Quelle soirée ! Confrontés aux Brûleurs de Loups de Grenoble pour un match « à la vie, à la mort », les Ducs d’Angers ont offert une prestation de rêve à leur public et conservent donc l’espoir d’atteindre la finale de Synerglace Ligue Magnus. Le club aura quoi qu’il en soit réussi à faire preuve de caractère et à affirmer son identité.
La douceur angevine s’est transformée en violent orage. Lundi soir, les Ducs d’Angers n’avaient pas d’autre choix que de remporter le 6e match de la série de playoffs les opposant aux Brûleurs de Loups de Grenoble. Et pour cause, deux jours plus tôt, les Grenoblois avaient remporté la 5e manche sur leur patinoire, s’offrant donc une première balle de match. Mais les Ducs avaient d’autres projets et ont mis tous les ingrédients nécessaires pour remporter la victoire.
Tout d’abord, le public a répondu présent : il n’aura fallu que quelques dizaines de minutes pour que la patinoire Angers ICEPARC soit (encore) à guichets fermés. Pas mal pour une arène de 3 600 places !
Pour ce moment particulier dans la saison angevine, le club avait par ailleurs organisé une séance de dédicaces avec Sami Tavernier, l’attaquant franco-finlandais dont la saison avait pris fin prématurément dès l’automne suite à une rupture des ligaments croisés du genou gauche. Homme clé de la belle saison 2024/2025 des Ducs, Sami Tavernier n’a donc pas été oublié et les fans angevins étaient nombreux à aller à sa rencontre avant le match.
Pierre Crinon, ennemi public numéro 1
Autre présence marquante lundi soir à Angers, mais une présence moins appréciée, celle du défenseur grenoblois Pierre Crinon, de retour d’une suspension de 8 matchs, reçue après un geste violent contre Briançon au tour précédent. Mais le public angevin se souvient surtout du match de décembre dernier lors duquel Pierre Crinon s’en était pris au gardien des Ducs, Matt O’Connor, provoquant une commotion cérébrale chez ce dernier. Pierre Crinon sera d’ailleurs jugé en mai à Grenoble pour cette affaire. Le joueur s’était aussi fait remarquer lors des Jeux Olympiques d’hiver, alors qu’il évoluait sous le maillot de l’Équipe de France, en participant à une bagarre spectaculaire contre un joueur canadien.
C’est donc sans surprise que, lundi soir, chaque fois que son nom était cité, ou chaque fois que le palet lui était transmis, Pierre Crinon était conspué par les amoureux des Ducs. Des sifflets, des huées, des slogans (« Crinon au vestiaire ! »), mais aucune insulte. Stupéfiant lorsque l’on est un habitué des stades de football !
Un début en fanfare, des buts à foison
Un public bouillant, un contexte très particulier, un enjeu majeur…Voilà qui aurait pu paralyser certaines équipes. Mais ces Ducs ont du caractère. Et du talent. Et après 5 minutes de jeu, Angers avait déjà bel et bien 2 buts au compteur, inscrits successivement par Orrin Centazzo lors de la première supériorité numérique des Ducs, puis par Phil’ Halley. Une entame parfaite qui allait en fait définir toute la rencontre.
Grenoble est champion de France en titre. En 2025, les Brûleurs de Loups avaient sévèrement battu Angers en finale, quatre manches à une. Alors, quand vient une occasion de finir une série et de retrouver les finales, Grenoble ne va pas la laisser filer sans combattre. Christophe Boivin réduit le score après un peu plus de 11 minutes de jeu, alors que c’est son équipe, cette fois-ci, qui est en supériorité numérique, relançant complètement la partie… le croit-on. Mais à quelques secondes de la fin du premier tiers temps, Nicolas Ritz redonne deux buts d’avance aux Ducs. Sur les 5 premiers matchs de la série, Angers n’était parvenu qu’une seule fois à inscrire plus d’un but. En voilà déjà 3 en 20 minutes.
