Vlade Divac et Drazen Petrovic étaient amis. Déjà au sommet du basketball européen, tous deux rejoignent la NBA en 1989. L’un est serbe, l’autre est croate, et les tensions puis la guerre en Yougoslavie vont rapidement éloigner les deux hommes. En 1993, alors que le conflit fait rage, Petrovic perd la vie dans un accident de la route : les anciens coéquipiers n’auront jamais l’occasion de se réconcilier. Once Brothers revient sur cette tragique histoire.
Once Brothers est un documentaire diffusé en octobre 2010 par la chaîne sportive américaine ESPN, traduit par la suite en plusieurs langues. Pendant 1h30 (ou plus selon les versions), l’on suit Vlade Divac, l’ancien pivot des Los Angeles Lakers et des Sacramento Kings. S’il évoque bien sûr sa carrière, il revient surtout sur son histoire avec Drazen Petrovic (ancien des Portland Trail Blazers et des New Jersey Nets), racontant comment il l’admirait lors de son adolescence avant de le rejoindre en équipe nationale yougoslave puis de devenir son ami.
Leur dispute est étroitement liée à la grande histoire. En 1990, un geste malheureux de Divac en pleine période de tension en Yougoslavie est perçu comme une véritable provocation par les Croates, et par Petrovic. Dès lors, une sorte de guerre froide s’instaure entre les deux joueurs, ainsi qu’avec les autres joueurs croates, notamment Tony Kukoc, membre à l’époque des mythiques Chicago Bulls.
Des témoignages des différents protagonistes nous font ressentir la difficulté de la situation, la rancœur des C roates comme l’incompréhension de Divac. Pendant qu’ils arpentaient les parquets des États-Unis, leur famille et leurs amis étaient confrontés aux horreurs de la guerre.
Once Brothers, réalisé avec pudeur
Le documentaire n’émet pas de jugement politique. Les Serbes, régulièrement placés dans le rôle de méchants de ce conflit par les médias ou dans les livres d’histoire, ne sont pas ici montrés sous un jour particulièrement mauvais. On y voit même une tentative de réconciliation, certes utopique et très « américaine », mais qui a le mérite de se matérialiser. L’équipe du film parvient en effet à réunir Vlade Divac et la famille de Petrovic à Zagreb, soulageant probablement les maux et les consciences des deux parties.
Documenté, riche en interviews, honnête et émouvant, Once Brothers est un documentaire incontournable, pas uniquement destiné aux amateurs de Basket, mais aussi aux passionnés d’Histoire.
Drazen Petrovic, le Mozart du basketball
Il était l’élu, celui qui devait rétablir l’équilibre dans le basket mondial et donner une place de choix aux Européens en NBA, bien avant l’émergence des Dirk Nowitzki, Pau Gasol, Tony Parker, 30 ans avant Nikola Jokic, Luka Doncic ou Victor Wembanyama.
Né le 22 octobre 1964, il découvre le basketball en Yougoslavie durant la petite enfance et progresse à vitesse grand V. Il est régulièrement surclassé et joue avec des coéquipiers bien plus âgés, ce qui lui fait gagner le surnom de Mozart du basketball. Il débute d’ailleurs dans le monde professionnel avec le Sibenka Sibenik dès l’âge de 15 ans. Un match de Coupe Korac en 1981/1982 face à l’Hapoël Tel-Aviv le révèle aux spécialistes de la balle orange, puisqu’il inscrit 30 points et offre la qualification à son équipe. La progression ne s’arrêtera pas là : finaliste de la compétition deux années consécutives, il multiplie les titres à partir de 1985 alors qu’il évolue désormais sous le maillot du Cibona Zagreb, dans son pays mais aussi à l’échelle européenne. Il rejoint le Real Madrid où il ne reste qu’une saison, le temps de remporter la Coupe des Coupes, la Coupe du Roi, et de convaincre les Portland Tral Blazers de lui donner sa chance en NBA.
Arrivé avec quelques soucis physiques, il n’est pas titulaire et connaît un apprentissage difficile, même si son adresse est déjà remarquée. L’expérience dans l’Oregon tourne court, son transfert aux New Jersey Nets durant la saison 1990/1991 va le faire changer de dimension. Si les premiers mois ne sont pas réjouissants, la saison 1991/1992 est d’un autre acabit : il compile 20,6 points par match à 50,8 % de réussite au shoot, 3,5 passes décisives, 2,7 rebonds et 1,3 interceptions.
Il est l’une des attractions des Jeux Olympiques de Barcelone de 1992, sa 3e participation aux JO après ceux de 1984 et 1988, lors desquels il avait obtenu la médaille de bronze puis la médaille d’argent avec la Yougoslavie. Cette fois-ci, c’est la Croatie qu’il hisse jusqu’en finale face à l’imbattable Dream Team américaine. Si Michael Jordan et les siens s’imposent sans surprise 117-85, Drazen inscrit 24 points et fait figure de héros. Le parcours croate est un exploit.
Il confirme son statut chez les Nets en 1992/1993, avec 22,3 points par match. L’avenir semblait lui appartenir, mais, le 7 juin 1993, son destin lui est arraché lors d’un accident de la circulation survenu en Allemagne. Il n’avait que 28 ans.
Sa mort est un choc et le monde du basketball, notamment les équipes par lesquelles il est passé durant sa carrière, lui rend régulièrement hommage. Son numéro 10 est retiré à Zagreb tandis que son numéro 3 ne sera plus jamais porté par un joueur des Nets.
Vlade Divac, légende des Sacramento Kings
Vlade Divac est né le 3 février 1968 en Yougoslavie. S’il n’était pas membre de l’équipe médaillée de bronze lors des Jeux Olympiques de 1984, il était bien aux côtés de Drazen Petrovic en 1988 à Séoul. Entre temps, le pivot avait fait ses armes chez lui, notamment au Partizan Belgrade. Changement d’atmosphère en 1989 avec sa draft en NBA en 26e choix, et ce par les Los Angeles Lakers de Magic Johnson ! Il y trouve sa place immédiatement, apportant sa pierre à l’édifice tant défensivement qu’offensivement.
Il atteint les finales NBA en 1991 mais les Chicago Bulls remportent le duel. En 1993/1994, Vlade Divac est en double double de moyenne pour la première fois (14,2 points et 10,8 rebonds par match), mais les années passent et Los Angeles n’est plus en course pour le titre. Il est au coeur de l’échange envoyant le jeune Kobe Bryant chez les Lakers et porte donc le jersey des Charlotte Hornets entre 1996 et 1998. Mais c’est avec les Sacramento Kings qu’il va retrouver des couleurs entre 1998 et 2004. Les Kings sont l’une des équipes les plus excitantes de la ligue et échouent de peu dans la quête du titre en 2002, notamment en raison d’un scandale d’arbitrage.
Retraité des parquets depuis 2005 après une dernière pige chez les Lakers, Vlade Divac a vu son numéro retiré par les Sacramento Kings, sa franchise de coeur dont il est dorénavant vice-président du basketball et des opérations.

