Chronique Sang & Or #1 : trophées, mercato, actionnaires… débrief et analyse de l’été du RC Lens

Nouveau coach, nouveaux joueurs, nouveaux actionnaires, nouvelle saison, nouveaux trophéesCinéSport vous propose un débrief et une analyse de l’été 2026 du RC Lens dans ce premier numéro de la Chronique Sang et Or. Un été riche en nouveautés, vous l’avez compris !

Le Racing remplit (enfin) son armoire à trophées

Nous avions laissé le Racing lauréat de la Coupe de France, on le retrouve 3 mois plus tard avec deux nouveaux trophées dans son armoire, l’honorifique Como Cup, glanée lors d’un tournoi amical disputé courant juillet en Italie, et surtout le Trophée des Champions, obtenu le 16 août à Bollaert face au Paris Saint Germain. Avec cette victoire, le RCL a désormais la collection complète des trophées officiels du football français : Coupe Gambardella (1957, 1958, 1992), Coupe Charles Drago (1959, 1960, 1965), Championnat de France de deuxième division (1937, 1949, 1973, 2009) Championnat de France de première division (1998), Coupe de la Ligue (1999), Coupe de France (2026) et donc Trophée des Champions (2026).

Le Trophée 1906, autre titre officieux, a lui échappé aux hommes de Dino Toppmöller le 8 août lors de la défaite face à Sunderland (0-2). Le peuple lensois devrait s’en remettre.

Autre « titre » symbolique, le Bâton de Bourbotte, gagné face à Auxerre, fut perdu une semaine plus tard à Strasbourg. Nous aurons l’occasion de réévoquer plus largement l’histoire de ce curieux trophée.

« Partout où nous allons, les gens sont sidérés de se trouver nez à nez avec un grand dino ! » (générique de la série Denver, le dernier dinosaure)

Nous avons cité Dino Toppmöller, mais l’entraîneur allemand mérite que l’on s’y intéresse de plus près et que l’on revienne sur son arrivée dans le Pas-de-Calais. Mais pour cela, il nous faut également revenir sur le départ de son prédécesseur.

Contre toute attente, Pierre Sage a décidé de quitter son poste à l’issue de la saison 2025/2026. Plusieurs arguments évoqués : l’accomplissement en 1 an seulement des objectifs qui étaient fixés pour un cycle de 3 ans, ainsi que le fait de pouvoir réaliser un rêve en rejoignant la Premier League. Pierre Sage a donc pris la direction de Crystal Palace, l’un des nombreux clubs de Londres. Il faut s’y faire, les entraîneurs sont désormais sollicités et recrutés comme le sont les joueurs. L’on comprend la déception de certains supporters lensois, qui espéraient bien voir le coach qui les a menés en Ligue des Champions participer aux joutes européennes. Autre motif de déception, voire d’agacement, le manque de maîtrise de Pierre Sage dans ses sorties médiatiques. L’ancien entraîneur de l’OL a fait le tour des plateaux à l’issue de la victoire en Coupe de France et a soufflé le chaud et le froid, laissant entendre assez clairement qu’il resterait avant de mettre un bémol le lendemain, en donnant presque l’impression de faire monter les enchères. Le documentaire Charbonneurs, diffusé sur Ligue 1 + et dont nous avons fait une recension, permet toutefois de mieux comprendre Pierre Sage et même, pour le grand public, de s’identifier à lui. Il n’a pas passé sa vie dans le milieu privilégié du football professionnel et sait que les opportunités sont rares et chères.

Toujours est-il que le Racing a dû se mettre en quête d’un nouvel entraîneur et a jeté son dévolu sur l’Allemand Dino Toppmöller. Adjoint de Julian Nagelsmann au Bayern Munich entre 2021 et 2023, il était à la tête de l’Eintracht Francfort entre juin 2023 et janvier 2026. Lors de sa signature à Lens en juin dernier, les spécialistes de la Bundesliga étaient clairs : Dino Toppmöller est un adepte du jeu offensif et préférera que son équipe gagne 5 buts à 2 que 1 à 0. Le premier match de championnat de la saison, face à Auxerre, semble d’ailleurs confirmer cette philosophie.

Quelques craintes… et du spectacle !

Disons-le sans attendre : les trois premiers matchs officiels donnent certes quelques indications mais il faudra attendre encore quelques semaines pour tirer des conclusions sur les réelles forces et faiblesses de cette équipe.

Tout d’abord, le mercato fut agité avec 8 nouvelles recrues et 8 départs (sans prendre en compte les mouvements de joueurs prêtés, qui allongent quelque peu la liste).

Surtout, plusieurs piliers de l’équipe de la saison 2025/2026 sont partis : Malang Sarr en défense, Mamadou Sangaré et Adrien Thomasson au milieu de terrain, Allan Saint-Maximin, Wesley Saïd et Rayan Fofana en attaque.

