise.
N’y a t-il vraiment rien eu de positif ? Si, car Florian Thauvin a démontré une fois de plus qu’il était le patron de l’équipe. Le champion du monde 2018 semble même être en mission, prenant particulièrement à coeur son rôle de leader et montrant toujours l’exemple sur le terrain. Son repositionnement dans un rôle d’électron libre ou de meneur de jeu lui offre plus de libertés et lui permet d’être davantage présent… et davantage dangereux ! Certains discuteront peut-être cette opinion mais, au regard de son apport la saison passée, des trophées qu’il a permis au club de remporter et de son exemplarité de chaque instant, sans oublier son perfectionnisme ayant poussé le club à développer ses infrastructures, Florian Thauvin est certainement le joueur le plus important du Racing depuis sa remontée parmi l’élite en 2020. Oui, il nous paraît avoir détrôné Seko Fofana, qui pouvait probablement être considéré comme tel pendant longtemps (et qui gardera bien sûr une place à part dans l’histoire récente du RCL, et ce malgré son départ un peu hâtif en 2023).
Slavia-Lens : des ajustements payants, des jeunes toujours plus importants
Voilà comment nous résumions la rencontre entre le Slavia Prague et le Racing dans notre récap’ de la semaine paru lundi:
« Jeudi soir, Lens se déplaçait à Prague et a également vécu un match compliqué. Largement dominés par les Tchèques lors des 45 premières minutes, les Sang et Or encaissaient l’ouverture du score à la 51e minute alors que le Slavia venait d’être sanctionné d’un carton rouge. Ce n’était que le début des péripéties : Lens égalisait par Sima à la 73e minute mais les hôtes reprenaient l’avantage suite à une sortie non maîtrisée de Robin Risser à la 88e. L’on pensait le match plié mais Florian Thauvin et le jeune Mezian Mesloub en avaient décidé autrement, le second offrant un centre parfait au premier qui reprenait le ballon de la tête et remettait les deux équipes à égalité dans les arrêts de jeu (90+1). Et, deux minutes plus tard, Ruben Aguilar interceptait une passe tchèque imprécise, s’avançait et décrochait une frappe imparable à ras de terre : 3-2 pour le RCL ! Malgré une dernière situation chaude, le Slavia n’égalisait pas et c’est bien le Racing qui repartait avec les 3 points.«
Profitons de cette chronique pour donner quelques précisions et analyser la partie ainsi que sa place dans l’histoire du Racing.
Certaines lacunes aperçues lors des matchs de championnat – y compris lors de la victoire contre Auxerre – sont à nouveau apparues à Prague. Milieu de terrain trop peu percutant et très vite transpercé, défense désorganisée, plan de jeu illisible… Lens a très mal commencé et a donc concédé l’ouverture du score malgré sa supériorité numérique. Le deuxième but est lui un énorme cadeau arrivant au pire des moments. Malgré cela, on ne peut balayer l’apport des remplaçants et donc les choix – dans un second temps ! – de Dino Toppmöller. (réajustement tactique avec un passage à 4 joueurs derrière, confiance accordée à Mezian Mesloub…). Tout le groupe a cru en ses chances jusqu’au bout et a su concrétiser sa bonne volonté en marquant 3 buts en une mi-temps, et même 2 buts dans les arrêts de jeu. Quand la force de caractère rencontre la qualité technique et la concentration, ce Lens version 2026/2027 peut produire de belles choses !
