Jeune femme brillante, sportive, première femme brevetée pilote de chasse de l’Armée française, mais disparue à 33 ans des suites d’un cancer, Caroline Aigle a laissé un souvenir inoubliable à ceux qu’elle a croisé. D’ailleurs, longue est la liste des lieux qui portent son nom aujourd’hui. Le livre « Caroline Aigle : vol brisé », de Jean-Dominique Merchet, nous dévoile un peu de cette personnalité hors du commun.
Une enfance de baroudeuse
Née le 12 septembre 1974 dans une famille de militaire, Caroline passe la plus grande partie de son enfance dans les affectations outre-mer de son père : Réunion, Guyane, Mauritanie… Est-ce de là qu’elle tiendra son goût de l’aventure ?
Le retour définitif en métropole en 1988 voit son intégration à l’Ecole militaire de Saint-Cyr-l’Ecole. Elle semble avoir été une bonne élève d’un point de vue scolaire mais on remarque surtout son goût pour le sport : course, natation, cross, biathlon…
Un corps et un cerveau d’athlète
Hélàs, ses résultats au bac ne lui permettent pas d’intégrer la prépa qu’elle souhaite. Qu’à cela ne tienne, Caroline « s’arrache » pendant le premier trimestre pour faire ses preuves ! Elle intégre l’école polytechnique en 1994, l’école de l’Air de Salon de Provence en 1997, elle reçoit son macaron de pilote de chasse le 28 mai 1999.
Elle suit ces formations difficiles sans renoncer au sport : elle court, elle nage, elle saute en parachute, elle fait du vélo… Sa chambre d’étudiante est décrite comme surencombrée de son matériel de sport…
Dijon
La formation se poursuit à Dijon sur Alpha-Jet. C’est là qu’elle rencontre « Douky » : ils se marient en 2002. Dans leur maison (encombrée de leur matériel de sport), Caroline aime rassembler les siens ; le vignoble local agrémente les moments partagés.
Enceinte, Caroline doit mettre le holà au pilotage mais aussi au sport (pentathlon, plongée, moto…). Elle donne naissance à Marc en 2005.
Puis reprend son métier de pilote : formation Mirage 2000, veille opérationnelle, formation des jeunes pilotes… Mais un projet plus ambitieux la travaille : elle veut devenir astronaute. Elle active ses réseaux, se présente aux concours auxquels elle échoue, redouble de travail pour étudier l’astrophysique, apprendre le russe, tout en poursuivant sa vie militaire avec notamment le concours de l’Ecole de Guerre.
L’envol
En février 2007, Caroline apprend qu’elle est enceinte. Mi-avril, on lui découvre un mélanome, cancer de la peau dont le pronostic est mauvais. Caroline continue avec des projets plein la tête. Bientôt se pose le choix de l’avortement qui permettrait de mieux la soigner. Caroline refuse : « si j’avorte Gabriel, quelque part, je meurs déjà ». Début août, son état s’aggrave. Son fils naît par césarienne : elle va le voir chaque jour en couveuse. Elle s’éteint le 21 août.
Sa courte vie a été si remplie qu’il est impossible de faire tenir dans un article toutes ses performances académiques et surtout, sportives ! Sa biographie est cependant très facile à lire : le récit de sa vie peut être lu en deux heures ; le livre est enrichi de préfaces et de postfaces qui appuient le texte principal.

Caroline semble avoir été très secrète et très pudique : on n’en apprendra donc que peu sur son intimité, ses motivations profondes. Mais suffisamment cependant pour comprendre pourquoi elle a laissé un tel souvenir…
La maison d’éditions Jacob Duvernet ayant fermé, il est difficile de se procurer l’ouvrage neuf mais on le trouve facilement sur des sites d’occasion comme Rakuten ou encore en bibliothèque.
Texte : Marie Chataignon
Pour en savoir plus sur l’entraînement des pilotes de chasse et bien plus encore, retrouvez notre entretien exclusif avec Jack Krine.


