Thibault (Collectif Isarien) : « Écrire un peu plus l’histoire du supportérisme à Beauvais »

Club habitué à la deuxième division entre les années 80 et le début des années 2000, l’AS Beauvais Oise souffre depuis plus de 20 ans, oscillant entre le National et le National 3. Aujourd’hui en National 2, où il lutte pour le maintien, le club peut néanmoins compter sur le soutien inconditionnel du Collectif Isarien, groupe ultra fêtant son 15e anniversaire en ce mois d’avril 2026. Thibault, l’un des cofondateurs du groupe, revient sur cette aventure rare dans le monde amateur. Il évoque également la situation économique de l’ASBO et le rôle qu’il a accepté au sein de la nouvelle structure.

– Quand et comment êtes-vous devenu supporter de l’ASBO ?

-Je suis natif de Beauvais et, étant fan de football, j’ai comme beaucoup de gosses du département fréquenté le stade Pierre Brisson à l’époque de la Ligue 2. Mais c’est un peu plus tard que je me suis véritablement intéressé au club. J’étais parti dans le sud de la France pour mes études et j’ai commencé à le suivre avec plus d’assiduité, à distance. À l’époque je correspondais via un forum avec Yaya, qui était une figure des tribunes beauvaisiennes. J’avais le mal du pays et, de fil en aiguille, il m’a fait sauter le pas.

-Êtes-vous attaché à l’histoire du club et à ses joueurs emblématiques où vivez-vous davantage « dans le présent » ? Rappelons que Beauvais a quitté la Ligue 2 en 2003 sans parvenir à y accéder de nouveau depuis.

-À mon sens, tu ne peux pas avoir un attachement sincère sans connaître l’histoire de ton club, ses spécificités. Lorsqu’on parle de Beauvais, il est beaucoup question de la Ligue 2, de la bande à Metsu et surtout de celle de Bonnevay. De cette fameuse saison où l’ASBO a flirté avec la Ligue 1. Après, si on regarde en arrière, on se flingue, parce que depuis cette fameuse saison, le club a connu plus de déboires que de succès. Donc on est dans le présent et on regarde vers l’avant avec cet espoir fou qui anime inévitablement un supporter, sinon la flamme s’éteint.

« Lorsqu’on parle de Beauvais, il est beaucoup question de la Ligue 2, de la bande à Metsu et surtout de celle de Bonnevay. »

-Dans quelles circonstances est né le Collectif Isarien, dont on fête le 15e anniversaire en 2026 ?

-Le club était encore en National. Comme évoqué précédemment, je correspondais avec Yaya. Je reviens sur Beauvais, on fait un match ensemble. À cette époque, il reste un groupe actif, « les Salamandres », un groupe plutôt « mastre ». Il y a quelques jeunes avec eux, on sympathise rapidement, ils se distinguent des autres par l’engouement qu’ils ont pour encourager l’équipe. On garde le contact et on décide rapidement de monter un groupe correspondant plus à ce que l’on veut. À ce moment-là, à Brisson ce sont quasiment systématiquement les visiteurs que tu entends. Les Rouennais comparent le stade à un cimetière. On veut changer cette image et c’est comme ça que le Collectif Isarien voit le jour dans un garage du centre-ville, on est quatre à l’origine de cette création : Yaya, Xav, Julien et moi.

-À l’époque, comment avez-vous été accueillis par le club et par les habitués du stade Pierre Brisson ? Avez-vous des liens avec les « Red North » et les « Kamarades Ultras », anciens groupes ultras de l’ASBO ?

-Une petite méfiance du club, mais pas non plus de défiance comme ça peut arriver parfois. Le dialogue s’est assez rapidement instauré. Yaya avait participé très jeune aux Red North, il était aussi à l’origine des Kamarades Ultras qui ont été un peu le trait d’union entre les RN et nous.
Du coup, assez rapidement, via les contacts passés, on récupère quelques mecs passés par les RN et les KU, ou certains passés seulement par les KU. Du coup, il y a toujours eu un lien et on a aussi fait en sorte de l’entretenir au fil des années. On a maintenu le contact avec les leaders RN, même si un seul fréquente encore occasionnellement Brisson. Ça revient un peu à ce que je disais plus tôt sur le lien à avoir avec l’histoire du club, c’est la même chose pour les gradins. On met un point d’honneur à connaître l’histoire du supportérisme à Beauvais, à le comprendre. Ça englobe aussi les Maxi Fans, on a eu des échanges avec d’anciens membres. Même chose avec les Canonniers, un groupe plus ancien et moins connu.