Mamadou Sangaré, vendu 45 millions d’euros (+ bonus) au club anglais de Brentford, est désormais la plus grosse vente de l’histoire du club (bien que les chiffres évoqués lors du départ de Khusanov à Manchester City en janvier 2025 laissent planer un léger doute). Une somme rondelette mais, dans un marché complètement déréglé, où de nombreux clubs de Premier League ont dépensé des sommes folles pour des joueurs non-confirmés, ces 45 millions paraissent presque dérisoires. Le nombre de matchs disputés par Sangaré avec un club du top 5 européen et son manque d’expérience sur la scène continentale a probablement joué. Peut-être aussi le board lensois craignait-il que faire monter les enchères et patienter bloque la suite du mercato.

Le Racing a donc recruté Yacine Titraoui (en provenance de Charleroi) et Michael Cuisance (Hertha Berlin) pour reconstruire son milieu de terrain. Tant à la récupération du ballon que pour se projeter vers l’avant, cette paire aura du travail pour faire oublier celle de la saison dernière. Pour l’heure, les automatismes ne sont pas là et le jeu a tendance à ralentir quand il passe par les deux hommes. Le jeune Bulatovic ainsi qu’Amadou Haidara (arrivé en décembre 2025) auront une carte à jouer et semblent avoir le potentiel pour intégrer le 11 de départ, surtout que l’automne proposera des matchs tous les trois jours en raison de la participation du club à la Ligue des Champions.

Malang Sarr, extrêmement décevant en 2024/2025, est devenu l’un des meilleurs défenseurs de Ligue 1 en 2025/2026. En fin de contrat cet été, il a choisi de rejoindre le Neom SC, en Arabie Saoudite. Voilà la mauvaise nouvelle pour la défense lensoise. La bonne ? Ismaëlo Ganiou est resté et a même prolongé son contrat. Si l’on ne doute pas que des grosses écuries reviendront à la charge l’hiver prochain ou durant l’été 2027, sa présence rassure, tout comme celle de Robin Risser dans les buts et bien sûr celle de Florian Thauvin dans un rôle de milieu offensif/attaquant.

Cet axe fort est renforcé par les arrivées du Croate Franjo Ivanović et le retour au sommet de sa forme d’Abdallah Sima. Souvent décisif en Coupe de France l’an dernier, l’ancien Brestois est en état de grâce en ce début de saison.

Malgré les sollicitations et quelques rumeurs, Odsonne Édouard est resté en Artois. Il est rejoint par Junior Kadile, formé à Rennes et qui brillait dans le championnat suisse. Kadile est l’une des dernières recrues du mercato lensois, tout comme Jean-Clair Todibo, arrivé en prêt de West Ham et qui vient renforcer la défense.

Autres arrivées : celles des Polonais Michał Skóraś (ailier droit) et Maik Nawrocki (défenseur central) et celle du Belge Thorgan Hazard (milieu offensif formé à Lens et de retour au bercail). De quoi permettre de faire tourner l’effectif et de mettre les joueurs en concurrence.

La défense lensoise est régulièrement touchée par les blessures depuis l’automne dernier, et les absences répétées de Samson Baidoo obligeaient la cellule de recrutement à agir dans ce secteur. Dino Toppmöller a par ailleurs été contraint de se passer du jeune Kyllian Antonio lors des deux premiers matchs de championnat, le défenseur ayant été exclu (sévèrement !) lors du Trophée des Champions. Une absence qui s’est faite ressentir et peut expliquer les boulevards laissés aux attaquants adverses, tant lors de la victoire contre Auxerre que lors de la défaite à Strasbourg.

Ce manque de solidité défensive s’ajoute donc au manque d’automatismes des nouveaux milieux, mais, dans un registre beaucoup plus optimiste, soulignons que les Lensois ont su se procurer de très nombreuses occasions, combinant bien sur le front de l’attaque, avec un Florian Thauvin plus affûté que jamais. Avec les derniers renforts du mercato et lorsque le nouveau groupe se connaîtra davantage, nul doute que le spectacle sera au rendez-vous et que les Sang et Or poseront des difficultés à bien des équipes. Attention, l’objectif n’est clairement pas de réitérer l’incroyable saison 2025/2026 mais simplement de poursuivre la dynamique positive. Une nouvelle qualification européenne, même en Ligue Europa ou Ligue Europa Conference, serait synonyme de saison réussie.

Ligue des Champions : le calendrier

C’était un moment très attendu, le tirage au sort de la phase de ligue de la prochaine Ligue des Champions s’est tenu à Monaco le 27 août. S’il disputera la compétition pour la 4e fois de son histoire, c’est la première fois que le Racing la jouera avec cette formule comprenant 8 matchs (4 à domicile, 4 à l’extérieur, contre 8 adversaires différents).

