En 2010, le PSG s’est séparé d’une partie de ses tribunes populaires. J’en étais. Alors que se profile une troisième finale de Ligue des Champions, comment continuer à aimer le club qui vous a viré ?
Je ne sais pas trop quand j’ai commencé à aimer le PSG mais ça se situe entre 1994 et 1995. D’ailleurs, je n’ai jamais vraiment su si on choisissait son club ou si c’est votre club qui vous choisissait.
Expulsé du Parc des Princes
Ce qui est certain c’est qu’en 2010, mon club, celui que j’ai toujours aimé, m’a mis dehors. Littéralement dehors, terminé les tribunes populaires, les pouvoirs publics incapables de garantir l’ordre public et le PSG décidant main dans la main d’expurger deux tribunes du Parc des Princes. Celles où on chante, celles où on est parfois exubérant. J’étais de de ceux-là. S’il est des séparations amoureuses difficiles, ce divorce est terrible. Autant il existe des milliards de femmes à aimer, mais de club, il n’en est qu’un. Il n’est pas envisageable de changer de club pour moi.
Dégoûtés, nombreux sont ceux qui se détournent, à jamais ou presque, du Paris Saint-Germain FC. Certains se trouvent un club de secours. D’autres décident d’épouser une carrière de suiveur du club depuis leur canapé. D’autres s’organisent et décident de montrer au PSG qu’ils existent encore. Rencontres des féminines, de l’équipe réserve, des équipes de jeunes, ou encore irruption en tribune latérale au Parc des Princes… nombreuses sont les actions organisées. Je prends part à certaines d’entre elles, puis je deviens peu à peu un suiveur par canapé.
L’arrivée du Qatar
L’arrivée du Qatar au PSG est une bonne nouvelle, car elle signe la fin d’un actionnariat qui avait privé de leur passion des milliers de supporters. Une mesure d’exception, discriminante, manifestement illégale, mais dont le Landerneau politico-médiatique s’est régalé. Pas dupe toutefois des liens entre le pouvoir politique français et qataris, je suis sceptique mais je sais que l’argent va désormais couler à flots…
Dorénavant abonné à suivre le PSG au bar, chez des amis ou dans mon salon, mon club s’apprête à remporter des titres, beaucoup de titres… Le premier titre de Champion de France de l’ère qatarie sera célébré dans Paris. Comme tout évènement festif (ou presque) à Paris, la situation dégénère et on accuse les anciens du Parc. Si certains veulent certes montrer qu’ils existent, il est fallacieux de leur coller sur le dos les boutiques dévalisées, les véhicules incendiés et tout un tas de méfaits ! Dans le fond, cette version arrange tout le monde ou presque… Plus jamais Paris ne fêtera un titre dans les rues, jusqu’à la victoire en Ligue des Champions l’an passé.
Ligue des Champions : de finale en finale
Parlons-en de cette finale. Les émotions ont été fortes pour moi. Des rencontres du Paris SG, j’en ai regardé quelques-unes. Combien de rencontres à l’autre bout du pays et d’humiliations subies ? Combien de courtes nuits ai-je fait pour suivre ce club qui m’a jugé indésirable ? Dans le fond, je ne sais pas, je n’ai pas envie de compter d’ailleurs. Quand on aime…
Alors certes, je pourrais revenir au Parc, j’y suis d’ailleurs allé de façon épisodique, mais ma place n’est plus là. Cette finale, suivie avec des amis, a été un moment à la fois heureux et douloureux. Heureux, car le club touchait là le Graal tant convoité et avec maestria. Un épisode douloureux, car je voyais mon club gagner sans moi.
À bien y réfléchir, je ne me suis jamais véritablement détourné de ce club.
Il y a eu une période où j’étais remonté contre lui. Le Qatar cumule alors les vedettes telles des jouets. Le point culminant est l’association Neymar-Messi-Mbappé. Séduisante sur le papier, l’alchimie ne prend qu’un temps et les egos prennent le pas sur le talent. L’équipe exaspère et prouve que l’argent n’achète pas tout. Paris peine à garder ses entraîneurs et on ne sait plus si les décisions sont prises à Doha, à Paris, par le propriétaire, le président, les vedettes ou certains « conseillers ».
C’est agaçant, mais Paris a toujours eu dans son ADN un fonctionnement étrange, du fantasque clan des chemises roses de Borelli aux paillettes de Canal + jusqu’au fonctionnement nébuleux du Qatar…
Le PSG a changé, il changera encore. Il demeure mon club. Je suis désormais de loin et de façon plus dépassionnée ses résultats. Samedi 30 mai, je regarderai la finale, entouré d’amis, ex-fondus du Paris SG, comme moi. Je n’ai pas cherché à avoir de place pour cette rencontre. Ma place n’est plus là. Le jour où le club goûtera aux ténèbres, ce sera toujours mon club. Peut-être qu’il sera alors le temps de revenir le voir de plus près. Il n’a pas besoin de moi aujourd’hui. Je ne sais pas si j’ai besoin de lui, mais il me procure un peu de joie, surtout en s’adonnant à un beau football comme actuellement.
Si d’aventure, le club quittait le Parc des Princes, cela scellerait peut-être mon histoire avec lui…
Florian

