Sa vie est toujours ici ! Deux ans et demi après la sortie de son autobiographie, Guillaume Warmuz donne de ses nouvelles. Spoiler : le champion de France 1998 prend toujours place sur les terrains de football, et notamment dans les cages. Passé par l’OM de Bernard Tapie, Louhans-Cuiseaux, le RC Lens, évidemment, mais aussi le grand Arsenal d’Arsène Wenger, le Borussia Dortmund et l’AS Monaco de Didier Deschamps, il utilise désormais ses compétences et son expérience pour diriger sa propre académie. Une académie dédiée aux gardiens de buts, qui se développe de mois en mois et fête son 1er anniversaire en ce 1er avril 2026. Guillaume Warmuz fait aujourd’hui un point sur ses activités et ses ambitions, il en dit plus également sur la chronique qu’il proposera chaque mois en exclusivité pour CinéSport !
-Votre livre « Ma Vie Sera Ici » était publié en octobre 2023. Que retenez-vous de cette expérience, notamment des rencontres avec les supporters lors des séances de dédicaces ?
-Franchement c’était génial, j’ai adoré ! J’ai adoré rencontrer un public qui était évidemment la plupart du temps un « public sportif », mais qui sortait aussi quelquefois de ce cadre, avec des gens qui aiment lire, qui venaient me voir par curiosité. Bien sûr, les gens qui ont acheté le livre étaient avant tout des amateurs de football et en majorité des supporters lensois. J’ai fait une séance de dédicaces à Monaco, ça a bien fonctionné aussi dans mon village natal de Blanzy. Mais c’est à Arras et dans la boutique du RC Lens que ça a le mieux marché. D’ailleurs, on a évoqué l’idée de refaire une séance de dédicaces à Lens avec les gérants de la boutique.
-C’est justement à cette période que le Racing Club de Lens a retrouvé la Ligue des Champions, 21 ans après sa dernière participation, et 25 ans après la première, deux campagnes auxquelles vous aviez participé. Comment avez-vous vécu ces matchs de 2023, et notamment les affrontements contre Arsenal, à la fois ancien adversaire mais aussi l’un de vos anciens clubs ?
-Quand Lens a battu Arsenal, c’est la première fois depuis que j’ai arrêté ma carrière que j’ai retrouvé le même frisson qu’autrefois au stade Bollaert. Ça a été quelque chose de vraiment formidable. J’ai revécu des sensations que j’avais vécues lorsque j’étais moi-même sur la pelouse, lorsqu’on avait avec mes coéquipiers la responsabilité du match. C’était un prolongement de ce que j’ai pu vivre sur le terrain. J’ai beaucoup aimé ce moment.
Quand Lens a battu Arsenal, c’est la première fois depuis que j’ai arrêté ma carrière que j’ai retrouvé le même frisson qu’autrefois au stade Bollaert.
-Votre aventure en tant que manager général du club de Mâcon s’est achevée en décembre 2023, qu’avez-vous appris de cette expérience ?
-J’ai appris à connaître le monde amateur, et ce que j’ai appris m’a permis d’avoir une réflexion sur le rôle du gardien de but, notamment sur les garçons qui arrivent du monde professionnel ou qui l’ont côtoyé de près et qui reviennent au monde amateur sans avoir pu devenir pro. J’ai appris les possibilités et les carences de ce monde-là. Ça a été formidable de faire ce travail.
J’ai eu la confirmation que ma place est vraiment parmi les miens, c’est à dire dans le monde du football. Quand je dis ça, je parle de la dimension humaine. Je n’ai jamais vraiment quitté le monde du foot mais cette expérience m’a permis de relancer un challenge, avec responsabilité. J’ai pu transmettre mon expérience, ce qu’il faut pour gagner, et ça a confirmé que, même si j’aime faire beaucoup de choses, je suis fait pour le football.
-Je crois savoir que vous avez quitté « votre » Bourgogne et que vous ne chômez pas, conservant toujours un lien fort avec le monde du football. Quels projets avez-vous entrepris dans ce domaine depuis 2 ans et demi ?
