Aurélien Wéry (Star Wars : Boarding Pass) : « On assiste à un intérêt croissant des fans pour voyager sur les lieux de tournage »

Attachez votre ceinture, CinéSport passe en vitesse lumière et voyage vers une galaxie lointaine ! Aux commandes, Aurélien Wéry, créateur du site internet Star Wars : Boarding Pass et à qui l’on doit la carte des lieux de tournage la plus complète réalisée en langue française. Que vous soyez plutôt Endor ou Andor, vous y trouverez votre bonheur. Aurélien revient sur son parcours dans le fandom et évoque certaines de ses fantastiques aventures, en Tunisie, en Écosse ou aux Canaries…

-Quand et comment êtes-vous tombé amoureux de Star Wars ?

-Très tôt ! Peut-être même trop tôt… je devais avoir 4 ans à peine, en 1990, et la maman de ma camarade Émilie qui nous gardait après l’école nous laissait devant l’écran qui diffusait tout un tas de classiques Disney en VHS. On n’avait pas encore de magnétoscope à la maison et aller chez cette nounou après l’école, c’était génial, je découvrais tout un univers. Un jour, Émilie me dit « on va regarder un film avec des monstres qui font peur » … et c’est comme ça que j’ai découvert L’Empire Contre-Attaque ! Je n’ai rien compris à l’histoire mais c’était fabuleux. Par la suite, La guerre des étoiles a été diffusé à la télé… et là on avait le magnétoscope pour l’enregistrer ! Puis j’ai aperçu des bribes du Retour du Jedi au rayon téléviseurs du magasin BUT de Saint-Quentin, ma ville natale, avant qu’il ne passe finalement lui aussi à la télé ! À le raconter, ça paraît très sommaire comme découverte, mais ça n’a pas empêché l’histoire d’amour avec la saga qui a connu un second souffle en 1999 avec évidemment le très attendu Épisode I que je suis allé voir 7 fois au cinéma. Une folie, tant devant l’écran que sur mes étagères qui se remplissaient de figurines.

-Avez-vous déjà fait partie d’une communauté de fans ou d’une association ?

-Oui, à peu près à cette époque d’ailleurs, où Internet arrivait peu à peu dans les foyers et permettait de s’ouvrir à tout un univers que seul le Lucasfilm Magazine pouvait m’apporter.

J’ai souvenir d’avoir surfé sur plusieurs sites web qui commençaient à développer les « forums » et « tchats », ces espaces de discussions en ligne qui permettaient d’échanger avec des gens de notre âge et de partager notre passion. C’est ainsi que je passais mes soirées sur le site AnakinWeb (désormais Planète Star Wars). À l’époque, je mettais un peu l’ambiance sur le tchat dirons-nous, et je me faisais des amis en ligne, notamment Sébastien – starseb – Galano qui venait du même département. On s’appelait parfois sur nos premiers téléphones portables !

J’ai ensuite intégré le staff du site comme rédacteur d’actualités mais je n’y suis resté que quelques mois car je partais faire mes études de géographie à Lille et j’avais donc moins de temps à consacrer à ma passion. Ça ne m’a pas empêché de participer aux « sorties entre fans » lillois qu’organisait le site. Je me souviens d’une animation dans un magasin Auchan pour la sortie du DVD de l’Épisode III qu’on avait faite à plusieurs costumés et notamment Laurent – Skarn – Guérisse qui portait fièrement son armure de Vador. J’ai participé à pas mal de conventions et salons en région parisienne et un peu en Belgique par la suite. Beaucoup plus tard, au moment de la sortie également très attendue de l’Épisode VII, en 2015, j’ai créé la page Facebook « Fans de Star Wars Tourcoing », ville où je réside et travaille. Donc oui, d’une manière ou d’une autre, je n’ai jamais vécu cette passion totalement seul, il y a toujours un besoin chez moi de partager avec d’autres fans de cette saga.

-Prélogie, postlogie, spin-off, séries, séries animées, romans, comics… quelles sont les productions qui vous enthousiasment le plus et pourquoi ?

