[Vidéos] Quand la ferveur populaire sublime le sport

San Lorenzo fans

Aux quatre coins du monde, le sport rassemble. Dans les stades, dans les salles ou dans les rues, les grandes victoires mais aussi les grands échecs sont vécus comme des moments de communion qui restent gravés dans la mémoire collective. Qu’ils soient organisés ou non, membres d’une association ou pas, les supporters chantent et crient à l’unisson, donnant régulièrement des images hors du commun et même parfois émouvantes. Si la justesse des notes n’est pas toujours au rendez-vous, la ferveur compense la chose et les chorales traditionnelles ont de la concurrence. Bienvenue au stade, le véritable opéra du peuple.

Avant internet, connaître l’ambiance et les chants d’un stade situé à l’autre bout du pays, de l’Europe ou du monde était réservé aux chanceux qui voyageaient. Les plus beaux tifos – les animations déployées dans les tribunes – étaient certes répertoriés dans des magazines spécialisés, mais pas à la portée du grand public. L’aperçu donné par les chaînes de télévision était superficiel et se limitait à quelques clubs très médiatiques.

Puis internet est arrivé. Sur Dailymotion, et YouTube, évidemment, les vidéos filmées dans les enceintes sportives ont immédiatement connu un immense succès. Si elles ne valent pas l’expérience vécue, elles permettent malgré tout de découvrir la ferveur de tel ou tel public. Et le football n’est pas le seul sport concerné : rugby, basket, hockey sur glace, cyclisme, catch, et même les fléchettes, toutes sortes de disciplines accomplissent l’exploit d’unir une partie du peuple pendant une heure ou deux, en France comme au Japon, au Canada comme en Ecosse. Partout !

CinéSport prendra régulièrement le temps de parler des supporters, qu’ils soient ultras ou non, et cette mise en bouche est un bon point de départ. Vous retrouverez ci-dessous des vidéos qui ont parfois – n’ayons pas peur des mots – marqué l’histoire de YouTube et inspiré des générations entières d’amoureux du sport. Un phénomène sans doute pas étranger à l’explosion du « groundhopping », ce hobby consistant à assister à un maximum de rencontres sportives dans un maximum de stades, dans le plus de pays possibles.

Commençons ce voyage en 2006, quelques mois après le lancement de YouTube, et avant même que la plateforme ne soit rachetée par Google, transaction faite en octobre de cette même année.

La qualité des images laisse encore à désirer, l’heure n’est pas encore à la haute définition, mais une vidéo mise en ligne le 26 juin fait le buzz dans le milieu des supporters. L’on y découvre le « horto magiko », l’un des chants de la Gate 13, principal groupe de supporters du Panathinaïkós. Club multisport, le Pana bénéficie toujours d’un soutien hors normes, que ce soit à l’occasion d’un match de foot, de volley, ou comme ici, de basket. Un choc pour les habitués des salles françaises – où la passion est bien là mais où la capacité d’accueil est souvent limitée, qui plus est à l’époque – et même pour les habitués de NBA, dont l’ambiance très feutrée est incomparable. Le « horto magiko » a inspiré bien d’autres supporters, notamment ceux du PSG qui ont créé un chant reprenant cet air devenu culte.

Autre source d’inspiration majeure de ces 20 dernières années : le « dale Cavese », dont l’air est désormais entonné un peu partout en Europe.
En 2007, une vidéo des ultras du club italien émerveille les fans de foot. Fondé en 1919 et évoluant le plus souvent en 4e ou 5e division, Cavese peut compter sur un public fidèle et passionné, qui n’attend pas le succès pour chanter. C’est une marque de fabrique de l’Italie, véritable « pays de foot ».


Opinion impopulaire : peu de publics européens rivalisent avec celui des Urawa Red Diamonds. Le club japonais, qui évolue au stade Saitama 2002, l’une des enceintes bâties pour la Coupe du Monde 2002, dispose d’un véritable « mur rouge », n’ayant pas grand-chose à envier au célèbre « mur jaune » de Dortmund. C’est dire !


Les années passent et l’engouement ne faiblit pas chez les fans d’Urawa. En juillet 2025, une importante délégation s’est déplacée aux États-Unis à l’occasion de la Coupe du Monde des clubs, donnant la nette impression que les joueurs japonais évoluaient à domicile !

20 février 2011. Le Celtic écrase les Rangers 3 buts à 0 dans l’incomparable derby de Glasgow, le Celtic Park est en fusion. À la télévision, la voix des commentateurs peine à couvrir le bruit des chants des supporters des « Bhoys in Green », notamment lorsqu’ils entonnent « I Just Can’t Get Enough », chanson du groupe Depeche Mode devenu l’un de leurs hymnes.

Peut-on faire plus bruyant et hostile qu’un public turc ? Si l’on en croit ces images de celui du Besiktas, la réponse est non.