-J’ai eu une année de transition où je suis allé superviser des matchs, j’ai voyagé, notamment en Italie. J’ai fait un petit peu de scouting pour différents organismes, et cette année-là m’a permis de réfléchir sur ce que j’évoquais précédemment, c’est à dire le rôle du gardien de but, et est née naturellement l’idée de créer une académie pour les gardiens.
Quand le club de Mâcon m’a mis au poste d’entraîneur des gardiens, je me suis demandé ce qui était proposé aux gardiens de but qui sont amateurs mais qui veulent travailler à un bon niveau. J’ai fait le tour, j’ai bien réfléchi et j’ai constaté qu’il n’y avait pas de structure indépendante. Ça m’a donné l’idée de créer une académie dédiée uniquement aux gardiens de buts. J’oriente mon travail sur 4 points que j’ai pu connaître durant ma carrière. « La gloire des trophées », avec les victoires en championnat, en coupe, « le grand doute », avec les erreurs et ma fin de parcours à Lens, quand j’ai dû me remettre en question à Arsenal, « la grande force physique », quand j’étais au top de ma forme, et « la blessure grave » qui m’a empêché de jouer et forcé à arrêter ma carrière. J’ai connu ces 4 points cardinaux, je peux en parler via l’aspect mental notamment. Voilà ce que je proposais d’abord à Mâcon, puis j’ai poussé la réflexion plus loin. Cela peut aussi toucher le monde professionnel.
L’académie a été créée il y a un an et désormais je suis contacté par des personnes qui s’occupent de gardiens professionnels et qui me demandent des conseils.

-Pouvez-vous donner quelques détails sur l’académie, nous expliquer son nom et son fonctionnement ?
-Son nom est la GWS Academy. GW, on sait à quoi ça fait référence, et le S, j’ai voulu faire une contraction avec mon surnom, qui est Gus. C’est un petit peu subtil !
On m’a insufflé l’idée de lancer l’académie à Lens, ce que je n’avais pas imaginé. Je suis allé voir le président Oughourlian, je lui ai présenté l’académie, et avec une grande générosité il m’a dit « tu es chez toi ici, si tu veux lancer l’académie, aucun problème, le Racing Club de Lens peut te permettre de disposer de la Gaillette et de faire les entraînements sur nos terrains ». Voilà le point de départ.
Le coeur des stages, c’est de proposer aux jeunes de s’entraîner dans un monde professionnel, L’équipe première s’entraîne juste à côté. Ce sont des stages élite, je propose de venir vivre 3 jours avec moi, de vivre 6 spécifiques gardiens de buts, on passe tout en revue, les aspects technique, physique et mental. On trouve tout le contenu sur le site https://gws-academy.fr/, il y a aussi un compte Instagram, un compte Tik Tok et une page Facebook.
-Il semble que la GWS Academy se soit aussi développée en Guadeloupe ? Dans quel cadre ?
-Il y a un lien avec ce que le RC Lens avait mis en place il y a quelques années, il y a des gens formidables en Guadeloupe, notamment Éric Paulin, président de la Red Star, club de Pointe-à-Pitre. On a été mis en relation avec eux, Jean-Pierre Lauricella et moi. Jean-Pierre Lauricella est un ancien de Lens qui a rejoint l’académie. On est allé en Guadeloupe, on a vu leurs installations, il y a notamment un terrain synthétique dernier cri. L’idée était de proposer le stage élite là-bas pendant une semaine, on a eu une belle promotion, et les choses pourraient aller plus loin, on pourrait y aller régulièrement à l’avenir.
Pour le moment, les stages de la GWS Academy ont lieu pendant les périodes de vacances scolaires, pour les 14-19 ans, mais il y a une telle demande qu’il va y avoir des pôles espoirs pendant la période scolaire. L’idée est de trouver des clubs acceptant de prêter des terrains, puis de proposer des entraînements trois fois par semaine, pendant la période scolaire. On a un accord avec un club de Beuvry, près de Béthune, ainsi qu’avec des clubs de Dunkerque et Bondues. Il y a 20 stagiaires maximum par session.

