Ralf Schumacher se livre à CinéSport ! Pilote en Formule 1 de 1997 à 2007, avec 180 Grands Prix au compteur dont 27 podiums et 6 victoires, l’Allemand revient sur son parcours et les moments forts de sa carrière, notamment ses duels avec son frère, ses succès, ses accidents… Ralf Schumacher suit toujours assidûment la F1 en 2026 et nous parle également du nouveau règlement.
-Vous avez débuté la course très jeune, avec le karting, puis êtes passé par la Formule 3, la Formula Nippon, le Japan Grand Touring Championship… Qu’avez-vous appris lors de ces différentes étapes ?
-J’ai commencé le karting très tôt, dès 3 ans, et j’ai fait ma première course à 6 ans. Entre 6 et 15 ans, on apprend surtout comment aborder les courses, ainsi que la mécanique, pour comprendre comment cela fonctionne. Comment courir, comment faire un bon départ, comment freiner, ce qui est très important aussi ! Je suis aussi allé en Formule Junior, la Formule 4 d’aujourd’hui. La F3 était très sympa, parce qu’on commence à avoir des voitures plus rapides, il y a des tracés très intéressants comme ceux de Zandvoort et Macao. Mais pour moi, la plus grande progression est quand je suis passé de la F3 à la Formula Nippon, parce que les voitures allaient vraiment vite à l’époque, et c’est là que j’ai appris pour la première fois à piloter une voiture très aérodynamique. Les voitures étaient beaucoup plus rapides que ce à quoi on pouvait s’attendre. On avait l’impression que les voitures étaient collées à la piste. Ça m’a pris un peu de temps à m’habituer parce que j’étais un peu effrayé au début.
-La force mentale joue-t-elle un rôle important quand on est pilote de F1, et notamment lorsque l’on débute, que l’on doit prouver chaque week-end que l’on mérite sa place, comme ce fut votre cas en 1997 ?
-Je crois que la force mentale est importante dans tous les domaines, pas seulement quand on est sportif. On a besoin d’avoir une certaine confiance en soi, ce qui passe par des succès. Il faut dépasser sa nervosité, ne pas faire trop d’erreurs et surtout avoir une bonne équipe autour de soi. Pas seulement au sein de l’écurie mais aussi des amis et des conseillers. La pression en F1 est forte, tout le monde a les yeux rivés sur vous. Il faut avoir une forte personnalité ou faire appel à un préparateur mental si besoin, comme beaucoup de pilotes le font aujourd’hui.
-Après deux saisons chez Jordan, vous rejoignez Williams en 1999 : quelles sont les raisons de ce choix et quelles différences avez-vous notées entre les deux écuries ?
-Williams à cette époque n’était plus la meilleure équipe mais c’était tout de même une grande écurie avec un grand héritage. Pour moi, rejoindre Williams était une évidence, en plus je savais que BMW allait équiper l’écurie, en tant qu’Allemand c’était une combinaison parfaite. C’est pour ça que je suis allé chez Williams. Nous avons eu quelques bonnes années, nous aurions pu connaître un peu plus de succès mais pour de multiples raisons ça n’a pas marché mais c’était tout de même une belle période et super de faire partie de cette aventure allemande. Je me souviens notamment de notre première course à Melbourne, lors de laquelle j’ai fini 3e.
-Quels souvenirs gardez-vous de votre première victoire en F1 lors du Grand Prix d’Imola le 15 avril 2001 ?
-Ça m’a pris plus de temps que j’aurais voulu, il m’a fallu 4 ans avant de gagner une course, c’était quelque chose de spécial mais c’était aussi quelque chose que j’attendais depuis longtemps. J’étais en première ligne, j’ai pris un bon départ. Ça peut sembler curieux mais c’était un week-end assez simple pour nous même si nous avons eu un gros problème avec le moteur avant le départ parce qu’un mécanicien avait fait une petite erreur. Il a fallu démonter le moteur, tout vérifier, et tout remettre en place.