-Comment s’organise le Collectif Isarien aujourd’hui et combien compte-t-il de membres ?

-On est une association loi 1901, organisée de façon classique avec un bureau et un conseil d’administration. C’est une saison particulière, puisque c’est nos 15 ans. On a 42 adhérents, c’est un record pour nous.

-À titre personnel, quels rôles avez-vos remplis durant ces 15 années ?

-Jusqu’à il y a encore quelques mois, j’ai toujours été président de l’association. Durant les 15 ans. Je viens de passer la main lors de la dernière AG.

-Quel est le programme des festivités pour le 15e anniversaire du groupe ?

-On va essayer d’écrire un peu plus l’histoire du supportérisme à Beauvais. On prépare ça depuis plusieurs mois. On ne peut évidemment pas tout révéler, mais il y a des grosses animations prévues à notre échelle, avec des prémices en ville. Pour le jour J, le programme reste secret. Et il y aura évidemment un after.

-Si vous deviez citer les trois matchs les plus « intenses » vécus par le Collectif Isarien, quels seraient-ils ?

-Le numéro 1 c’est la qualif’ en Coupe de France face à Amiens, pour le derby picard à la Licorne. On s’impose aux tirs au but, on venait de connaître la descente en CFA et on connaît un début de saison exceptionnel, ponctué par cette qualif’.
Il y a inévitablement la seule montée qu’on a véritablement vécue avec là encore un derby pour valider cette accession en N2. On bat Saint-Quentin à Brisson, il y avait un gros bloc, le succès à la fin, soirée parfaite. L’autre montée s’est effectuée durant le COVID, on l’a donc vécue un peu par procuration avec une annonce de l’arrêt de la saison et la validation des positions à l’arrêt des compétitions.
Et puis le dernier match que je peux citer, c’est celui de nos 10 ans. C’est une étape importante pour un groupe. Animations réussies, belle ambiance, des gars venus de partout, il manquait simplement la victoire.

-Comment expliquer la fidélité de vos membres à un club tombé dans l’anonymat, piégé en N2 et ayant même fait un passage en N3 ? Certains ont-ils malgré tout une sympathie pour des clubs professionnels ?

-Il faut savoir qu’à Beauvais, les groupes qui nous ont précédés ont tenu généralement deux à trois ans maximum, à l’exception des Salamandres, qui ont tenu cinq saisons mais avec une activité très minimaliste sur la fin. Ça donne encore un peu plus de relief à notre longévité, qui plus est, comme vous l’avez dit, dans une période sportivement qui est loin d’être faste pour l’ASBO. Comment l’expliquer ? C’est une bonne question, on a plusieurs fois frôlé l’arrêt, mais il y a toujours eu une personne, un évènement, quelque chose qui a fait qu’on a tenu. Je ne sais pas s’il y a une explication, il y a surtout plein de petits facteurs.
On a évidemment des membres qui suivent plus ou moins attentivement les performances de clubs professionnels.

-Avez-vous des amitiés avec d’autres groupes français ou étrangers ?

-Rien d’officiel.

-Pour les ultras, y a-t-il des avantages à suivre un club évoluant à ce niveau ?

-La proximité avec les joueurs, qui est beaucoup plus difficile à haut niveau. La répression est moins forte mais c’est aussi parce qu’il y a peu d’engouement en France dans les petites divisions, c’est donc un avantage mais aussi un inconvénient car c’est dur de toucher un public jeune et passionné.

-Le club a connu des secousses cette saison, avec des difficultés économiques mises en avant par le journaliste indépendant Romain Molina, entre autres. Quelle est la situation réelle, à votre connaissance ?