Les stages de la GWS Academy ont lieu pendant les périodes de vacances scolaires, pour les 14-19 ans, mais il y a une telle demande qu’il va y avoir des pôles espoirs pendant la période scolaire.
-En 1 an, quelles évolutions avec-vous remarquées et quelles sont vos ambitions ?
-J’ai monté la structure, la société, je me suis un peu jeté de l’avion avec un parachute mais je ne savais pas quand il fallait l’ouvrir, là je suis toujours en pleine descente, je n’ai pas encore atterri, on est à N+1 et pour y voir clair, il faut au moins être à N+2 ou N+3. Malgré tout, ce que je peux dire, c’est que l’académie est lancée et que je suis en passe de réussir ce que je veux faire. Je commence à avoir des sessions de stagiaires à 5 ou 10 élèves. Au début j’en avais 1 ou 2, et l’idée à terme est d’en avoir 20 par session, avec 1 entraîneur diplômé pour 5 stagiaires. Je ne savais pas comment cela allait tourner, au début je ne vous cache pas qu’il y avait peu d’inscrits et que c’était un peu frustrant, puis finalement ça a commencé à se savoir et à se développer. Parmi les stagiaires, beaucoup se sont déjà fidélisés, ce qui veut dire que les gens ont été heureux des stages qu’ils ont vécus et ont une vraie soif de progression.
Avec 20 stagiaires par stage, ce qui est mon ambition, l’académie fonctionnerait à plein régime, on deviendrait une référence.
Au départ, je n’avais pas prévu de mettre en place des pôles qui fonctionneraient pendant la période scolaire, mais quand on y réfléchit c’est nécessaire et complémentaire avec les stages élite. Il y aura des passerelles entre les deux, on va avoir des profils qu’on va suivre en formation pendant 2, 3, 4 ou 5 ans et ça peut devenir vraiment très intéressant. Là je suis axé sur Lens pour les stages élite, il y aura les pôles dans le Nord et peut-être en Guadeloupe, mais la finalité de la finalité c’est d’avoir un lieu propre, pas un petit Clairefontaine mais un laboratoire de gardiens de buts.

-Y a-t-il toujours dans un coin de votre tête l’idée de travailler pour un club professionnel ou songez-vous surtout à développer votre académie ?
-Pour l’instant j’ai plutôt envie d’avoir un mécène, quelqu’un qui croit en moi et en mon projet, qui veut m’aider à le développer, je veux créer ma propre marque, ma propre académie, une boutique en ligne aussi. Je veux que ça devienne une identité, que la marque soit reconnue, non pas parce que je suis Guillaume Warmuz, ancien professionnel, même si c’est important parce que ça prouve ma compétence et que je suis reconnu, mais parce que ce que je propose est une formation telle que je l’ai vécue à l’INF Vichy, avec un savoir-faire. D’ailleurs j’ai été en contact avec la Fédération, ce n’est pas une académie qui sort comme ça sans référence. On est vraiment cohérent avec ce que propose la Fédé. Si le monde professionnel m’appelle, il m’appelle, j’y réfléchirai à deux fois, mais ce que je veux professionnaliser, c’est mon académie.
J’ai envie d’avoir un mécène, quelqu’un qui croit en moi et en mon projet, qui veut m’aider à le développer
-Toutes ces activités vous permettent-elles encore d’entretenir des liens avec des EHPAD ou de donner des conférences sur votre parcours spirituel, que vous racontiez longuement dans votre livre ?
-Tout ce qui touchait à ma vie extra-sportive, à mes convictions personnelles, c’est terminé, je n’ai plus le temps, je ne peux pas courir deux lièvres à la fois. Aujourd’hui je souhaite transmette mon savoir de gardien de but, où on touche aussi à l’homme. Le gardien est un homme particulier parce qu’il est seul, il se retrouve dans des configurations où il a beaucoup de questions sur lui-même, il y a une dimension psychologique et même anthropologique extrêmement intéressante, qui rejoint mon histoire.

-Malgré tout, lors de la Messe célébrée à Monaco en présence du Pape Leo XIV, le 28 mars, vous avez lu le Livre d’Ezéchiel, issu de l’Ancien Testament. Comment s’est présentée cette opportunité ?