-Je n’ai pas l’habitude de me vanter mais il y a quelque chose dont je suis fier : j’ai une collection de pas moins de 2000 livres rien que sur la saga Star Wars. J’ai une affection pour les livres, tant pour les univers littéraires et graphiques dérivés des films que pour tout ce qui relève de la manière dont on fabrique ces œuvres… donc je ne me limite pas qu’à ce que je vois à l’écran et je creuse dans les bouquins pour approfondir mes connaissances. Si ma préférence va évidemment aux films de mon enfance, je suis devenu un fan absolu de la série Andor qui est, pour moi et apparemment beaucoup d’autres, un OVNI dans cet univers. Je suis touché à la fois par tout le travail de production de cette série : la direction artistique et l’acting sont incroyables, tout comme les décors et la musique. Mais ce qui m’affecte particulièrement, c’est tout le message politique que porte cette série, en phase avec mes convictions. Une série beaucoup plus adulte en soi qui manquait à la saga. Et toujours dans les séries Disney+, j’aime aussi beaucoup ce que dégage The Mandalorian : du fun, du positif, et ce duo aussi attachant qu’improbable.

-A contrario, y en a-t-il qui vous laissent plus de marbre ?

-J’ai été un peu déçu par l’Épisode IX (2019) comme conclusion de la saga. Faire revivre des personnages morts me semble toujours être une facilité scénaristique et peut parfois traduire un manque d’imagination, même si ici ça passe. De fait, il y a certaines productions animées de Dave Filoni, qui est aussi un peu le spécialiste du genre, que je regarde avec moins d’attention. Le personnage d’Ahsoka méritait beaucoup mieux à l’écran selon moi. C’est certainement le recul de l’âge et la multiplicité des productions à la qualité variable qui font que je suis évidemment devenu plus exigeant. Et puis il y a aussi un peu moins de magie dans la saga dès lors qu’on a intégré le fait que les droïdes feront prochainement partie de notre quotidien. Cependant je ne suis pas nostalgique et j’accueille chaque nouvelle œuvre avec une vraie impatience, quelle que soit sa qualité au final. Je dis toujours qu’apprendre de la déception, c’est s’éviter le poids de la frustration.

-Qu’est-ce qui vous a incité à lancer le site internet Star Wars : Boarding Pass ?

-Tout d’abord il y a cette volonté de partager mes voyages sur les lieux de tournage, un peu à la manière d’un blog. Je dis toujours que j’ai commencé par la Tunisie mais ce n’est pas vrai : visiter les studios Harry Potter dans la banlieue de Londres, c’est aussi se situer sur les ruines des studios Leavesden où George Lucas avait réalisé La Menace Fantôme, ça a quelque chose de symbolique.

Ensuite en 2019, je me suis lancé le défi de réaliser le pèlerinage tunisien et de voyager seul, pour me plonger dans cette quête d’un tout avec presque rien. C’était magique et fort en émotions, quelque chose de gravé qui changera ma perception des voyages : prendre son temps, faire peu de choses mais les faire bien plutôt qu’accumuler les souvenirs et les clichés photos, et surtout éviter les hôtels de touristes et leurs excursions organisées. Je ne suis jamais parti en Tunisie pour me reposer, mais pour vivre une expérience, c’était l’aventure au quotidien ! S’endormir dans la montagne et le village berbère troglodyte isolé de Chenini en plein début du ramadan était une expérience fabuleuse. Mais quand je raconte que « Chenini » est aussi le nom donné par George Lucas à la première lune de la planète Tatooine que l’on voit dès le tout premier plan du premier Star Wars, alors le lien avec la magie de la saga se crée et vous avez l’impression que tout ce qui vous entoure provient d’un autre univers.

Néanmoins, à mon retour, je me suis mis à écrire un long article sur le blog de Mediapart que je nomme subtilement « Star Wars, un filon insuffisamment exploité du tourisme sud-tunisien ». À l’époque, le sud du pays se remet encore de la révolution et le tourisme est l’un des leviers de développement. Mais je constate aussi que peu de choses sont faites localement pour mettre en valeur ce patrimoine cinématographique qui sommeille, et alors même que les prémices du ciné-tourisme apparaissent, concomitamment à la mise en ligne des plateformes de streaming.

