Joyeux « Star Wars Day » ! Comme chaque année, le 4 mai est synonyme de fête chez les fans de La Guerre des étoiles (et d’opérations marketing en tous genres, avouons-le). Si CinéSport propose tout un mois spécial Star Wars, nous avons décidé d’ouvrir le débat aujourd’hui en allant à contre-courant de ce que beaucoup affirment, en mettant en évidence non pas les défauts de la relation entre Lucasfilm et Disney mais au contraire tout ce que Star Wars doit à la firme aux grandes oreilles.

Ne jamais dire jamais !

George Lucas l’a répété maintes et maintes fois après la sortie de La Revanche des Sith en 2005, « il n’y aura plus de nouveau film Star Wars ! »

Pourtant, le 30 octobre 2012, une nouvelle bouleverse les fans du monde entier. Disney rachète Lucasfilm et ses productions phares – Star Wars et Indiana Jones – pour la modique somme de 4 milliards de dollars et annonce dans la foulée que de nouveaux films seront mis en chantier très rapidement ! L’excitation gagne l’ensemble du fandom en un temps record – même si certains craignent que la saga prenne un visage trop enfantin -, les médias spécialisés reprennent vie, bref, pour paraphraser Shmi Skywalker, « Disney apporte l’espoir à ceux qui n’en ont jamais eu ».

La hype, le succès, et puis…

Après des mois de tractations et de rumeurs, les premières infos sortent, le casting est annoncé : Mark Hamil, Carrie Fisher, Harrison Ford, Peter Mayhew, Anthony Daniels… les anciens seront de retour, avec une bande de petits jeunes n’attendant qu’une chose, faire leurs preuves et conquérir le cœur de ceux qui ont vibré pour cet univers fantastique depuis près de 40 ans.

Mais on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs : pour avoir une liberté totale dans l’écriture des nouvelles histoires, Lucasfilm a pris la décision de mettre de côté l’ensemble de l’Univers étendu, c’est à dire les livres, jeux et autres comics Star Wars publiés depuis plusieurs décennies, dans lesquels on pouvait notamment découvrir les enfants de Han et Leia, Mara Jade, Thrawn, et bien d’autres personnages.

Le marketing autour de cet épisode 7 est énorme, jusqu’à Paris où une rame de métro et même toute une station sont décorées aux couleurs du film. Le Réveil de la Force connaît un grand succès au box office et globalement un bon succès critique. Certains spectateurs estiment déjà que Rey est une « Mary Sue », un personnage trouvant sans peine la solution à tous ses problèmes (un avis discutable !), mais l’enthousiasme est palpable, tant dans les salles de cinéma que lors des discussions qui suivent les séances.

Un an plus tard, le spin-off Rogue One est encensé par une bonne partie des fans « hardcore » tandis qu’il paraît parfois passer quelque peu inaperçu aux yeux du très grand public.

C’est en décembre 2017 que tout bascule. Les Derniers Jedi, suite du Réveil de la Force, adopte un ton particulier qui divise comme rarement la communauté, même si le miroir déformant d’internet a tendance à faire oublier à quel point La Menace Fantôme avait suscité des critiques à sa sortie en 1999, bien avant l’ère Disney.

Quoi qu’il en soit, l’épisode 8 marque un tournant, il est désormais de bon ton de critiquer la relation entre Star Wars et Disney, en méprisant chaque projet, chaque idée, chaque initiative, sans aucune mesure et en attaquant ceux qui osent dire qu’ils ont apprécié tel film, telle série ou tel livre. Oui, parce que, entre-temps, la saga s’est développée via la plateforme Disney+ et via la littérature.

Il est indéniable que l’épisode 8 et certains autres projets Star Wars « made in Disney » ont déçu une partie du public, et chaque opinion à ce sujet est respectable (pourvu qu’elle soit elle-même respectueuse). Au-delà des avis artistiques, sur les personnages, l’histoire ou les autres aspects de ces créations, qui demeurent subjectifs, l’on doit aussi constater que certaines productions furent chaotiques, notamment le spin off Solo : A Star Wars story, qui a connu moult changements et a dû être repris et largement modifié par le réalisateur Ron Howard en cours de tournage.