-Le football, avec les jeunes, je le veux neutre, sans prosélytisme. Ce qui m’est arrivé est donc plus d’ordre personnel. Le samedi précédent, on m’a fait cette demande complètement improbable, celle de lire devant le Pape, notamment parce que j’ai une certaine aisance à évoluer dans un stade. Je m’attendais plus à ce qu’on me demande d’installer des chaises ou de bouger une table, pas un truc pareil. C’était une volonté de l’évêché, en lien avec le Vatican. J’ai dit d’accord, du coup je me suis entraîné, je suis arrivé le samedi matin pour lire et puis voilà, j’ai lu devant le Saint Père !
-Qu’avez-vous ressenti ?
-On a un peu plus la pression que quand on joue, parce que, quand on joue, on est 11 en mouvement, là on est tout seul et, tout à coup, tout le monde se fixe sur vous ! J’ai lu du mieux que j’ai pu, le Saint Père ne m’a pas mis un coup de crosse donc a priori ça allait.
-C’est un joli clin d’oeil quand on sait où vous avez fini votre carrière professionnelle…
-C’est ça, j’ai pris cette demande comme un beau clin d’oeil. J’ai terminé ma carrière de joueur à Monaco et j’y ai fait une lecture devant le Saint Père !
-Le RC Lens vit de nouveau de belles émotions en cette saison 2025/2026, avez-vous eu l’occasion de les voir à l’oeuvre et quel regard portez-vous sur le travail de Pierre Sage, entraîneur du club depuis l’été dernier ?
-Je monte à toutes les vacances scolaires, j’ai vu Lens-Monaco, hélas, mais j’en ai vu d’autres et je serai à Lens-Paris. J’ai de très bons rapports avec Pierre Sage, à chaque fois que j’y vais je me mets au bord du terrain, je regarde l’équipe s’entraîner et on discute bien. Il est de Bourg-en-Bresse en plus donc on parle un peu du pays, il est très sympa. Sa réussite est formidable, il confirme ce qu’il avait déjà fait à Lyon. La place de Lens est le produit de sa vision et de ses idées. Il y a une conjonction qui s’est faite, au départ on ne savait pas trop ce que ça allait donner mais le choix de le prendre, lui, était formidable. Ce sont les choix de Jean-Louis Leca aussi, le fait de prendre Thauvin, notamment. Tout ça fait que Lens mérite d’être second juste à un point de Paris.
-Un petit jeune fait merveille dans les buts. Quelles sont les qualités de Robin Risser et comment imaginez-vous son avenir ?
-La première chose, c’est qu’il a déjà une belle compréhension du poste, une approche mentale assez intéressante. Il joue déjà avec beaucoup de sérénité, un aplomb, l’idéal de commander sa défense en tant que patron. Il dégage une force mentale qui pourra lui permettre de franchir un premier cap. Ses qualités intrinsèques ? Une très bonne lecture du jeu, une bonne prise de décision, il est assez complet techniquement, physiquement il possède une belle envergure et il a un jeu au pied très performant. Il a beaucoup de qualités ! Quand je suis allé voir Lens-Monaco, Franck Raviot, qui est l’entraîneur des gardiens de l’équipe de France, était là pour réfléchir à son sujet, et il est en équipe de France espoirs, donc on peut se poser la question de son futur en Bleu. Il ne faut pas aller trop vite, il faut qu’il termine sa saison. J’ai vu que des gens s’intéressaient à lui, aussi. Il faut être prudent parce qu’on est dans un monde qui va trop vite, et le rôle du gardien va à contre-sens, le plus dur est d’apprendre le métier sur le long terme, durer est le plus difficile, c’est l’objectif.

-Vous allez tenir une chronique sur CinéSport, quels thèmes allez-vous aborder ?
-Je vais m’axer particulièrement sur les gardiens de but, sur les aspects un peu méconnus, plus techniques. L’idée est de faire connaître davantage mon métier.
Propos recueillis par Alexandre Taillez
Crédits photos : GWS Academy