Les deux plus gros morceaux sont anglais : Manchester City viendra à Bollaert le 20 janvier 2027 tandis que les Sang & Or se déplaceront à Anfield, l’antre mythique de Liverpool, le 27 janvier. Pour espérer se qualifier pour la suite, il faudra sans doute avoir pris un maximum de points lors des 6 rencontres précédentes. Premier rendez-vous dès le 10 septembre sur la pelouse du Slavia Prague, seul adversaire au programme déjà affronté par le Racing en compétition officielle durant son histoire (Coupe UEFA 1995/1996).

Slavia Prague – RC Lens, jeudi 10 septembre, 21h00
RC Lens – Sporting Portugal, mardi 13 octobre, 18h45 
Club Bruges – RC Lens, mercredi 21 octobre, 21h00
RC Lens – Côme 1907, mercredi 4 novembre, 21h00
RB Leipzig – RC Lens, mardi 24 novembre, 21h00
RC Lens – Bodo Glimt, mercredi 9 décembre, 21h00
RC Lens – Manchester City, mercredi 20 janvier, 21h00 
Liverpool – RC Lens, mercredi 27 janvier, 21h00

De nouveaux actionnaires !

Le 31 août, tandis que plusieurs grands clubs français tentaient tant bien que mal de vendre des joueurs avant la fin du mercato, étouffés par la crise des droits TV et étant donc en quête de liquidités, le RC Lens faisait une annonce importante, appuyée par une conférence de presse.

Tout sourire, Joseph Oughourlian présentait les nouveaux actionnaires minoritaires du club, prêts à l’épauler pour poursuivre le développement du RCL.

Le plus notable est sans doute Entrepreneur Equity Partners (EEP), fonds d’investissement spécialisé dans le développement des infrastructures sportives, désormais détenteur de 13,93% du capital du club. Tim Leiweke, l’homme à la tête d’EPP, entre par la même occasion au Conseil d’Administration du Racing. Très expérimenté, Tim Leiweke a évolué dans le monde du sport américain, notamment à Toronto et à Seattle, avant de débarquer en Europe. S’il a connu de nombreuses réussites, nous nous devons de dire également que Tim Leiweke était poursuivi dans une affaire fédérale de truquage d’appels d’offres avant d’être gracié par Donald Trump fin 2025.

L’idée de cette alliance est simple : développer les abords du stade Bollaert afin que les lieux engendrent de l’activité et des revenus au quotidien, même lorsqu’il n’y a pas de match. EPP n’arrive pas au Racing pour recruter des joueurs ou avoir un impact direct sur le volet sportif mais bien pour financer de nouvelles infrastructures et donc développer le patrimoine du club.

Egalement dans le monde des affaires et même devenue présidente du club de football de Venise depuis mai 2026, la fille de Tim Leiweke, Francesca Leiweke Bodie, devrait être chargée de représenter son père à Lens si l’on en croit les propos de ce dernier durant la conférence de presse du 31 août.

Le second nouvel actionnaire est bien plus connu du petit monde du RC Lens puisqu’il s’agit de Jean-Paul Lempereur, fondateur du Groupe Lempereur (partenaire historique du club et sponsor maillot). Il entre au capital du club à hauteur de 2,79 % via une holding patrimoniale d’investissement.

À chaud, il semble tout simplement que l’avenir du club soit assuré. Depuis la reprise en main de Joseph Oughourlian suite à l’emballement de certains dirigeants après la qualification en Ligue des Champions en 2023, le club connaît une gestion on ne peut plus saine, c’est à dire ambitieuse mais réaliste, cohérente et stricte, de quoi séduire de nouveaux actionnaires quand Lyon ou Marseille (sans parler de Bordeaux) peinent à sortir la tête de l’eau. Lens ne brillera peut-être pas chaque saison sur les terrains, mais sa solidité financière semble assurer sa pérennité.

Certains puristes estimeront peut-être – et on ne pourra pas leur donner tort – que ces liens entre le RC Lens et le monde de la finance sont contre-nature, et plus encore l’arrivée au club d’un actionnaire américain. Mais il semble que ce soit un passage obligatoire pour gérer un club de football professionnel au XXIe siècle. Ceux qui doutaient encore de la volonté de Joseph Oughourlian de rester à Lens sur la durée sont repoussés dans les cordes : comme le boss du RCL l’a déclaré, ces nouveaux actionnaires minoritaires n’ont absolument pas vocation à le remplacer mais, au contre, à l’accompagner et à l’aider à développer le club.

L’avenir s’annonce radieux pour le Racing.

Texte et photos : Alexandre Taillez

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