Vincent Duluc : « L’histoire de L’Équipe est romanesque et j’ai un vrai attachement affectif à ce journal »

À l’occasion des Journées Nationales du Livre et du Vin, organisées à Saumur les 11 et 12 avril, CinéSport a pu s’entretenir avec trois invités passionnants. Parmi eux, Vincent Duluc, journaliste sportif spécialisé dans le football et figure emblématique du journal L’Équipe. On lui doit aussi de nombreux ouvrages, dont le « Dictionnaire amoureux de la Coupe du Monde » et « Le roman de L’Équipe, un siècle de journalisme sportif », qu’il présentait à Saumur.

-Quel est votre lien avec les Journées Nationales du Livre et du Vin de Saumur ?

-Ce n’est pas la première fois puisque j’étais venu en 2016. J’avais eu la chance de recevoir le prix Antoine Blondin pour mon livre « Un printemps 76 », qui était consacré à l’émergence de l’AS Saint-Étienne et à l’affaissement de la classe ouvrière dans la Loire dans les années 70. Et donc, cette année, je suis revenu parce que j’ai été invité pour les 30 ans de l’événement, et je suis revenu aussi parce que j’ai quelques nouveaux ouvrages cette année, « Le Dictionnaire amoureux de la Coupe du Monde », le dictionnaire illustré, un livre sur les 80 ans de L’Équipe qui s’appelle « Le roman de L’Équipe », et puis le livre traditionnel coédité par L’Équipe et Solar sur les 50 héros, soit de la Coupe du Monde soit de l’Euro, qui paraît tous les 2 ans

-Pouvez-vous présenter plus en détails « Le roman de L’Équipe » ?

-Ce qui m’a intéressé, c’est de revisiter un peu la mythologie de ce journal depuis l’occupation, puisqu’en fait, L’Équipe est la continuation du journal L’Auto, qui avait créé le tour de France au début du XXe siècle. Donc voilà, je me suis intéressé aux grands anciens, je me suis intéressé aux anecdotes un peu pittoresques de la presse des années 40, des années 50, des années 60, à la transformation du métier aussi. Évidemment, j’ai été probablement un peu plus intéressé par les 50 premières années du journal, où je n’étais pas là, que par les 30 suivantes, où j’étais là, mais voilà, pour moi c’est un roman. Je n’ai rien inventé, c’est juste que l’histoire de L’Équipe est romanesque, et j’ai un vrai attachement affectif à ce journal. Je pense qu’on est beaucoup, même lorsqu’on n’est que lecteur, à avoir ce genre d’attachement à un journal dont l’essence consiste à prolonger l’émotion d’un événement le lendemain matin finalement.

-En tant que lecteur, donc avant que vous ne rejoigniez vous-même L’Équipe, avez-vous des souvenirs liés à ce journal, qui vous auraient peut-être donné envie de le rejoindre ?

-Complètement, je fais partie d’une génération qui arpentait les villes étrangères à la recherche d’un kiosque pour essayer de trouver un exemplaire du journal de la veille qui aurait été livré par avion le matin même. Et au bout de ma quête j’ai toujours considéré l’exemplaire que j’avais en main comme un trésor, que j’avais déplié avec infiniment de soin et dans lequel j’avais découvert ou j’allais découvrir des résultats qu’on n’avait aucune chance d’avoir autrement, parce qu’il n’y avait pas internet, il n’y avait rien du tout, les résultats n’étaient pas annoncés à la télé ou à la radio. Et en même temps, le journal permettait de voyager grâce aux envoyés spéciaux qui étaient partout.

-Il y a aussi un ouvrage sur les stars de la Coupe du Monde 2026, comment appréhendez-vous cet événement qui se tiendra dans un contexte très particulier ? L’Équipe ne se concentrera-t-elle que sur la dimension sportive ?

-Aujourd’hui la vocation de L’Équipe est clairement de raconter le monde dans son entièreté. On l’a fait lors des précédents grands rendez-vous, que ce soit au Qatar, que ce soit en Russie en 2018, et on va continuer à le faire. On ne peut pas juste avoir une vision sportive avant une Coupe du Monde aux États-Unis qui va concentrer d’autres enjeux, d’autres dangers. On va évidemment raconter la place qui sera réservée aux supporters des pays que Trump ne veut pas voir, on va voir quel est le comportement de la police de l’immigration vis-à-vis des supporters le soir des matchs, évidemment qu’on va raconter tout ça. On est vraiment là pour raconter le monde, raconter le monde ça veut dire raconter le foot mais raconter ce qu’il y a autour du foot aussi bien sûr.