Autre continent, autre style, même ferveur ! À San Lorenzo, les chants des hinchadas du stade Pedro-Bidegain sont très mélodieux et dansants. C’est un carnaval, une fête populaire ! Le club avait, il y a peu encore, un célèbre supporter : le Pape François en personne, dont l’image avait même été floquée sur le maillot du club suite à son élection en 2013.

Retour en Grèce, avec les supporters du PAOK Salonique. En 2012, ils se retrouvaient dans…un théâtre ! Pourquoi pas ?

En janvier dernier, le club a été meurtri par le décès de sept de ses fidèles lors d’un terrible accident de la route, alors qu’ils se rendaient à Lyon où leur équipe devait disputer un match de Ligue Europa. Les supporters de toute l’Europe ont salué leur mémoire.

Les supporters lensois n’ont pas attendu internet pour jouir d’une belle réputation. Dès le début des années 90, il était acquis que le public de Bollaert était familial, enthousiaste, fidèle et populaire. En février 2005, suite au décès du chanteur Pierre Bachelet, les Sang et Or lui avaient rendu hommage en entonnant en choeur le refrain de sa chanson « Les Corons ». La scène avait fait le tour des chaînes de télévision, et, depuis ce moment, « Les Corons » retentissent à nouveau à chaque match, au début de la deuxième mi-temps.

Le 11 mars 2016, les habitudes ont quelque peu changé. Le chant a été repris par Bollaert avant le coup d’envoi du match de Ligue 2 contre Clermont-Ferrand en l’honneur des 1099 mineurs de fond tués 110 ans plus tôt, le 10 mars 1906, lors de la catastrophe de Courrières. Le peuple du bassin minier n’oublie pas ses anciens et la scène filmée à Lens ce jour-là fut particulièrement émouvante.

Près de 900 kilomètres séparent Lens de Bayonne, et si les villes ne vibrent pas pour le même sport, elles aiment toutes deux passionnément leur équipe. Le stade Jean-Dauger, antre de l’Aviron Bayonnais, était plein comme un œuf le 29 mai 2016 pour la demi-finale de Pro D2 face à Colomiers. Avant la rencontre, l’hymne du club a résonné plus fort que jamais. Un hymne qui a la particularité d’être désormais un chant phare des fêtes en tout genre, y compris des mariages !

« Allez allez, les Bleus et Blancs de l’Aviron Bayonnais… ».

L’Euro 2016, organisé en France, a été particulièrement marqué par les supporters de deux pays : la République d’Irlande… et l’Irlande du Nord ! Les voisins étaient présents en masse dans les villes qui accueillaient les matchs de leur sélection, mais ceux n’ayant pas pu faire le voyage ont également vibré au rythme des exploits de leurs protégés (pour rappel, la République d’Irlande a atteint les huitièmes de finale, vaincus de peu par l’Équipe de France, tandis que l’Irlande du Nord est tombée au même niveau de la compétition face au Pays de Galles, sur le score de 1-0).

Le 16 juin 2016, la fan zone de Belfast pouvait exploser de joie au coup de sifflet final du match entre l’Irlande du Nord et l’Ukraine, remporté 2-0 par les Nord-Irlandais.
« Sweet Caroline », chanson de Neil Diamond, est devenue un tube dans de nombreux stades, en Irlande du Nord donc, mais aussi en Amérique du Nord.

Les mauvaises langues et les ignorants aiment dire que le sport est l’opium du peuple, une drogue poussant les passionnés à se désintéresser des « vrais problèmes » pour soutenir « des millionnaires en short ». C’est mal connaître les supporters du Legia Varsovie, entre autres. Si leur amour pour le Legia est incontestable et illimité, ils n’en oublient pas pour autant leur histoire, et notamment les heures sombres vécues par leur ville et leur pays. En 2017, ils commémoraient l’insurrection de Varsovie, survenue d’août à octobre 1944, lors de laquelle 160 000 Polonais – dont des milliers d’enfants – furent tués par les Nazis. Le tifo déployé avant un match de coupe d’Europe contre Astana est d’une puissance rare.

Quid des États-Unis ? Le sport professionnel se vit souvent comme un spectacle, en famille, avec un hot dog ou un seau de pop-corn dans les mains. Certains publics sortent un peu de l’ordinaire, les matchs de playoffs sont également plus « chauds », mais la ferveur ne s’exprime tout simplement pas de la même façon que dans le reste du monde. Les plus grosses ambiances se trouvent par ailleurs en NCAA, le championnat universitaire. Quel que soit le sport, c’est là que l’on trouvera des images spectaculaires d’un public très impliqué dans le match, même si, là encore, l’atmosphère est très « américaine ». Du côté de Virginia Tech, les joueurs de l’équipe de foot américain entrent sur le terrain au son de « Enter Sandman », chanson du groupe Metallica, et les 66 000 fans du Lane Stadium les accueillent en sautant. Une section du stade est réservée aux militaires et des feux d’artifice accompagnent le tout, naturellement !