-Deux mois plus tard, le 10 juin 2001, vous remportez le Grand Prix du Canada et votre frère se dresse sur la deuxième marche du podium, ce qui constitue le premier doublé familial de l’histoire de la F1. Comment avez-vous vécu ce moment unique ?
-Je dois dire que chaque moment où j’ai partagé un podium avec mon frère était très spécial. C’était une course difficile, nous étions un peu plus rapides mais nous avions des stratégies différentes, et être capable de battre Michael et Ferrari ce jour-là était très amusant. C’était toujours amusant d’être en compétition avec lui. On aimait ça tous les deux, peu importe qui était le plus rapide ou qui gagnait. Ce sont de très bons souvenirs. Nous savons à quel point Michael a connu le succès, mais nous sommes aussi montés plusieurs fois sur le podium ensemble et en tant que frères c’était magnifique.
-2001 fut une année particulière pour vous puisque c’est aussi celle de la naissance de votre fils, David. La paternité a-t-elle eu un impact sur votre carrière de pilote ? Avez-vous davantage pensé au danger ou au contraire été plus motivé pour gagner ?
-Non, pas vraiment. J’ai eu de la chance parce qu’il est né en octobre, ça a rapidement été la période des tests hivernaux et j’ai pu passer du temps avec lui. Évidemment, je voyageais beaucoup, mais parfois il pouvait me suivre. Ça ne m’a pas fait ralentir, au contraire, c’était quelque chose en plus dans ma vie qui me faisait avancer. Aujourd’hui David a 24 ans et il est marié, le temps passe très vite !
-Vous terminez les saisons 2001 et 2002 à la 4e place du championnat, et réalisez de très belles performances en 2003 également, étiez-vous satisfait de ces résultats ou espériez-vous mieux ? Que manquait-il pour décrocher le titre ?
-Bien sûr. Nous avions une chance en 2003 mais j’ai subi un accident à cause d’un défaut de suspension et cela m’a fait manquer une course et c’était difficile après. La voiture était forte, comme en 2004 mais cette année-là j’ai connu un gros accident à Indianapolis. Ce sont vraiment les années où nous aurions pu faire mieux. C’est ainsi que cela se passe parfois en Formule 1, si vous avez une bonne équipe et une bonne voiture vous pouvez avoir une ou plusieurs bonnes années, comme on en avait connu auparavant, mais nous ne sommes jamais arrivés à être aussi forts, et à cette période nous étions confrontés à Michael, lors de sa grande époque avec Ferrari, donc c’était très difficile pour nous.
Nous étions confrontés à Michael, lors de sa grande époque avec Ferrari, donc c’était très difficile pour nous.
-Les qualités des pilotes paraissent parfois beaucoup moins importantes que les qualités techniques de la voiture, qu’en pensez-vous ? Faudrait-il un règlement qui oblige les voitures à être sur le même pied d’égalité ?
-Je pense que la Formule 1 est ce qu’elle est. Le problème est que les batteries ont parfois un impact plus important que les pilotes eux-mêmes. Max Verstappen est de loin le meilleur pilote en temps normal mais en ce moment il est en difficulté à cause de sa voiture qui n’est pas assez bonne, et c’est la même chose avec Lewis Hamilton. C’est dommage mais il y a ce système avec plus ou moins les mêmes voitures et les mêmes moteurs en IndyCar, et je ne sais pas si c’est la solution parce que ce n’est pas très intéressant non plus.
En Formule 1, les meilleures équipes avec les meilleurs pilotes vont gagner si elles font du bon travail, il faut l’accepter, il n’y a pas vraiment d’autre option.
-Comment se remet-on psychologiquement d’un grave accident, comme ceux que vous avez subis le 20 juin 2004 à Indianapolis et sur le même circuit en 2005 lors d’une journée d’essais ?