Aujourd’hui la vocation de L’Équipe est clairement de raconter le monde dans son entièreté. On l’a fait lors des précédents grands rendez-vous, que ce soit au Qatar, que ce soit en Russie en 2018, et on va continuer à le faire.

-Comment imaginez-vous cette Coupe du Monde ? L’Équipe de France est-elle favorite ?

-L’Équipe de France est objectivement l’un des favoris. Quand on dispute 4 des 7 dernières finales de Coupe du Monde et qu’on est numéro 1 du classement de la FIFA, ce qui est le cas en ce moment et qui n’est pas rien, on fait partie des favoris. Il y a d’autres équipes européennes, comme l’Espagne, comme l’Allemagne, comme l’Angleterre, comme le Portugal. Ça a lieu sur un autre continent que le continent européen, et souvent les résultats sont un peu différents dans ce cas-là, donc on va compter toujours sur l’Argentine, je crois un peu moins au Brésil mais on ne sait jamais. Et puis voilà, je pense qu’on a là l’essentiel des favoris. On peut avoir le Sénégal, qui est sans doute la meilleure équipe africaine, mais je ne sais pas jusqu’où ils peuvent aller. Ce qui est nouveau, c’est que c’est une Coupe du Monde encore plus dangereuse qu’avant, le premier tour est moins dangereux puisqu’on va quand même qualifier 32 équipes sur 48 mais le deuxième tour est très dangereux parce qu’il y aura des seizièmes de finale. Il faut gagner un match de plus et là ça devient vraiment périlleux.

-Comme lors de chaque édition, il y aura sans doute de nombreux nouveaux ouvrages dédiés à la Coupe du Monde, alors pourquoi les gens doivent-ils acheter l’un des vôtres ?

-Parce que je dois être le seul journaliste de presse écrite à avoir vécu de l’intérieur autant de Coupes du Monde. Ce sera ma 11e et je sais qu’en France personne n’en a fait autant. Le seul qui a une série en cours qui soit supérieure c’est Jacques Vendroux, mais il n’écrit pas donc il n’est pas un vrai concurrent ! Voilà, moi quand je raconte des anecdotes de la Coupe du Monde 86, eh bien j’étais là-bas, j’étais à Mexico, j’étais à Guanajuato, j’étais à Puebla…

-Vous revenez donc sur l’histoire du Mondial ?

-Dans Le dictionnaire amoureux, et le dictionnaire illustré, je reviens sur les histoires du Mondial, les petites et les grandes histoires, sur les anecdotes, sur les souvenirs personnels. Je reviens sur ce qui s’est vraiment passé parfois pendant des événements, parce que la vérité tombe souvent après. J’ai essayé de m’approcher de cette vérité qu’on ne connaissait pas forcément sur le coup.

-Vous évoquiez votre livre « Un printemps 76 », qui était dédié à l’AS Saint-Étienne. Quelle place la finale européenne des Verts de 1976, dont on fêtera très prochainement le 50e anniversaire, tient-elle dans l’histoire du football français ?

-Cette finale a une place énorme ! D’abord parce que Saint-Étienne est la première équipe qui soit rentrée dans le salon des Français finalement. C’est le premier feuilleton de sport qui soit devenu un feuilleton populaire. Pendant la période européenne du Stade de Reims, la télé n’était pas assez développée. Là, on est au milieu des années 70, la couleur arrive dans les salons, et Saint-Étienne devient un feuilleton national. Il y a donc cet impact-là. Ensuite, au-delà de ça, il y a le côté « épopée », parce qu’il y avait des renversements de situation avec Saint-Étienne, contre Split, contre Kiev… Et donc il y avait l’idée que tout d’un coup, pour le football français, tout soit possible, alors que ça faisait 15 ans qu’on était un football de perdants. Et enfin, c’est important parce que cette génération-là a décomplexé le football français au sens large, et en fait il n’y aurait peut-être pas eu la génération Platini derrière s’il n’y avait pas eu les Verts de 76, s’il n’y avait pas eu ce moment ou, tout d’un coup, le football français a cessé de se considérer lui-même comme un perdant, même si la trace de l’AS Saint-Étienne, c’est d’avoir été les plus beaux perdants de l’histoire du foot.

Propos recueillis par Alexandre Taillez
Merci à Vincent Duluc pour sa disponibilité

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