-On a connu la stabilité, la rigueur sous le duo Godin-Reghem. Comme on a pu leur dire au moment de leur départ, ils sont les seuls dirigeants qui peuvent se targuer, depuis qu’on suit le club, de partir en laissant le club dans une situation meilleure que celle dans laquelle ils l’ont pris. Leur succession n’a pas été bien anticipée, bien maîtrisée et tout le travail fait par ce duo et les personnes avec qui ils ont œuvré a été détruit en un an et demi de présidence de Corinne Corillion. Romain Molina a posé un constat qui était juste. Un seul repreneur a eu le courage de prendre la suite de Corillion, de s’engager dans ce marasme avec des dettes à droite à gauche, des salaires impayés depuis plusieurs mois. Aujourd’hui, tout est réglé au niveau des salaires. Il reste un travail colossal à effectuer pour restaurer la confiance et pour recréer un club des partenaires. Il y avait plus de 80 entreprises partenaires sous Godin et Reghem, et au moment de la reprise du club, il en restait 8, essentiellement engagées sur des contrats de plusieurs saisons donc héritées encore des années Godin et Reghem.

-Le club s’est réorganisé et vous avez la particularité d’occuper un rôle en son sein, quel est-il ?

-J’ai intégré le comité directeur. Guillaume Roy, qui a été le seul à se présenter pour sauver le club, avait besoin de s’entourer de personnes volontaires et fiables. Lorsqu’il m’a sollicité, je n’ai pas réfléchi très longtemps. J’ai facilité aussi le lien entre lui et Soni Portemer, qui avait manifesté son intérêt pour le club, dans le but de pouvoir regrouper les énergies positives. Ça a été ma première contribution.

-Comment conjuguez-vous cette fonction avec votre rôle de supporter ultra ?

-Ça ne change pas la passion qui m’anime et la façon dont je l’exprime. Ça m’a poussé tout de même à quitter le bureau de l’association, pour plus de clarté, pour que le groupe puisse aussi conserver l’indépendance qui l’a toujours caractérisé. Je jongle entre les deux, pour le moment sans difficulté. 

« J’ai intégré le comité directeur. […] Ça ne change pas la passion qui m’anime et la façon dont je l’exprime. »

-Que peut-on souhaiter à l’ASBO pour la fin de saison et les prochains mois ?

-Se maintenir, c’est évidemment la première chose, et si on peut s’offrir le luxe de réaliser un carton plein dans les derbys isariens, ce sera une belle chose.
Ensuite, c’est de pouvoir repartir sur un nouveau cycle qui rassemble : club, partenaires, supporters, bénévoles. À mon sens, un club c’est plusieurs maillons essentiels et chacun doit tirer l’autre vers le haut. Si le club performe, il va inévitablement attirer plus de public et de partenaires. Plus tu as de partenaires et plus tu as de moyens, ce qui doit te permettre d’être plus performant sportivement et donc d’attirer plus de public. Et plus tu as d’engouement autour de ton club, plus les sociétés et collectivités sont enclines à te financer. Plus l’équipe est poussée, plus elle est susceptible d’avoir ce petit plus pour performer. Ce que l’on peut souhaiter pour la suite, c’est de parvenir à instaurer cette synergie et à retrouver la 3e division française qui va devenir professionnelle dès la saison 2026-2027.

-Au-delà des perspectives raisonnables, avez-vous un rêve particulier pour l’ASBO ? Une remontée en Ligue 2 ? Un beau parcours en Coupe de France ? Un public plus nombreux au stade Pierre Brisson ?

-Voir le club renouer avec son passé. Je pense qu’aujourd’hui, la Ligue 2 est un rêve parce que la marche à franchir est énorme pour retrouver ce niveau. Je ne refuserais pas un parcours en Coupe de France non plus. On n’a jamais trop brillé dans cette compétition, un petit quart de final m’irait très bien et ce serait à n’en pas douter un grand moment pour le football beauvaisien qui a besoin d’une réussite marquante.

Propos recueillis par Alexandre Taillez

Crédit photos : Collectif Isarien

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