N’en déplaise à Samir Nasri, Bertrand Latour et Daniel Riolo, la victoire à Prague est une performance historique
Jusqu’à présent, le RC Lens n’avait disputé « que » 3 campagnes de Ligue des Champions et 18 matchs (nous vous proposons d’ailleurs d’en revivre les grands moments dans un article agrémenté de vidéos). Le bilan ? 6 victoires, 6 nuls et 6 défaites. Plutôt très correct ! Toutefois, sur les 6 succès engrangés, 5 le furent à Bollaert, et 1 seul en déplacement. C’était bien sûr dans la mythique enceinte de Wembley en 1998, match qui reste une référence pour le peuple lensois. Vous l’avez compris, cela signifie donc que la victoire obtenue à Prague n’est que la 2e à l’extérieur pour le Racing dans la compétition ! Voilà qui ne peut être pris à la légère, même face à un adversaire qui peine au niveau européen. En 2024, les Tchèques s’étaient imposés 2-1 face au LOSC lors du match retour des barrages de Ligue des Champions (même si Lille avait obtenu la qualification grâce à un succès 2-0 au match aller). Quelques années plus tôt, en 2020, le Slavia avait battu Nice lors de leurs deux oppositions (3-2 à Prague, 3-1 à Nice). En 2018, ce sont les Girondins de Bordeaux qui étaient tombés en République Tchèque (1-0). Les voyages à l’Eden Arena ne sont donc pas une sinécure pour les clubs de Ligue 1 et un brin d’humilité de la part des journalistes français serait de mise.
Rappelons aussi que Lens était – en toute logique – dans le chapeau 4 du tirage au sort de la Ligue des Champions, aux côté du Slavia justement, mais aussi de Bratislava (Slovaquie), Stuttgart (Allemagne), Sabah (Azerbaïdjan), de l’AEK Athènes (Grèce), LASK (Autriche), Côme (Italie) et du Viking FK Stavanger (Norvège). Voilà donc les adversaires directs, et finir « meilleur club du chapeau 4 » serait déjà un bel accomplissement, quand bien même le RCL ne décrocherait pas de place dans le top 24 (synonyme de barrages).
Faut-il par ailleurs revenir sur la crise qui touche le football français ? Lens, comme chaque club excepté le Paris Saint Germain, ne peut retenir ses meilleurs éléments chaque saison, et plus encore à l’issue d’une saison très réussie ayant mis en évidence tel ou tel talent. Lens ne pouvait tout simplement pas retenir Mamadou Sangaré, parti pour près de 45 millions d’euros en Premier League, ni par exemple Malang Sarr, parti jouer pour un salaire XXL en Arabie Saoudite. Lens doit donc faire sans des maillons essentiels de la saison 2025/2026 et reconstruire en faisant preuve de patience et d’imagination, non par incompétence mais par la force des choses.
Voilà des éléments qui échappent à bien des analystes, journalistes et autres commentateurs, notamment Samir Nasri, Bertrand Latour ou encore Daniel Riolo, qui voyaient tous le verre à moitié vide – c’est le moins que l’on puisse dire – après le succès face au Slavia. Si les manques de cette équipe lensoise sont évidents, les circonstances sont importantes, tout comme la force de caractère et même l’espoir suscité par la présence dans l’équipe de plusieurs joueurs issus du centre de formation.
Ismaëlo Ganiou assume le rôle de leader de la défense, Kylian Antonio commet certes des erreurs mais effectue aussi à chaque match des interventions décisives, tandis que le jeune Mezian Mesloub a ébloui les amoureux du foot après son entrée en jeu.
Une fois encore, le Racing a montré ses limites, oui, mais qu’attendre de plus d’un club contraint à une multitude de changements, et ce face à un Slavia bien rodé ? Au contraire, ces 3 points permettent déjà au club de pouvoir se sentir « à sa place » dans cette Ligue des Champions et d’être considéré comme un concurrent direct par une dizaine de clubs au moins, en prenant en compte certaines équipes qui étaient elles présents dans le chapeau 3. Lens pourrait bien partir favori face au Sporting Portugal et contre Bodo Glimt, tout en ayant une carte à jouer contre Côme, Bruges et Leipzig.
Le match a quoi qu’il en soit enthousiasmé les supporters lensois, qui avaient rempli le parcage visiteur, comme toujours !