Après le COVID, quelques initiatives occidentales se sont mises en place en Tunisie, mais elles ne profitaient pas toujours aux locaux. Je voulais donc sensibiliser davantage le grand public sur l’intérêt des lieux de tournage tunisiens d’une part, mais aussi me renseigner sur les autres lieux qui avaient accueilli des productions Star Wars. Je me suis vite rendu compte que beaucoup d’informations manquaient, que tout n’était pas répertorié, que parfois même durant mes voyages je passais à côté d’endroits d’intérêt par manque de renseignements. J’ai donc fait ce que je savais faire le mieux : me plonger dans les livres et vidéos de « making-of » pour récolter cette information. Et essayer de la transcrire dans mes articles que je souhaitais immersifs (musique du film qui accompagne l’article, reportage photo et narration chronologique : je vous emmène avec moi !)

Par la suite, m’est venue l’idée d’agrémenter le site autrement et de compiler l’information dans une carte en ligne, pour partager plus simplement ces données avec le grand public. Il y a dans ma démarche une volonté de faire connaître ces lieux de tournage et de sensibiliser sur leur présence.

-Quelle est votre ligne éditoriale ? Vous intéressez-vous uniquement aux lieux de tournage des films ou également à ceux des séries ?

-J’essaye à travers mes articles de rendre le voyage immersif, m’attardant parfois sur des détails ou des anecdotes de tournage. Mais j’obstrue volontairement le côté scientifique et recherche de la géographie quand j’écris, il faut que ça reste accessible au grand public, comme l’est la saga.

Tous les lieux de tournage m’intéressent, qu’il s’agisse de petits plans de transitions tournés sur le flanc d’une montagne pour la planète Endor, ou bien les grands espaces où les équipes techniques ont testé le landspeeder de Luke Skywalker jusqu’au début de l’année 1977 (quelques mois avant la sortie du film !) dans différents déserts de la Californie. Je veux pouvoir recenser chaque plan filmé, y compris ceux des séries ou des rushs que l’on retrouve uniquement dans les bandes-annonces et scènes coupées. Et je m’appuie aussi beaucoup sur les photos de production et les hôtels utilisés par les artistes lors du tournage pour m’imaginer le cheminement qu’ils devaient faire jusqu’au plateau, donc ça va parfois au-delà des lieux où la caméra s’est posée.

Je ne me suis pas encore intéressé aux lieux de tournage du Star Wars Holiday Special mais ça pourrait venir un jour !

-Parmi ceux que vous avez eu l’occasion de voir de vos propres yeux, quels sont les lieux qui vous ont particulièrement marqué ?

-Alors étonnamment, il y a tout un tas de lieux célèbres et déjà fréquentés par les fans que je n’ai pas encore découverts de mes propres yeux. Je me les garde pour plus tard car je sais qu’ils ne sont pas menacés de disparaître, et ça peut être intéressant de suivre leur évolution à distance. Par contre, il y a des carrières, des lieux industriels, des sites naturels ou urbains qui sont parfois concernés par des projets d’aménagements et le paysage risque alors d’être modifié et méconnaissable.

Pour ma part, j’ai été le premier fan non-écossais et peut-être encore aujourd’hui l’un des seuls à pouvoir me rendre sur les lieux de tournage de la saison 1 d’Andor. Je ne parle pas du barrage hydraulique de Cruachan qui sert de base impériale sur Aldhani et qui est ouvert au public, mais plutôt de la forêt au bord de la rivière Tilt qui sert de campement à la petite cellule rebelle qui prépare le braquage. C’est un lieu privé très reculé et inaccessible aux véhicules non autorisés et j’ai donc préparé mon voyage un an à l’avance avec un guide local qui m’a couvert en me présentant tout d’abord à un pêcheur et ami des propriétaires et en me faisant discrètement passer pour un ami français, lui-même pêcheur de saumons de rivière ! Ce qui explique mon accoutrement sur les photos ! Finalement, c’était un peu comme voyager sous une fausse identité comme le personnage de Cassian Andor ! Mais une fois sur place, c’était indescriptible : j’avais l’impression d’avoir intégré la Rébellion dans le maquis ! On se retrouve seul dans une forêt au pied de la vallée, coincé entre deux montagnes oppressantes. On comprend alors pourquoi les producteurs ont choisi cet endroit reculé, ça ne peut que mettre les acteurs en condition et leur jeu s’en ressent à l’écran !

