Découvrez Le Chêne d’Allouville, une comédie franchouillarde des années 80 bien loin des canons hollywoodiens et de ceux du CNC et de l’Arcom mais dont l’intrigue trouve un écho inattendu dans l’actualité.
Le résumé
L’action se déroule dans le petit village d’Allouville-Bellefosse, au cœur de la verte et riche campagne normande. Le monument emblématique du village et la principale attraction touristique est un chêne millénaire et remarquable, dans lequel a été aménagé une petite chapelle par un ermite après son retour des croisades.
Nous découvrons également le clan Lecourt. Le père, Albert Lecourt (interprété par Jean Lefebvre), et ses fils, François (Henri Guybet) et Bernard (Bernard Menez). Ce dernier, prêtre catholique, prend tout juste ses fonctions à la paroisse d’Allouville après son retour d’Afrique, chassé de sa mission par son évêque et par le dictateur local pour avoir mené une révolte paysanne contre les spoliations de ce même dictateur.
Les Lecourt sont bien connus dans le pays de Caux pour leur appétence à l’agitation et à la révolte dans le but de défendre le monde paysan et la nature.
Profondément méfiant envers les méthodes modernes, de brèves répliques de Jean Lefebvre nous mettent sur la voie concernant la mentalité de nos paysans normands :
« Toi qui as rasé tous les arbres autour de ta ferme et qui as voté pour le remembrement […] et qui as planté des sapins à la place. T’en as déjà vu des sapins cauchois ?! […] Alors que t’as abattu plus de trois cents hêtres, sans compter les chênes. Des arbres que ton arrière-grand-père avait plantés. Ça, c’est comme un crime. »
Malheureusement le chêne millénaire d’Allouville est en danger. Le maire (Pierre Tornade) est en pourparlers avec le député de la circonscription, Charles Crétois, un bourgeois pédant, méprisant, démagogue et âpre au gain. Ils se mettent d’accord pour lancer des travaux d’élargissement de la route en plein milieu du village, ce qui endommagera les racines du chêne et le fera mourir à terme. Le projet est validé en toute discrétion par les deux élus contre la promesse, pour le maire, d’une… légion d’honneur !
Mais les bonnes affaires de la République se trouvent entravées par les Lecourt puis par les Allouvillois eux-mêmes. Nous découvrons alors ces gens du terroir normand, des paysans francs, futés, rigolards, travailleurs et amoureux de leur campagne et de leur terroir. Bref, des Franchouillards !
Ces paysans normands qui rappellent à cinquante ans de distance nos paysans français des manifestations d’agriculteurs et plus récemment ceux venus de la France entière pour aider les pompiers contre les incendies de forêts, notamment en Gironde. Ils sont accueillants et chaleureux. Dispensateurs de bons mots et de bras d’honneur, faisant preuve d’une tendresse un peu rustaude et prompts à la picole, à la rigolade, à la bagarre et à l’insolence potache envers le curé qu’ils traitent plus comme un copain que comme un ecclésiastique.

La bagarre ! La bagarre !
Lorsque les ouvriers et leurs engins de chantier arrivent au village, les Allouvillois s’organisent comme une véritable armée, comme les Chouans, comme les Gilets jaunes… comme tous les franchouillards s’opposant aux technocrates parisiens sans racines. Ils manifestent, occupent le terrain médiatique, s’imposent durant les grands événements à tel point que les journaux relaient leur cause et que le chêne d’Allouville devient célèbre dans toute la France.
Lorsque les CRS arrivent, la bataille d’Allouville s’engage, furieuse. Les paysans sur les barricades et les CRS dans la sauce. Les scènes de batailles rappellent les scènes des barricades dans « Les Misérables » de Victor Hugo, la révolte des mineurs dans « Germinal » d’Émile Zola ou encore « Les Chouans » d’Honoré de Balzac. La bagarre !!
Charges d’infanterie contre charges de cavalerie-tracteur au milieu des vaches, échange de prisonniers de guerre…Allouville est le Stalingrad de la bourgeoisie progressiste, le Waterloo de la bureaucratie et des puissances d’argent. La bagarre !! Encore de la bagarre !!!
Les milieux parisiens en prennent pour leur grade – toujours dans la rigolade mais pas si caricatural que cela – par le biais de la scène de la répétition du Tartuffe de Molière. Il y a cinquante ans, le monde de la culture était déjà vu comme un milieu complètement hors sol, déconnecté, égocentrique et surtout subventionné à outrance.
Après la bataille, CRS et gendarmes, présentés comme bornés, pas bien intelligents mais aussi franchouillards que les paysans, sont tout de même accueillis après les évènements pour boire un coup et pour rigoler… La France !
Village gaulois, révoltes paysannes, Gilets jaunes, le film se termine par un banquet de mariage autour du vieux chêne. La France, encore la France ! Le message est clair : La droite ? La gauche ? On s’en fout ! La France et nos terroirs par-dessus tout !
Un peu d’Histoire et de Géographie !
Le cinéma franchouillard, c’est faire des films comme Le Chêne d’Allouville. La commune d’Allouville-Bellefosse existe réellement, à quelques kilomètres d’Yvetot. Les figurants ne sont autres que les paysans des environs et le chêne d’Allouville se dresse fièrement en face de l’église Saint-Quentin. Il est considéré comme le plus vieux chêne de France. Son âge n’est pas connu avec exactitude. Au XIXe siècle, on l’estimait à 800 ans mais une étude récente l’a réévalué à 1200 ans. Il est toujours vivant et continue de produire des glands… un point commun avec certaines institutions !

Contrairement à ce qui est dit dans le film, la chapelle ne remonte pas au XIIIe siècle mais au XVIIe, aménagée par l’abbé Jacques Delalande du Détroit.
Enfin concernant Théobald Ducerceau, ermite du XIIIe siècle, il s’agissait en réalité d’un prêtre jésuite des XVIIe et XVIIIe siècles du nom de Jean-Antoine du Cerceau, poète et dramaturge. Il se fera accidentellement tuer d’un coup de fusil tiré par le jeune prince de Conti dont il était le précepteur. Le prince de Ligne disait au sujet de ce jeune prince ô combien maladroit et écervelé qu’il était « propre à tout et capable de rien. »… cela ne vous rappelle pas quelqu’un ?
Fiche technique
Film de 1981.
Réalisation de Serge Penard. Dialogues d’Alphonse Boudard.
Distribution : Jean Lefebvre, Bernard Menez, Henri Guybet, Pierre Tornade, François Dyrek, Isabelle Gautier, Philippe Nicaud.
Durée : 1h30
Où voir Le Chêne d’Allouville ?
Une fois n’est pas coutume, notre film du mercredi est disponible gratuitement et en intégralité sur YouTube.
Pour les amoureux du support physique, la mission sera moins aisée puisque le DVD du film est plutôt rare. Vous pourrez éventuellement trouver un exemplaire d’occasion sur Vinted ou Amazon. Pour l’heure, les offres les plus intéressantes sont sur Rakuten mais la plateforme fermera ses portes le 30 septembre 2026.
Texte : Jean-Baptiste


