[Tribune libre] Football : la fidélité n’a plus la cote

Jadis mètre étalon égal au talent chez les supporters, la fidélité est devenue une anomalie voire une incongruité chez le footballeur moderne.

Quand on parle de Baresi ou Maldini, c’est forcément lié au grand Milan. Totti, lui, est lié à la Roma, il n’y aura pas gagné autant de titres que les deux cités ci-dessus, mais c’est aux yeux des tifosis le Roi informel de Rome. Sepp Maier est synonyme de Bayer Munich, Adams, d’Arsenal. Plus près de nous Loïc Perrin aura toujours le cœur vert, Ettori reste accroché à son rocher ou encore Nicolas Seube en Normandie, à Caen précisons-le ! Je me sens forcé d’aborder Éric Sikora, sous peine de censure du patron de ce site, mais sa fidélité au Racing Club de Lens est exemplaire et récente !

Il est des joueurs qui ont connu quelques clubs sans pour autant être qualifiés de mercenaires, citons par exemple Eric Di Meco (même s’il a joué à Monaco après l’OM). Verrati sera lui toujours lié au PSG, même s’il a débuté à Pescara et qu’il coule une retraite dorée au Qatar.

Le phénomène n’est pas neuf !

L’arrêt Bosman qui a facilité les transferts inter pays a mis un coup d’accélérateur à l’exode des joueurs. Mais il ne faut pas regarder que par cette fenêtre. Changer de clubs régulièrement n’est pas vraiment une affaire nouvelle, déjà dans les années 90, Xavier Gravelaine faisait figure d’oiseau migrateur du football français. Pensez plutôt ! Seize clubs en carrière pour le joueur aux cinq sélections en équipe de France.

Et chez les entraîneurs ?

Ferguson reste lié de façon définitive à Manchester United. Sir Alex, même s’il a entraîné en Écosse, est d’une loyauté à toute épreuve. En France, Guy Roux incarnera pour longtemps le visage de l’AJA, l’aventure lensoise avait d’ailleurs tourné court.

Le marché des transferts des entraîneurs en France nous rappelle que la loyauté au club est une valeur qui se perd. Taper sur Génésio qui quitte Lille ou Sage qui quitte Lens est tentant mais ce serait toutefois indélicat. Cela serait aussi oublier que les entraîneurs sont régulièrement une variable d’ajustement à la première secousse. Qui peut assurer à Pierre Sage qu’il ne serait pas licencié pour créer un « choc » en cas de mauvaise série sportive l’année prochaine? Difficile d’en vouloir à un coach de décider de son évolution future, quitte à se faire virer à la prochaine secousse sportive. Une fin similaire aurait pu intervenir en restant également au poste actuel.

Par dessus Létang…

Les acteurs du ballon rond semblent avant tout obéir à un plan de carrière où le sportif et l’impératif de « mettre la daronne à l’abri » prennent le pas sur l’amour du maillot. Combien de divas mercenaires embrassent ce jour votre blason pour aller chez l’ennemi le lendemain. Les exemples sont légion.

Je ne ferai pas de liste pour n’embarrasser personne, mais quiconque suit un club peut citer un traître fameux !

Les dirigeants aussi deviennent interchangeables. Regardons Olivier Létang, aujourd’hui à Lille, hier à Paris et encore avant à Reims.

Devant ce constat morose, c’est réjouissant de voir Marquinhos soulever la C1 avec le PSG, non pas parce qu’il est l’homme d’un seul club (il a joué à la Roma et au Brésil), mais sa fidélité au PSG, même quand le club tanguait, est exemplaire. En plus d’être l’homme le plus capé du PSG, il est également le symbole qu’on peut se relever d’une série de revers sportifs (pour ne pas dire d’humiliations…) pour devenir un totem.

Dans le fond, même si on rêve tous d’un Totti, un mec qui reste longtemps en endossant fièrement le maillot, c’est déjà pas mal, et rare !

Florian

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