Dans un tout autre style, j’ai effectué seul la traversée du désert du Parc Naturel de Jandia dans le sud de Fuerteventura aux Canaries. Il y a 10 kilomètres aller-retour à parcourir dans le sable de la côte Sud où se trouvait ma résidence, à la côte Nord, où se trouvait le plateau de tournage de Solo : A Star Wars story pour toutes les scènes de la planète Savareen à la fin du film. Ça m’a pris plusieurs heures en partant tôt le matin pour éviter les fortes chaleurs, traverser par le tunnel sous l’autoroute et emprunter un chemin inexistant où seuls quelques quads de touristes en quête de sensation s’aventurent dans les reliefs de dunes. Dans ces conditions extrêmes, il faut s’équiper et être préparé mentalement à être coupé du monde et à progresser lentement, d’autant que je n’avais aucun contact sur l’île et que je traversais une zone non couverte par le réseau téléphonique. Je n’ai croisé absolument personne ce jour-là, sauf un troupeau de chèvres sauvages qui se demandaient ce que je faisais là ! Une fois au bord de la falaise au beau milieu de nulle part, pour revivre le duel entre Han Solo (Alden Ehrenreich) et Tobias Beckett (Woody Harrelson), le vent s’est levé comme dans le film et c’est devenu délicat de lutter contre les éléments naturels climatiques. Avant de repartir, j’ai pu récupérer quelques outils oubliés sur le décor. Il y avait là dans le sable encore quelques planches de bois et pièces métalliques. Je garde précieusement ces petits souvenirs, mais le meilleur d’entre eux reste le voyage en soi : J’ai marché seul pendant 5 heures dans un désert dunaire sauvage bravant le climat à 3000 kilomètres de chez moi, juste pour passer quelques minutes sur la planète Savareen. Même les livres et les jeux-vidéos Star Wars ne vous offrent pas un tel niveau d’immersion dans l’univers. Mais surtout, ce jour-là, j’ai eu la sensation de pouvoir vivre une solitude extrême, éloigné de tout : un privilège devenu rare. Le film Solo portait alors bien son nom !

J’ai été le premier fan non-écossais et peut-être encore aujourd’hui l’un des seuls à pouvoir me rendre sur les lieux de tournage de la saison 1 d’Andor.

-Avez-vous connu quelques mésaventures en vous rendant sur place ? Certains sites sont-ils inaccessibles ?

-Oh oui, ça fait partie des anecdotes de voyage dont celle que je viens de raconter. J’ai eu les semelles de chaussures de rando qui se sont décollées l’une après l’autre dans la montagne rocheuse écossaise et l’impression que les moutons qui m’accompagnaient riaient de moi : j’ai fini le parcours presque en chaussettes et avec quelques ampoules ! C’était une erreur de ma part et une mauvaise préparation, une leçon pour les voyages suivants.

Ensuite il y a toutes ces arnaques à touristes en Tunisie et une dont je me souviens notamment : en arrivant à Ksar Hadada, où fut tournée la scène de l’échange sur la terrasse entre Shmi Skywalker (Pernilla August) et Qui-Gon Jinn (Liam Neeson) dans La Menace Fantôme, un commerçant me demande si je veux voir « le faucon ». Je m’attendais à ce qu’il me montre quelque chose en lien avec le Faucon Millenium, car le lieu reçoit pour le coup énormément de fans de la saga, mais à peine le temps de finir ma réflexion qu’il me pose un réel faucon sur le bras pour que je puisse poser en photo avec son oiseau !

Enfin, oui, il y a des lieux inaccessibles et beaucoup sont sur des terrains privés notamment au Royaume-Uni. Des lieux dangereux aussi comme d’anciennes raffineries, ou centrales électriques, des lieux escarpés en Irlande ou des carrières d’extraction. J’ai grimpé l’Etna, le volcan le plus actif d’Europe en Sicile, pour chercher le cratère refroidi qui a servi de plan d’incrustation de la lave de la planète Mustafar dans La Revanche des Sith, mais c’est évidemment compliqué de se repérer dans ces paysages particuliers en constante évolution. D’autres lieux sont surfréquentés par les touristes comme Dubrovnik en Croatie, ce qui empêche de prendre de belles photos. Certains lieux ne sont pas faits pour accueillir du public et donc il faut à la fois obtenir les autorisations mais aussi bien se préparer physiquement : il faut avoir en tête que tout ne peut pas se visiter.

