Il est arrivé comme une curiosité, il repart comme une légende. En 2015, André-Pierre Gignac quittait l’OM et la France pour tenter une aventure au Mexique, chez les Tigres UANL. 11 ans plus tard, son contrat ne sera pas prolongé et le Français tire donc sa révérence après 440 matchs et 222 buts inscrits. Des chiffres qui donnent le tournis, une histoire digne d’un film.
André-Pierre Gignac est donc devenu une légende de l’un des plus grands clubs mexicains et a eu droit à des adieux dignes de ce nom le 25 avril, avec un tifo géant en son honneur au Estadio Universitario, antre des Tigres. Sa silhouette dans une tribune, les lettres « APG » dans une autre, un immense drapeau français sur une 3e, le tout accompagné par le chant à sa gloire (sur l’air de la chanson des Beatles Hey Jude)…grandiose !
Le choix d’un passionné
Rejoindre le championnat mexicain à 29 ans était un choix curieux à une époque où la célébrité et l’argent dictent les lois du marché des transferts. Hors d’Europe, point de salut pensait-on, tant médiatiquement que financièrement, les options saoudienne et qatari n’étant pas encore à la mode à cette période.
En moyenne, à domicile, les Tigres jouent devant 40 000 spectateurs, dans un stade comble et avec un public bouillant. Depuis sa création en 1967, le club fait battre le coeur de la ville de Monterrey, comptant plus d’1,1 million d’habitants, mais aussi celui de toute la région de Nuevo León, soit un bassin de population de 5,7 millions d’habitants.
Si CinéSport aime et respecte la Ligue 1 et le football français en général, malgré ses manques, ses erreurs et ses dérives, difficile de voir en quoi ses arguments sont supérieurs à ceux de la Liga MX, le nom du championnat mexicain.
En rejoignant les Tigres et en s’imprégnant totalement de la culture locale, tout en faisant régulièrement parler la poudre, André-Pierre Gignac a démontré sa passion pour le football, son ouverture d’esprit et son talent.
En plus de décrocher six titres de champion du Mexique, l’attaquant français a brillé en Ligue des champions de la Concacaf avec 4 finales dont 1 remportée en 2020. Autre fait marquant, sa finale en Copa Libertadores en 2015. C’est l’une des particularités des clubs mexicains, qui disputent bien sûr les compétitions de leur confédération mais sont parfois invités dans les tournois sud-américains, et André-Pierre Gignac a donc goûté aux joies de l’un des tournois les plus prestigieux du football mondial. C’est d’ailleurs lors de la demi-finale retour, faux aux Brésiliens de l’Internacional, qu’il avait inscrit son premier but officiel avec les Tigres.
Le premier d’une très longue liste, avec de nombreux chefs d’oeuvre.
En France, des buts et une chanson !
Avant cette grande aventure, André-Pierre Gignac a fait trembler les filets des stades français. En National et en Ligue 2 d’abord, sous les couleurs de Pau et de Lorient, puis à Toulouse, où il a véritablement explosé lors de la saison 2008/2009, totalisant 26 buts en 43 matchs, de quoi obtenir une première sélection en Bleu en août 2009.
Votre serviteur a pu voir André-Pierre Gignac à l’oeuvre de ses yeux à plusieurs reprises, et un souvenir remonte à la surface. Lors de la saison 2009/2010, alors que Toulouse faisait forte impression à Bollaert face au Racing Club de Lens, l’attaquant s’était tourné face au kop lensois pour entonner « Les Corons » en leur compagnie avant le coup d’envoi de la deuxième période. Gignac, professionnel sérieux mais aussi passionné et homme du peuple.
Natif de Martigues, il ne pouvait rester insensible à l’appel de l’OM et a donc rejoint Marseille en 2010. Encore un choix du coeur ! Après des débuts mitigés, l’enfant du pays a enchaîné les buts et acquis le respect. Avec son club de coeur, André-Pierre Gignac a soulevé 2 fois la Coupe de la Ligue, en 2011 et 2012.
Bleu à l’âme
En novembre 2014, André-Pierre Gignac était au stade Vélodrome avec l’Équipe de France pour le match amical face à la Suède (victoire française 1-0). Plus rappelé jusqu’à la fin de la saison, puis parti au Mexique, l’on pensait sa carrière internationale achevée. C’était sous-estimer le joueur et sous-estimer Didier Deschamps, qui ne manquait pas de suivre les performances de son ancien joueur.
Le 13 novembre 2015, le buteur était ainsi de retour en Bleu face à l’Allemagne, dans une soirée hélas devenue historique et tragique. Ce jour-là, il fut même l’auteur du second but français. Rebelote le 29 mars 2016, avec une nouvelle réalisation au Stade de France face à la Russie lors du beau succès 4 buts à 2.
Didier Deschamps est généralement fidèle à ses choix et a donc sélectionné André-Pierre Gignac pour l’Euro 2016. S’il ne fut titulaire qu’une seule fois, il joua lors de 6 des 7 matchs de l’Équipe de France, ne manquant que le premier, face à la Roumanie. Hélas, l’attaquant restera dans la postérité pour son poteau en finale face au Portugal, un but qui en aurait fait une légende des Bleus et un héros national. Le sort est parfois cruel mais offre aussi, occasionnellement, d’autres chemins, des chemins alternatifs mais pas moins beaux, et André-Pierre Gignac a donc le statut de légende dans un immense pays de football, à près de 9 000 kilomètres de chez lui.
Peu de sportifs peuvent se vanter d’un tel accomplissement.
Alexandre Taillez

