Lorsque le cinéma parle de… cinéma, ou plutôt d’une certaine magie du cinéma, sur fond d’âge d’or hollywoodien, de maccarthysme, de sacrifice et de deuil insurmontable. Découvrez ou redécouvrez The Majestic.

Résumé 

1951, Hollywood.

Peter Appleton (interprété par Jim Carrey) est un scénariste de série B en pleine ascension mais celle-ci – en pleine période du maccarthysme et après la condamnation des époux Rosenberg – est brutalement interrompue par des soupçons d’appartenance au parti communiste. Suite à ces accusations, il n’est pas seulement mis à l’écart, il est totalement ostracisé par ses amis et même sa fiancée.

Déprimé, abandonné de tous, sauf bien sûr par son avocat et les enquêteurs du FBI, il sera victime d’un accident et disparaîtra.

Blessé et amnésique, il échouera dans la petite ville de Lawson, durement éprouvée par la Seconde Guerre mondiale car plusieurs dizaines de jeunes hommes de la commune furent tués en Europe ou dans le Pacifique. C’est le cas de Luke Trimble (Matt Damon) porté disparu durant la bataille de Normandie après plusieurs actes héroïques sur le front.

De nombreux habitants de Lawson seront convaincus que cet amnésique n’est autre que Luke Trimble de retour au pays. Harry Trimble, père inconsolable de Luke et propriétaire du vieux cinéma à l’abandon, The Majestic, est le premier à reconnaître en Peter Appleton son fils disparu en France sept ans plus tôt.

Aussitôt, Lawson semble renaître et se remettre comme par miracle des trop nombreuses morts qui avaient endeuillé la petite ville. Harry Trimble (interprété par Martin Landau) propose alors de rénover le cinéma The Majestic et d’y projeter à nouveau des films.

La ville et ses habitants, enthousiasmés par le retour d’un fils que tout le monde croyait perdu, participent aux travaux de rénovation du vieux cinéma.

Survivre au deuil

Les principaux thèmes abordés par The Majestic sont la passion et l’amour du cinéma hollywoodien et de son âge d’or. Mais il y a également celui du deuil de toute une génération fauchée par la guerre, poussant toute une petite ville autrefois vivante et prospère à se replier sur elle-même et à se condamner à une mort lente, à l’instar de l’Europe au lendemain de la Grande guerre. En France, des villages entiers avaient totalement disparu et les deuils furent encore plus nombreux tant pour les morts avérés que pour les portés disparus (voir également La vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier, film de 1989).

L’arrivée providentielle de Peter Appleton et sa ressemblance avec le héros de guerre Luke Trimble provoquent une sorte de réflexe de survie face au deuil, comme il y en eut tant dans des situations similaires, ainsi qu’un électrochoc. La ville ressuscite, renaît de ses cendres, avec le retour de ce fils prodigue. Les deuils pour les autres héros morts s’apaisent, le vieux cinéma est restauré, rouvre ses portes et ses lumières brillent à nouveau. La vie revient à Lawson grâce à une seule personne, grâce à une méprise bien naturelle.

The Majestic et le le maccarthysme

Le maccarthysme est évoqué de manière un peu lapidaire dans le film mais il serait faux de croire qu’il s’agit là d’un sujet secondaire, simple prétexte aux rebondissements d’un drame romantique.

Aux Etats-Unis, le maccarthysme, dont l’affaire des époux Rosenberg représente le paroxysme de la fameuse « chasse aux sorcières », fut un traumatisme car de nombreuses personnes furent accusées à tort d’espionner pour le compte de l’URSS (ce fut le cas pour John Steinbeck) mais c’était aussi la constatation que l’ancien allié soviétique possédait des réseaux de renseignements à travers le monde et dans des secteurs aussi sensibles que l’industrie naissante de l’énergie atomique.

Dans The Majestic, le danger communiste est relégué au second plan afin de brocarder la psychose anticommuniste, la répression aveugle de l’État fédéral envers de simples citoyens et de faire un parallèle avec le sacrifice des soldats américains morts au combat quelques années plus tôt.

Les héros de l’Amérique silencieuse

Dans cette perspective, Luke Trimble et les soixante-et-un autres enfants de Lawson morts au combat représentent cette Amérique silencieuse au lendemain de la guerre. Célébrés mais rapidement oubliés et auxquels on fait dire tout et n’importe quoi du moment que cela sert les intérêts actuels.

L’allocution de Peter Appleton face au comité d’enquête de la Chambre des représentants est plus une plaidoirie rappelant le sacrifice des milliers d’Américains sur le front qu’une tribune mettant l’État fédéral face à ses contradictions.

Le personnage de Bob Leffert est la figure du vétéran, revenu en vie mais blessé, brisé, méfiant, marqué physiquement et endurci, trop endurci par la guerre. Tout aussi silencieux que ses frères morts car renfermé et insensible à la vie elle-même.

Peter Appleton est la figure du planqué comme il y en a eu dans toutes les guerres, à toutes les époques, mais qui au contact d’épreuves improbables et des habitants de Lawson fait l’expérience du courage et de l’abnégation, risquant non sa vie comme Luke Trimble et les autres, mais sa carrière de scénariste et jusqu’à sa liberté.

À la gloire du grand Hollywood

The Majestic est une ode à l’âge d’or du cinéma hollywoodien. La séquence du film fictif Les pirates des sables du Sahara  a d’ailleurs été tournée intégralement et fait même un clin d’œil subtil aux films d’aventures de Spielberg. Le film est aussi une ode à la liberté pour laquelle sont morts tant de soldats et de jeunes gens à travers le monde.

La ville de Lawson, loin de toutes les considérations politiques et idéologiques, loin des projecteurs de Hollywood et des lumières criardes et insistantes de Los Angeles, représente la véritable Amérique et la véritable passion pour le cinéma et sa magie ; et pas seulement sur grand écran.

Il émane de ce drame romantique une atmosphère nostalgique mais également une indéniable tendresse pour les Américains moyens, ceux des campagnes, des petites villes, des petites communautés, soudés malgré les épreuves et les deuils et d’une grande indulgence envers celui qui a su insuffler un regain de vie inespéré à leur ville.

The Majestic n’est pas qu’un film réussi, c’est un très beau film et un pont vers les classiques hollywoodiens et vers une époque révolue.

Fiche technique 

The Majestic

Film de 2001. Réalisation de Frank Darabont.

Distribution : Jim Carrey, Laurie Holden, Martin Landau, Ron Rifkin, Bruce Campbell, Cliff Curtis, Matt Damon (voix).
Durée : 2h32

Où voir The Majestic ?

Actuellement, les plateformes de streaming ne proposent The Majestic qu’à la location (2,99 €) ou à l’achat (7,99 €). Rendez-vous sur Apple TV, Rakuten TV, Prime Video ou Canal VOD.

Le Blu-Ray et le DVD neuf sont disponibles dans les boutiques spécialisées mais également à moindres coûts sur les sites de revente en ligne type Rakuten, Vinted, eBay…

Texte : Jean-Baptiste

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