-Y en a-t-il un que vous rêveriez de voir ? Avez-vous déjà programmé de prochains voyages ?

-J’ai surtout connu quelques vols annulés à cause du COVID évidemment, et parfois de la guerre, la vraie, comme la fois où j’ai voulu me rendre en Jordanie qui est pourtant un pays sûr pour les touristes mais au cœur d’un environnement géographique très tendu autour de ses frontières. Je n’ai rien programmé cette année pour le moment, peut-être retournerai-je au Royaume Uni ou en Espagne pour découvrir les lieux de la saison 2 d’Andor ! J’avoue que l’Islande où furent tournés les Épisodes VII et VIII ainsi que Rogue One m’attire pas mal ! Mais là encore, ce qui va déterminer le choix de ma prochaine destination n’est pas tant de voir le lieu en question, que le voyage pour s’y rendre seul et sans conduire. Je voyage toujours en solo quand il s’agit de ces excursions… c’est comme un voyage intérieur et une projection dans mon univers.

-En août 2025 vous mettiez en ligne une carte interactive inédite en langue française, pouvez-vous nous en dire plus sur son contenu ?

-C’est l’outil My Maps de Google qui m’a permis de rendre la chose possible. J’étais frustré de ne pas trouver sur le web de carte fiable et précise des lieux de tournage et de ne pas pouvoir, en un clic, trouver les informations du lieu filmé. Alors je me suis mis en tête que je créerais la carte des lieux de tournage la plus précise avec une capacité de zoom sur l’emplacement au plus proche de la réalité. J’y ai collé une fiche sur chacun des 330 emplacements, contenant du texte explicatif sur le lieu et des photographies qui proviennent soit de mes propres voyages, soit de mes recherches dans les making-of ou sur le web.

On trouve énormément de références grâce à des sites de randonneurs, ça m’a beaucoup aidé pour mes recherches ! Quand on ouvre la carte, on peut faire une recherche à la fois en cliquant sur les icônes réparties dans le monde, mais aussi par type de film ou série. J’ai aussi ajouté quelques lieux symboliques comme les studios et bâtiments de Lucasfilm ou encore le Skywalker Ranch. Cette carte est maintenant opérationnelle et en ligne sur mon site Star Wars Boarding Pass, mais elle est aussi perfectible : beaucoup de lieux sont encore à trouver et j’y laisse mes informations sur la carte. De même, si un simple clic permet de tout traduire selon votre navigateur, une version anglaise m’est régulièrement demandée.

-Combien de temps ce travail vous a-t-il pris ?

-Plus d’une année car de nombreux lieux n’avaient jamais été découverts ni recensés dans les archives publiques de Lucasfilm et je ne souhaitais pas sortir la carte avant d’avoir commencé ce travail. L’élaboration de l’outil n’est pas compliquée en soi, c’était surtout d’y insérer du contenu et de placer exactement le point sur la carte de Google Maps qui sert de fond de plan qui prirent du temps. J’entreprenais mes recherches en ligne durant ma pause du midi ou bien le soir. Il y avait beaucoup de photographies de reliefs à récolter, trier, comparer… c’était un peu plus complexe que Rey et sa dague Sith sur la lune d’Endor, Kef-Bir, pour retrouver l’orienteur Sith dans les ruines de l’Étoile de la Mort !

-Vous retrouvez régulièrement des lieux de tournage inédits, comme par exemple ceux du film The Mandalorian and Grogu, comment vous y prenez-vous ? Y a-t-il une communauté de spécialistes qui se partagent les informations ?