-Aujourd’hui, à 50 ans, je vois ça sous une autre perspective mais à l’époque, aussi fou que ça paraisse, je n’avais qu’une envie, c’était de revenir à la compétition. 3 mois après l’accident, quand j’ai fait mon premier test, j’étais très heureux, j’ai ressenti à nouveau à quel point j’étais privilégié de pouvoir piloter en F1, parce que ce sont comme des avions de chasse qui roulent. C’était un sentiment incroyable.
-Pour les lecteurs français qui ne connaissent pas la catégorie, pouvez-vous présenter le championnat DTM, auquel vous avez participé de 2008 à 2012 ?
-J’ai reçu un appel de Norbert Haug, j’avais arrêté la compétition depuis 4 ou 5 mois et ça me manquait donc j’ai fait un test comme il me le proposait. Les voitures n’étaient pas aussi rapides que ce que j’avais connu par le passé mais c’était tout de même une bonne expérience, c’était la première fois que je travaillais dans une équipe avec 4 voitures, c’était une approche différente, on devait faire avec ce qu’on avait, on ne développait pas la voiture, j’étais avec des gens gentils et revenir devant le public allemand était aussi très sympa. Les courses étaient disputées en DTM, c’étaient des combats difficiles. J’ai apprécié de faire ça pendant quelques années. Je dois quand même dire que les voitures de tourisme ne vont pas assez vite pour moi, je suis plutôt un pilote de monoplace.
Je dois quand même dire que les voitures de tourisme ne vont pas assez vite pour moi, je suis plutôt un pilote de monoplace.
-Comment accompagnez-vous votre fils, qui a suivi vos traces et est lui aussi pilote automobile ?
-David a fait les choses de manière classique, il est allé en Formule 3, il était correct mais pas assez fort pour continuer sur cette voie, son objectif est plus ou moins d’aller un jour en GT3 avec Ford, qui fait un travail remarquable et développe son programme Hypercar, en LMDh. C’est l’objectif de David de concourir en WEC un jour et de participer au championnat du monde.
Je suis là pour répondre à ses questions mais maintenant il a 24 ans et il sait quoi faire.
-Vous suivez désormais la F1 en tant que consultant pour Sky Deutschlandt, que pensez-vous du nouveau règlement, très décrié ?
-Je pense que la F1 a fait une erreur avec ces nouvelles règles, il y a beaucoup de problèmes électriques, l’ingénierie a trop pris le pas sur le pilotage, les pilotes ne sont pas heureux, ça a parfois été dangereux pour eux, il faut faire quelque chose mais je suis sûr qu’il y aura des changements de règles l’année prochaine. Les voitures sont un peu plus petites, ça c’est un succès, il y a juste un problème de batterie.
-Quels pilotes pourraient en tirer profit et remporter le championnat ?
-Mercedes est très fort, Ferrari développe sa voiture depuis la dernière course, puisqu’il y a eu deux Grands Prix annulés à cause de la guerre en Iran, donc c’est à voir ! Tout le monde sera plus fort à Miami, même si Mercedes devrait encore faire partie de l’élite, je suis sûr que Ferrari ne sera pas loin. La grande question est de savoir si McLaren pourra se battre pour la victoire à nouveau.
-Ce média est dédié à la fois au sport et au cinéma, alors, quel est le meilleur film consacré au sport automobile d’après vous ?
-Je n’ai pas vu énormément de films sur le sport automobile mais récemment, dans un avion, j’ai vu celui de Brad Pitt, F1 The Movie. Je dois dire que c’est très hollywoodien, l’histoire est irréaliste, mais je pense que c’est quand même bon pour la F1 car ça permet de se rapprocher du public, et ce qui était magnifique c’était quand le personnage parle du sentiment que l’on a quand on fait un tour parfait, tour parfait que l’on voit dans la dernière course du film, quand il gagne. C’est l’approche la plus réaliste pour essayer d’expliquer ce qu’un pilote de F1 peut ressentir. Cette partie était très forte.
Propos recueillis et traduits de l’anglais par Alexandre Taillez
Merci à Ralf Schumacher pour sa disponibilité



Une réponse
Très intéressant même pour une néophyte dans ce sport