[Reportage] L’âme d’Arsenal, du musée des Gunners à Highbury

Replongez dans l’histoire du nouveau champion d’Angleterre ! Arsenal a remporté la Premier League pour la première fois depuis 2004 et s’apprête à jouer une seconde finale de Ligue des Champions. De quoi enrichir un peu plus l’histoire d’un club qui s’est épanoui au stade de Highbury et dont de nombreux trésors sont présentés dans un musée jouxtant l’Emirates Stadium.

Arsenal est un club à part pour les amoureux du football français. Sous le mandat d’Arsène Wenger, l’un des plus dignes représentants du coaching tricolore, une multitude de joueurs – souvent internationaux – ont porté les couleurs des Gunners. Citons Emmanuel Petit, Nicolas Anelka, Patrick Vieira, Thierry Henry, Robert Pirès, Sylvain Wiltord… mais tant d’autres ont également répondu à l’appel de Londres avant et après, de Rémi Garde à William Saliba en passant par Jérémie Aliadière, Mathieu Flamini ou Olivier Giroud…

Cette colonie française d’Arsenal a naturellement créé un certain engouement dans l’Hexagone, un phénomène pas toujours vu d’un bon œil par les puristes. Soutenir un club évoluant dans un championnat étranger est parfois considéré comme étant le symbole même du phénomène « footix », ces supporters attachés à des clubs prestigieux avec lesquels ils n’ont pas d’attache historique ou géographique personnelles plutôt qu’à des clubs certes moins glorieux mais « de chez eux ». Mais quid de la passion ? Quid du romantisme bien réel suscité par exemple par le parcours d’un joueur comme Thierry Henry, petit Français devenu une immense légende sous le maillot rouge et blanc ? Lui-même, d’ailleurs, est le premier à se revendiquer supporter d’Arsenal. Qui osera qualifier Thierry Henri de « footix » ?

Arsenal s’est aussi parfois dressé sur la route des clubs français lors des compétitions européennes, de Lens à Lyon en passant par Marseille, Monaco ou Paris. Et Arsène Wenger n’incitait pas vraiment ses joueurs à lever le pieds face à ses compatriotes ! Doit-on aussi rappeler l’affaire Lee Dixon-Tony Vairelles, toujours dans les mémoires des supporters Sang et Or ?

Toujours est-il que trouver la trace des joueurs français passés par Arsenal dans le musée des Gunners, sur le parvis de l’Emirates Stadium ou sur d’immenses fresques affichées sur le stade fait chaud au coeur et inspire une certaine fierté.

Le musée des Gunners

Ouvert en 1993 dans l’enceinte du stade de Highbury, le musée a déménagé dans le Northern Triangle Building, situé juste en face de l’Emirates Stadium, l’enceinte où évolue Arsenal depuis 2006. Le site avait fermé pendant quelques mois en 2016 afin qu’une importante rénovation soit effectuée.

Une fois que le visiteur s’est affranchi des 10 livres que coûte le billet d’entrée, il entame un voyage dans le temps sur les traces des ouvriers du Royal Arsenal – une manufacture d’armement et d’explosifs -, qui fondèrent le club en 1886, et de tous leurs glorieux successeurs.

Quelques archives exceptionnelles sont exposées comme des tickets datant des années 1890, des photos et des programmes de matchs ; l’on trouve également des ballons et des crampons du début du XXe siècle et même la décoration de Membre de l’Ordre de l’Empire britannique de Tom Whittaker, joueur d’Arsenal de 1919 à 1925 puis entraîneur du club entre 1947 et 1956, qui entre- temps avait défendu son pays en tant que pilote de la Royal Air Force durant la Seconde Guerre mondiale.

Aucun club n’a davantage remporté la Coupe d’Angleterre – ou FA Cup – que les Gunners, qui l’ont fait à 14 reprises. Leur premier succès dans la compétition remonte à 1930, puis les titres se sont succédé au fil des décennies : 1936, 1950, 1971, 1979, 1993, 1998, 2002, 2003, 2005, 2014, 2015, 2017, 2020…. Plusieurs de ces trophées sont bien sûr mis en valeur dans les vitrines du musée, tout comme la Coupe internationale des villes de foires glanée en 1970. Cette compétition d’un autre temps, organisée en 1955 et 1971, faisait se rencontrer des clubs dont la ville accueillait des foires internationales. C’est l’ancêtre de l’actuelle Europa League, bien que son fonctionnement n’ait plus rien à voir. La Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe a également disparu mais son souvenir est plus frais puisque la dernière édition date de 1999. En 1994, c’est Arsenal qui avait triomphé.