Mais une fois que nous avons dit cela, il est juste aussi de souligner tout ce que cette collaboration a permis depuis maintenant plus de 13 ans.

Les qualités des films et séries

5 films sortis au cinéma, un 6e d’ici quelques semaines, un 7e l’an prochain, et a priori d’autres dans un avenir proche… Le temps où George Lucas affirmait que la saga ne reviendrait jamais sur grand écran paraît bien loin, et c’est heureux ! Star Wars est fait pour le cinéma, avec l’immensité de l’espace, les planètes en tous genres, les vaisseaux, et tout cet univers si particulier. Ce dont nous devions être privés pour toujours est finalement régulièrement de retour. Certains projets sont/seront médiocres ? Si d’autres sont bons, et c’est le cas, la balance tourne déjà largement du bon côté. Merci Disney !

Pour entrer davantage dans le détail, Disney nous a offert avec Adam Driver l’un des acteurs les plus doués vus dans l’ensemble de la saga. Ce n’est pas anodin s’il a par la suite tourné dans de nombreux projets, avec brio. Je suis encore bouche bée de sa prestation dans Le Dernier Duel. Même dans un film médiocre, comme Ferrari (2023), Adam Driver est époustouflant, sachant s’adapter à des genres variés et adoptant des traits de caractères parfois opposés. Faites-vous donc votre propre avis en visionnant BlacKkKlansman (2018) et House of Gucci (2021).

Kylo Ren/Ben Solo est un personnage passionnant, offrant un profil unique dans Star Wars : celui du méchant constamment attiré par la lumière, tiraillé… Rey, au contraire, cache sa fragilité derrière une force apparente, montrant elle aussi une certaine ambiguïté intéressante.

L’épisode 7 n’est pas un copier/coller d’Un nouvel espoir, c’est un magnifique hommage qui emprunte certains éléments, certaines bases, pour partir dans des directions très différentes. « C’est comme de la poésie, ça rime. »

L’épisode 8 a divisé, c’est à dire qu’il a bien sûr eu son lot de détracteurs, mais aussi son lot de soutiens ! Nous y découvrons les personnages avec beaucoup plus d’intimité, avec leurs côtés sombres. C’est un film mature ! Si, à titre personnel, je ne suis pas heureux de la façon dont Luke Skywalker a évolué, c’est un choix scénaristique qui peut s’expliquer. Les hommes changent avec le temps et les épreuves, même les plus optimistes ! La relation entre Rey et Ben est par ailleurs très belle, et leur lien avec la Force une très bonne idée.

Snoke intriguait beaucoup mais n’était finalement qu’un pion de Palpatine. Là encore, l’on peut voir le verre à moitié vide… ou à moitié plein ! Que le Sith le plus puissant de tous les temps, qui est parvenu à renverser la République et l’Ordre Jedi à lui seul, soit parvenu à vaincre la mort (« connaissez-vous l’histoire tragique de Dark Plagueis le sage ? »), voilà qui fait sens ! Certes, le rythme de l’épisode 9 est effréné et certaines intrigues sont donc vite expédiées, mais disons le haut et fort : des fans de la première heure ont passé un moment heureux au cinéma en découvrant le film, et cela se répète à chaque re-visionnage. Votre serviteur a rarement été aussi ému devant Star Wars que lorsque Lando – à bord du Faucon ! – et d’innombrables vaisseaux débarquent sur Exegol pour venir en aide aux héros, le tout avec le thème principal de la saga, que nous n’avions alors jamais entendu pendant un film, mais seulement lors du texte défilant. Merci encore, Disney !