L’Angers ICEPARC est un savant mélange des ambiances des stades français et des arènes américaines. Aux chants et drapeaux des groupes de supporters se joignent les animations musicales et les jeux sur les écrans géants, auxquels le public participe joyeusement. Votre « envoyé spécial » se retrouve d’ailleurs impliqué à son insu dans l’un d’entre eux, récupérant un bon d’achat d’un partenaire du club au passage ! Mais, en dehors des hockeyeurs, évidemment, ce sont sans doute les Ladies United, cheerleaders attitrées des Ducs, qui marquent le plus les esprits.
Les Brûleurs de Loups ne vont jamais pouvoir rêver bien longtemps. Alors que François Beauchemin rapproche Grenoble à un petit but des Ducs durant le 2e tiers temps, Dakota Donaghey redonne de l’air aux Angevins une minute plus tard. Et le match s’emballe pour de bon dans le 3e tiers-temps.
Jonathan Charbonneau porte le score à 5-2 à la 45e minute, mais, dans la foulée, les Ducs subissent une double infériorité numérique. Si les supporters poussent leurs derniers joueurs encore sur la glace pour résister aux assauts adverses, c’est « mission impossible », et Grenoble marque deux fois en un peu plus d’une minute. Et si tout s’écroulait ? Et si Grenoble réalisait l’impensable ? Et si… pas le temps de se poser plus de questions, ni sur la glace ni dans les tribunes, Jonathan Charbonneau fait à nouveau trembler les filets des Brûleurs de Loups et évoluer le tableau d’affichage, 6-4 pour Angers. Grenoble doit tenter le tout pour le tout mais cette soirée n’est pas la leur, Teo Sarlieve parachève le succès des locaux à deux minutes du terme, 7-4, score final !
Angers ou Grenoble, qui rejoindra Bordeaux ?
Le public angevin est en fête, les Ducs ont volé dans les plumes des Brûleurs de Loups et disputeront bien un match 7 décisif à Grenoble. Il n’y aura pas d’élimination à domicile. Cela valait bien un tour d’honneur !
Nouvelle coutume étrange pour les habitués du foot après le coup de sifflet final : les deux équipes, y compris l’équipe perdante, se font poliment face tandis qu’un joueur de chaque camp est honoré pour sa performance du soir.
Pour Angers, il s’agit du gardien Elliot Leveque, avec un taux d’arrêts de 86,67 %. Pour Grenoble, c’est l’attaquant François Beauchemin (1 but et deux passes décisives) qui est récompensé.
Les Boxers de Bordeaux, qui ont balayé les Dragons de Rouen 4 victoires à 0, attendent toujours de connaître le nom de leur futur adversaire. Rendez-vous mercredi 8 avril à 20h15 à Grenoble pour connaître le fin mot de l’histoire. Le match sera diffusé sur la plateforme payante Magnus TV. Les finales, elles, débuteront dès vendredi 10 avril.
Une expérience pour tout amoureux de sport
Certes, un match 6 de demi-finale de playoffs n’a pas lieu tous les jours. Mais l’expérience vécue au Angers ICEPARC, grâce aux Ducs, séduirait tout fan de sport. Une grande proximité avec l’action, des chants « à la française » (notamment l’un des « tubes » du Collectif Ultras Paris reprise à la sauce angevine), mais une atmosphère aussi très « sports US compatible », une discipline spectaculaire… que demander de plus ? Vous avez des lacunes sur certaines règles ? Il est probable que vos voisins de tribunes soient des passionnés qui ne se priveront pas pour vous apprendre les subtilités de ce sport, ou pour vous raconter les anecdotes à connaître sur le club local.
Votre serviteur n’avait assisté qu’à un unique match de hockey sur glace, à Chicago, 9 ans plus tôt. Si le souvenir du United Center aux couleurs des Blackhawks est merveilleux, d’autant que Chicago était encore mené par les légendes Patrick Kane et Jonathan Toews à l’époque, le souvenir de ce match entre Angers et Grenoble restera excellent également. La NHL et la Ligue Magnus sont deux univers éloignés, mais quand la passion triomphe d’un côté comme de l’autre, aucune comparaison malveillante ne tient la route, et c’est le hockey sur glace qui avance.












Vivement la prochaine escapade au pays du hockey, à Angers ou ailleurs.
Texte, photos et vidéos : Alexandre Taillez