-Oui et je suis très fier d’avoir cherché et trouvé des lieux de tournage qui restaient inconnus depuis les tout premiers films ! Mais aussi des éléments plus récents de la prélogie (l’île thaïlandaise qui a servi de référence à Kashyyyk dans Épisode III) ou de la postlogie (la dune que Rey surfe sur Jakku au début de l’Épisode VII en sortant de son exploration d’une épave d’un Destroyer Imperial). Je passe des heures à regarder des reportages sur le tournage et prendre les informations nécessaires sur ce que je vois : éléments de relief, de végétation, orientation du terrain selon le positionnement du soleil à l’écran, à décortiquer les génériques de fin qui sont une source directe d’information, ou encore à trouver le nom des entreprises de grues ou d’hélicoptères qui participent à la prise de vue et sont aussi parfois de bons indices !

Bref, c’est un vrai travail d’enquête qui est passionnant en soi ! De plus en plus, je suis aidé par l’Intelligence Artificielle pour décortiquer les images de production, c’est un vrai échange que j’ai avec la machine pour m’aider à récolter les bonnes informations et faire le tri rapidement. C’est à ça que doivent servir les droïdes, non ?

Dernièrement il est vrai que j’ai découvert les lieux de tournage de la planète Adelphi que l’on découvre dans la saison 3 de The Mandalorian et que l’on retrouve dans le film. En ce moment, je m’attelle à rechercher les montagnes enneigées que l’on aperçoit dans les extraits de The Mandalorian & Grogu. Ces images sont toujours très compliquées à comparer avec des références réelles trouvées sur internet, la neige n’étant pas un élément fixe du paysage. De plus, on nous apprend qu’il s’agit du tout premier film Star Wars qui serait intégralement tourné en Californie… mais le doute persiste sur ces montagnes ! Et surtout, il faut distinguer ce qui relève du vrai relief et de l’incrustation numérique.

Concernant la communauté des « location hunters », c’est un vrai sujet. On est quelques-uns à chercher comme moi mais ça se compte sur les doigts de la main dans le monde. Je nommerais sans hésitation Liam Ball, un Anglais qui a créé le site « Star Wars Places » aujourd’hui dénommé « That Place in Space » sur Facebook, un vrai passionné ! J’échange aussi avec le Néerlandais Sander de Lange qui, pour le coup, travaille en tant qu’auteur pour le site officiel Starwars.com et qui a quelques contacts utiles ! Il écrit un livre qui sortira l’an prochain et devrait s’intituler « Galactic Backpacking » et qui s’accompagnera d’informations touristiques autour des lieux de tournage, j’ai hâte de pouvoir le lire, d’autant que mes informations lui ont servi pour la rédaction de l’ouvrage ! Je ne peux pas ne pas mentionner le compte Instagram « Skywalking Across the Stars » de l’Allemand Andreas Laube, qui se spécialise dans la photographie comparative entre le décor réel et ce que l’on voit à l’écran, et c’est visuellement très beau : à voir absolument ! Enfin il y a les fans américains reconnus, Matt Booker, Gus Lopez ou James Floyd, qui sont proches du site Fantha Tracks et qui mettent régulièrement en avant leurs voyages sur les lieux de tournage !

Je suis très fier d’avoir cherché et trouvé des lieux de tournage qui restaient inconnus depuis les tout premiers films.

-Lors de la dernière édition de la convention Générations Star Wars et Science-Fiction, à Cusset, vous avez donné une conférence avec Gilles Capelle, spécialiste des lieux de tournage tunisiens. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre acolyte ?

-C’est davantage lui le Maître et moi qui suis son acolyte ! Gilles est incroyable : on s’est rencontrés lors d’une édition de Chtar Wars où il exposait son travail photographique sur la Tunisie et on s’est rendu compte qu’on y était allés à peu près à la même période. On a ensuite fait une conférence improvisée lors d’une édition suivante à Boulogne-sur-Mer et il m’a présenté à de nombreuses personnes dans la communauté, il a mis en avant mon travail mais mieux que cela : il m’a fait progresser à travers son exigence et son perfectionnisme des détails dans la rédaction des fiches de ma carte. Il m’a aussi beaucoup orienté vers des ouvrages de référence pour m’aider à trouver les lieux qu’il me manquait. Il m’a invité l’an dernier à son salon Star’s Up à Meudon et j’ai pu présenter mes travaux de recherche dans le podcast Hyperdrive. À Cusset, il m’a présenté Abdou Ameur, le responsable de Star Wars Tunisia qui valorise et sensibilise toute cette histoire autour du tournage en Tunisie. Je dois beaucoup à Gilles et c’est une personne-ressource rare dans la communauté, très impliqué et très concerné dans la valorisation des lieux de tournage tunisiens. Il est le fan français qui connaît le mieux les lieux de tournage en Tunisie et ses nombreux voyages sont toujours une source d’information précieuse ! C’est aussi une personne avec un humour incroyable mais je ne peux pas en dire beaucoup plus ici malheureusement !