En parlant de moments émouvants, Rogue One a également son mot à dire ! J’entends encore plusieurs membres de l’équipe du talk-show Star Wars en Direct affirmer qu’il s’agissait à leurs yeux du meilleur film de la saga après L’Empire contre-attaque. Alors, merci qui ?

Disney a réalisé le rêve de George Lucas en développant Star Wars sur petit écran et en live action, avec non pas une série mais une multitude. Il y en a pour tous les goûts, célébrons-le plutôt que d’attaquer ce qui ne nous plaît pas ! Contrairement à beaucoup, je n’ai pas été touché par Andor, excepté quelques épisodes, notamment à la fin de la saison 2, mais je constate évidemment l’enthousiasme que ce show suscite chez de nombreuses connaissances, et j’en suis heureux pour elles !

Din Djarin et Grogu, de leurs côtés, sont déjà devenus deux des personnages les plus connus et aimés de la saga (demandez à vos enfants !), le retour d’Ahsoka émerveille les fans de The Clone Wars, celui de Thrawn démontre que l’Univers étendu d’autrefois n’a pas été oublié… La Haute République, grand projet développé en BD, romans et via la série The Acolyte, était ambitieux et donc risqué. Pas parfait, il développe malgré tout l’univers, notamment esthétiquement. Oui, une saison 2 pour The Acolyte serait la bienvenue, notamment pour y retrouver l’excellent Qimir, et bien sûr y voir davantage Dark Plagueis, qui n’apparaît que très furtivement à l’écran dans l’ultime épisode de la saison 1.

Du côté des séries animées, la saison 7 de The Clone Wars, notamment l’arc final, avec le siège de Mandalore, fait partie des productions les plus réussies de la saga. Rebels a accompagné une nouvelle génération de fans et les projets continuent de s’enchaîner (The Bad Batch, Star Wars Visions, Tales of…, Maul : Shadow Lord…). Tout le monde est servi !

Oui, Lucasfilm, Kathleen Kennedy, Dave Filoni et Disney ont fait du bon travail !

La résurrection du fandom

En préparant mon livre, « La Force est avec nous, Star Wars et le monde francophone » (qui n’aurait certainement pas vu le jour sans le retour de la saga), j’ai eu la chance d’échanger avec de nombreux passionnés. Et c’est peu de dire que le rachat de la licence par Disney a redonné un coup de boost à leurs activités, quel que soit leur domaine.

Les médias spécialisés, bien sûr, mais aussi les groupes de fans costumés et les associations caritatives, tout le monde a connu un regain d’intérêt après 2012 et notamment à partir de la sortie au cinéma de la prélogie. Même les fans n’ayant pas apprécié les épisodes 7/8/9 ont redoublé d’activités ces dernières années ! Quand cela débouche sur une aide apportée à des enfants malades et à des familles en détresse, il n’y a rien d’autre à dire que « félicitations », et « merci Disney d’avoir relancé la machine » !

Plus simplement, les moments de communion au cinéma ou lors des conventions sont uniques. J’ai découvert Le Grand Rex, l’un des plus beaux cinémas au monde, grâce au Réveil de la Force. Un moment fantastique vécu avec mon grand frère, avec qui nous suivons la saga depuis 30 ans, et des amis proches.
Des copains ont voyagé à Londres, au Japon ou aux États-Unis pour assister à la Star Wars Celebration. Les parcs Disneyland ont largement développé leur offre Star Wars, essentiellement en Amérique mais aussi chez nous, avec une mise à jour de l’attraction Star Tours et de nombreuses animations.

La convention Générations Star Wars & Science-Fiction existait déjà avant le rachat et il semble qu’elle aurait continué sans, mais d’autres initiatives magnifiques sont apparues plus récemment et l’on peut imaginer que la riche actualité entourant la saga n’y est pas étrangère.

Enfin, il semble désormais garanti que j’aurai l’occasion d’emmener mes enfants voir Star Wars au cinéma… Et tout cela grâce à Disney !

Alexandre Taillez

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