Pour conclure sur ce volet, soulignons que les résultats obtenus dans les 3 précédentes campagnes de C1 étaient déjà très satisfaisants : Le Racing était ainsi 2e de son groupe en 1998 (année où seul le premier était qualifié directement pour le tour suivant et sans équipe reversée en Coupe de l’UEFA), 3e en 2002 puis en 2023 (reversé en C3 ces deux fois-là.)
Le Mans, terre promise pour le Racing ?
Pour la première fois de la saison, Lens enchaînait un deuxième matchs en 3 jours. Après Prague jeudi, direction Le Mans dimanche. Le Racing, voilà bien un club fait pour briller dans la ville des 24 heures, non ? L’on se souvient d’ailleurs de la mythique demi-finale de Coupe de la Ligue de février 2008, disputée dans l’ancien stade du Mans et remporté 5 buts à 4 après prolongations par les Sang et Or, alors entraînés par Jean-Pierre Papin.
18 ans plus tard (veuillez nous excuser pour le coup de vieux !), Le Mans est dans la position d’un promu condamné à jouer le maintien mais ayant déjà montré de belles choses lors des 3 premières journées. Citons notamment la défaite 3-2 à Rennes, pas nécessairement méritée.
Les 40 premières minutes de ce « derby des rouges et jaunes » sont la suite directe de ce que l’on a pu voir contre Lorient ou par moments face au Slavia : Lens est perdu, friable, sans idées et sans caractère. Le Mans ouvre logiquement le score à la 32e minute sur un ballon mal dégagé et revenant sur la tête d’Adil Bourabaa. Ce dernier marque ainsi son 2e but de la saison. En janvier dernier, il évoluait encore en National 2 sous les couleurs de l’AS Beauvais Oise.
Suite à l’une des rares opportunités artésiennes de la première période, une frappe de Florian Thauvin – fidèle à lui-même dimanche, heureusement pour le Racing ! -, Le Mans réussissait une contre-attaque éclaire et doublait la mise par Lucas Calodat. Facilement, trop facilement.
L’on a cité Florian Thauvin, mais il faut aussi citer Abdallah Sima, qui a pris du galon en ce début de saison et le rend bien. Remplaçant l’an passé, même s’il fut souvent décisif lors du parcours en Coupe de France, il est désormais un titulaire régulier et son activité est un vrai plus. Buteur à Prague, il est à nouveau bien placé et précis juste avant la pause sur un centre de Thauvin, permettant à son équipe de rentrer aux vestiaires avec un seul but de retard sur les Manceaux.
Dino Toppmöller semble avoir fait le même constat que les spectateurs et opère 3 changements dès la reprise : Mesloub remplace Skoras, Ivanovic remplace Edouard et Haidara entre à la place de Cuisance. 4 minutes plus tard, Sima marque un but refusé pour un léger hors jeu. Mais dès la 51e, Ivanovic est à la réception d’un centre millimétré d’Aguilar et égalise. L’on voit plus de dynamisme mais l’on peine encore à comprendre la vision du coach, si ce n’est « marquer plus de buts que l’on en encaisse ». Les deux formations peuvent prendre l’avantage, même si Lens mène aux poings. Thorgan Hazard, entré en jeu à la 76e minute, trouve la barre transversale sur coup franc à la 80e. Ce sera le plus grand frisson jusqu’à la fin du match.
2-2, le pire est évité mais le résultat n’est malgré tout pas à la hauteur. Avec 4 points en 4 matchs, le RCL a déjà du retard sur des concurrents directs et s’apprête qui plus est à jouer contre Monaco, Lyon et le Paris FC lors des 4 prochains matchs (en plus d’une opposition contre Troyes). Dans un football où tout va très vite, le Racing aura déjà une certaine pression lors de ces rendez-vous, à commencer par Dino Toppmöller. Certains supporters inquiets et un brin impatients aimeraient déjà voir l’Allemand céder sa place à Yannick Cahuzac quand d’autres demandent du temps et attendent la trêve internationale, qui permettra à l’effectif – du moins à ceux qui ne seront pas en sélection ! – de peaufiner ses automastismes.
Texte et photo de couverture : Alexandre Taillez