-La conférence a-t-elle été un succès ? Le sujet est-il populaire dans la communauté des fans ?

-J’ai surtout évoqué ce qui caractérisait la construction des lieux de la saison 2 d’Andor et notamment la planète Ghorman qui rappelle un peu la France sur certains points. D’ailleurs, plusieurs de nos communes ont inspiré directement l’architecture de la planète ! Gilles a présenté un travail très complet sur les lieux tunisiens, je ne pense pas que vous trouverez meilleure présentation existante sur ce thème !

Il a l’habitude de me rappeler que notre sujet est une « niche » qui n’attire que quelques spécialistes et intéressés du genre, et pas forcément le grand public. Force est de constater qu’avoir su attirer environ 90 personnes sur le même créneau horaire (13-14h) que le très attendu panel des Éditions Pocket pour les annonces des sorties littéraires semble relever de l’exploit… Et pourtant, je suis persuadé que le ciné-tourisme Star Wars et notamment vers la Tunisie est en plein boom ! On assiste à un intérêt croissant des fans pour voyager sur les lieux de tournage, je pense que le public recherche des choses authentiques et différentes et s’intéresse toujours plus au patrimoine de la saga.

On a eu de très bons retours de la conférence. J’ai été touché par une personne qui nous disait qu’après nous avoir écoutés, elle n’hésitait désormais plus à partir en Tunisie ! Alors que l’on fêtait les 50 ans du premier jour de tournage en mars dernier, seuls quelques fans tunisiens et français étaient présents pour marquer le coup sur le site de l’igloo des Lars. Le sujet n’intéresse pas encore les grands médias ni même les youtubeurs spécialistes de la saga mais ça peut changer ! Aux États-Unis, c’est un peu pareil : L’immersion dans l’univers Star Wars se fait surtout au travers des parcs à thème Disney. Qui plus est, la géographie n’est pas une discipline très enseignée là-bas, alors quand on parle de préserver et mettre en valeur des lieux de tournage comme un patrimoine à considérer, ce n’est pas un sujet central. Il faut s’appuyer sur les acteurs locaux qui commencent à prendre conscience de ce qu’ils ont sur leur territoire, et travailler avec eux pour sensibiliser et amener le grand public à s’y intéresser.

-Pour conclure, quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient marcher sur vos pas et visiter des lieux de tournage des films et séries Star Wars ?

-Que c’est un peu comme rencontrer un acteur lors d’une convention, on peut avoir une bonne ou une mauvaise surprise par rapport au personnage qu’on aime à l’écran ! Plus sérieusement, de bien prendre le maximum de renseignements en amont car comme je l’expliquais, il y a des lieux qui ne sont pas toujours visitables. A contrario, en Tunisie, tout est désormais fait pour que votre séjour « starwarsien » vous procure de magnifiques souvenirs ! Passer par des tour-opérateurs locaux plutôt que les entreprises occidentales qui vous proposent des packages de lieux à visiter peut vous faire gagner du temps et de l’argent ! Je reste évidemment, tout comme Gilles Capelle, disponible pour vous apporter les renseignements utiles dont vous aurez besoin s’il y a encore des éléments qui vous bloquent.

Durant la conférence, à Cusset, j’ai insisté aussi sur un point concernant la Tunisie : Que vous partiez seul ou à plusieurs, il faut s’octroyer le temps pour soi, pour vivre au mieux l’expérience d’un coucher de soleil aux abords de l’igloo des Lars. C’est un moment unique à vivre dans sa vie. Comme dans le film… mais en vrai !

Propos recueillis par Alexandre Taillez

Merci à Aurélien Wéry pour sa disponibilité !

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