Charlie George, auteur du but vainqueur en finale de la FA Cup de 1971 face à Liverpool, a droit à une statue grandeur nature reproduisant la célébration qu’il avait faite ce jour-là.

Naturellement, les Invincibles de 2004 figurent en bonne position. Lors de la saison 2003/2004, Arsène Wenger et ses hommes avaient accompli l’exploit historique d’achever la saison de Premier League sans la moindre défaite ! C’était le dernier titre en date avant celui obtenu par la clique de Mikel Arteta en ce printemps 2026.

Maillots de toutes les époques, gants de gardien, médailles, fanions, relique de la pelouse d’Highbury…nous sommes au paradis des supporters d’Arsenal et une seule question se pose : où diable les prochaines reliques seront-elles exposées ?

Les statues de l’Emirates

À l’image de ce que font les franchises du sport américain, les clubs de football anglais ont l’habitude d’honorer leurs légendes par des statues. Si l’Emirates Stadium est encore relativement récent, Arsenal n’a pas manqué d’honorer plusieurs personnalités sur le parvis, pour le plus grand plaisir des visiteurs qui, même lorsqu’ils ne peuvent assister à un match, ont au moins l’occasion de toucher du doigt la grande histoire du club.

L’on trouve ainsi 6 statues dont celles de deux Français ! Des statues de l’entraîneur Herbert Chapman, qui guida Arsenal de 1925 à 1934, du défenseur Tony Adams (669 matchs pour les Gunners entre 1983 et 2002 !), de l’attaquant néerlandais Dennis Bergkamp (423 matchs, 120 buts), mais aussi une statue de Ken Friar, qui consacra sa vie au club. Il s’était fait remarquer alors qu’il était enfant et a occupé de très nombreux rôles, d’employé de la billetterie dans les années 1950 à secrétaire général en 1973, puis directeur général en 1983. Outre ses nombreuses distinctions et la statue à son effigie, Ken Friar a donné son nom au pont reliant le stade à la rue menant à la station de métro « Arsenal ».

Les deux Français représentés sont sans surprise Arsène Wenger, trophée de la Premier League en mains, et Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal avec 228 réalisations, immortalisé effectuant l’une de ses célébrations cultes.

Outre les statues, de magnifiques fresques ornent les façades du stade, fresques rappelant, elles aussi, l’histoire et les grandes heures des Gunners.

La nouvelle vie de Highbury

Avant l’Emirates Stadium, il y avait Highbury. Beaucoup clament même qu’Arsenal a perdu une partie de son âme en quittant ce stade, quand bien même celui-ci ne permettait d’accueillir que 38 419 spectateurs quand l’enceinte flambant neuve sortie de terre en 2006 a une capacité de 60 704 places.

Le « Arsenal Stadium » de son vrai nom avait été bâti en 1913 dans le quartier de Highbury, et c’est cette appellation que la postérité a retenue. Highbury, donc, a connu plusieurs évolutions et rénovations, dans les années 30 d’abord puis au début des années 1990. Mais dans les années 2000, au lendemain des incroyables succès du club et alors que le monde du football prenait un tournant, le constat fut implacable : le stade était trop petit, pas assez moderne, n’offrant pas le confort nécessaire aux « VIP »… et ne permettant pas d’engranger assez d’argent !

Mais Highbury n’a pas connu le destin funeste de nombreux stades mythiques, tel Upton Park (l’ancienne enceinte de West Ham, également à Londres) ou Vicente-Calderón (Atlético de Madrid). Un sort que devrait aussi connaître San Siro à Milan.

Non, Highbury n’a pas été complètement effacé de la carte. Deux façades de style Art déco, dont l’une devenue mythique avec ses fenêtres desquelles les trophées étaient présentés à la foule, sont toujours là, affichant fièrement l’inscription « Arsenal Stadium ».

Simplement, ne vous attendez pas à trouver la pelouse bien entretenue d’autrefois derrière les portes, ni même quelques cannettes de bière laissées là par des supporters. À la place se dresse désormais une résidence luxueuse, le « Highbury Square ». Si vous le demandez avec courtoisie, les résidents vous permettront d’accéder au jardin central, là même où se trouvait le terrain que foulaient Ian Wright, David O’Leary, David Seaman et consorts. En plus des façades de l’ancien stade, visibles de l’extérieur de la résidence, les bâtiments ont conservé l’architecture typique d’un stade à l’anglaise, les quatre tribunes étant simplement remplacées par des immeubles, permettant facilement d’imaginer que l’on s’apprête à jouer un match capital et animé face à Tottenham ou Manchester United.

Le petit chien du voisin ou les jolies fleurs vous ramèneront à la réalité mais un certain plaisir demeurera, c’est une garantie.

Texte et photos : Alexandre Taillez

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