La Coupe du Monde 2022 est un souvenir pénible pour les supporters des Bleus. L’Équipe de France était à deux doigts d’un deuxième sacre consécutif, qui aurait aussi été le 3e en 7 éditions, mais les dieux du foot en ont décidé autrement.

L’Argentine a soulevé le trophée, et l’Argentine a longuement célébré son triomphe. Le 23 mars 2023, Lionel Messi et ses coéquipiers accueillaient le Panama pour un match amical disputé au Monumental, le stade habituellement occupé par River Plate. Pour l’entrée des joueurs sur le terrain, un seul chant était possible : « Muchachos », retraçant l’histoire de la sélection argentine, ses échecs, ses légendes, son espoir de la voir vaincre à nouveau, sans oublier une référence aux Malouines, ces îles pour lesquelles le pays combattit l’Angleterre en 1982… C’en est trop pour les nouveaux champions du monde, avec leurs enfants dans les bras, qui ne peuvent que pleurer et chanter avec leurs compatriotes.

Le sport offre une certaine place au patriotisme, notamment les sports d’équipe, qui font retentir les hymnes nationaux des équipes avant chaque match. Cette version de la Marseillaise chantée par le public du stade Geoffroy-Guichard de Saint-Étienne le 12 août 2023 avant la rencontre entre le XV de France et l’Écosse vous donnera des frissons, assurément !

Si vous ignorez tout du monde des fléchettes, les images qui vont suivre vont vous surprendre. Non, la discipline n’est pas réservée aux fêtes familiales ou à votre bistro préféré. Des championnats nationaux et internationaux sont organisés et drainent un large public, particulièrement festif. Vous comprendrez vite pourquoi « La chaîne L’Équipe » en a acquis les droits et ne se prive pas pour en diffuser régulièrement. Rendez-vous à 1 minute 20 pour le moment de grâce de la vidéo !

Le cyclisme a un atout majeur : le public peut en profiter gratuitement ! À la télévision (pour le Tour de France, notamment) et sur les routes, les passionnés n’ont pas à payer d’abonnement ou de ticket exorbitant. Pour être bien placé, il faut se lever tôt et être fin stratège. La course olympique des Jeux de Paris en 2024 a marqué les esprits, tant par le décor de Montmartre que par la ferveur des spectateurs. CinéSport vous emmènera de temps à autre sur des courses moins connues mais on ne peut plus populaires, notamment dans les Flandres.

La Belgique aime le cyclisme, mais la Belgique aime aussi le catch. En mars 2025, Bruxelles accueillait un événement de la WWE, la célèbre organisation américaine. Le mythique John Cena était de la partie, et ce alors qu’il faisait sa tournée d’adieu. Ses « haters » comme ses plus grands fans ne se sont pas privés pour lui dire ce qu’ils ressentaient, dans une ambiance bluffante, assourdissante. « Let’s go Cena » chantent les uns, « Cena sucks » répondent les autres.
Le public français a lui aussi pu voir les stars de la WWE de ses propres yeux, à Lyon et à Paris, et a lui aussi fait forte impression aux Américains. Les spécialistes sont unanimes : jamais de telles ambiances n’avaient été vues en WWE. Le public américain ne peut pas rivaliser !

En Suède, le hockey sur glace est roi. L’équipe nationale masculine fut championne olympique à deux reprises, en 1994 et 2006, et prend régulièrement place sur le podium (médaille d’argent en 1928, 1964 et 2014, médaille de bronze en 1952, 1980, 1984 et 1988).

Le club de Djurgården, basé à Stockholm, est l’un des plus titrés du pays. Il fut pourtant relégué à l’issue de la saison 2021/2022 et n’était pas parvenu à remonter immédiatement. Après 3 saisons en deuxième division, il retrouvait enfin l’élite en 2025, poussé par un public fabuleux lors de la finale d’accession contre l’Allmänna Idrottsklubben, autre club de la ville.

Même pour les plus passionnés, le sport est anecdotique face aux drames de la vie. Mais dans ces circonstances, le stade peut alors se transformer, plus que jamais, en lieu de mémoire et d’unité.

Bien des drames ont marqué le monde du football, notamment. Le 3 juillet 2025, le footballeur portugais Diogo Jota et son frère Andre Silva succombaient à un accident de la route. Le public de Liverpool, club où évoluait Diogo Jota, fut bouleversé par la nouvelle et faisait preuve d’une remarquable dignité à la reprise de la compétition. On n’en attendait pas moins de sa part.

« You’ll Never Walk Alone », « Vous ne marcherez jamais seuls ».

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