C’est l’un des « buzz » médiatiques du début de l’année. Le 17 février, plusieurs centaines de curieux – de toute évidence affamés ! – s’étaient donné rendez-vous pour l’inauguration du plus grand McDonald’s de France. Et pas n’importe où : au Disney Village, la zone commerciale située à l’entrée de Disneyland Paris, en Seine-et-Marne. Les liens entre le roi de la restauration rapide et le roi du divertissement ne datent pas d’hier, même si la relation a connu quelques secousses pendant près d’une décennie.
Avec ses 13 à 14 millions de visiteurs par an, Disneyland Paris est tout simplement l’attraction touristique payante la plus visitée d’Europe. Voilà un vivier dont McDonald’s ne pouvait se priver. Les touristes du monde entier ont l’occasion d’y retrouver les produits qu’ils connaissent et aiment déjà, le tout à un tarif abordable, alors que les restaurants situés dans l’enceinte de Disneyland se révèlent souvent hors de prix. Qui plus est, le lien entre Disneyland et McDonald’s paraît évident : avant ou après s’être amusé « à l’américaine », on mange et on boit américain.
Un établissement était déjà installé dans le Disney Village depuis 1999, mais la rénovation complète de la zone a donné des idées au géant du fast-food. Plus de devanture bariolée, enfantine et amusante, place à une décoration plus sobre – plus triste, aussi –, et place au XXIe siècle. Les machines automatiques sont partout, pour un maximum d’efficacité et de rapidité.
Un manager construction de McDonald’s ayant travaillé sur de nombreux projets et cité par Le Figaro donne un chiffre révélateur : alors qu’un McDo « classique » compte 6 bornes de commande, celui-ci n’en possède pas moins de 23. De quoi vite remplir les 600 places assises (réparties sur 3 étages et 2000 mètres²), et tant pis pour le lien humain, bien que celui-ci n’ait de toute évidence jamais été la priorité de l’enseigne. Ne faisons pas la fine bouche : l’augmentation de la capacité d’accueil a tout de même permis de créer 60 emplois, les effectifs passant de 160 à 220 employés.
Coût total de l’opération ? 20 millions d’euros !
Cela justifiait-il un tel engouement pour l’inauguration, et presque trente minutes de queue sous la pluie pour la clientèle ? Les moqueries et critiques n’ont pas traîné sur les impitoyables réseaux sociaux, toujours est-il que le pari de McDonald’s devrait vite se révéler gagnant.
L’histoire d’amour entre les deux firmes américaines ne date pas d’hier, et s’est manifestée sous d’autres formes.
Jusqu’en 2007, McDonald’s sponsorisait par exemple une attraction du parc parisien, le « Disneyland Railroad », un train très prisé du public.
Mais surtout, nombreux sont les enfants des années 90 à avoir attendu avec impatience de découvrir les jouets du Happy Meal, le menu pour enfants de McDo livré dans une jolie boîte et surtout avec un cadeau, souvent inutile mais donc toujours indispensable !
L’âge d’or du Happy Meal
Disney n’était pas le partenaire exclusif de la chaîne de restauration rapide mais chaque sortie majeure au cinéma de l’un de ses dessins animés était accompagnée d’une collection de gadgets pour séduire les plus jeunes. Aladin, Le Roi Lion, Pocahontas, Toy Story, Le Bossu de Notre-Dame…tous ces films des années 90 devenus des classiques y sont passés.
La collection Pocahontas de chez McDonald’s ? « Ce serait dommage de passer à côté » !
La nourriture est accessoire dans le Happy Meal, comme le démontre cette publicité de 1997.
En plus des longs métrages, Disney a également utilisé son partenariat avec McDonald’s et le « Happy Meal » pour faire la promotion de Disneyland Paris, avec des jouets pour les enfants mais aussi des concours pour toute la famille. Et si l’achat d’un menu vous faisait gagner tout un week-end « féerique » ?
En 1992, pour l’ouverture d’EuroDisney (l’ancien nom de Disneyland Paris), un grand concours était organisé par les restaurants McDonald’s de France
Un Mickey géant à assembler avec le Happy Meal et un concours pour gagner des tickets d’entrée, Disney et McDonald’s avaient sorti le grand jeu en 1999 !
En 2002, place à la promotion du parc « Walt Disney Studios », l’extension de Disneyland Paris
Chéris par les uns, oubliés au fond d’un tiroir par les autres, ces jouets trouvent une seconde vie, 25 ou 30 ans plus tard. Les annonces sont légion sur les sites de ventes d’occasion, tandis que des sites internet et des pages Facebook leur sont intégralement consacrés.
Si ces objets appartiennent essentiellement au passé, c’est en raison de la fin du partenariat entre Disney et McDonald’s en 2006, Disney désirant alors lutter contre l’obésité infantile. Il s’agissait d’un vrai sacrifice de la part de Disney, le Los Angeles Times – rapporté par L’Express – soulignant à l’époque que McDonald’s déboursait chaque année près de 100 millions d’euros pour pouvoir exploiter la marque.
Place aux cadeaux écoresponsables !
Douze ans plus tard, en 2018, estimant que la chaîne de fast-food avait nettement amélioré son cahier des charges, en réduisant les calories, les graisses saturées, le sodium et les sucres ajoutés présents dans le Happy Meal, une nouvelle collaboration entre les deux géants a débuté aux États-Unis. La ville de San Francisco, en Californie, fait exception, ayant interdit en 2010 qu’un jouet soit offert avec le menu enfant de McDo.
Une grande collection de figurines a par exemple été proposée en 2023 dans le Happy Meal américain afin de célébrer le 100e anniversaire de Disney.
Pour la France, pas de nouveau contrat avec Disney, et plus de jouets en plastique tout court depuis 2021, non pas pour lutter contre l’obésité mais par défense de l’environnement. Une mesure qui ne faisait que précéder de peu la loi « anti-gaspillage » de janvier 2022, qui aurait quoi qu’il en soit contraint l’enseigne à aller dans ce sens. Les enfants français peuvent toutefois se consoler avec des jouets en carton et des livres. McDonald’s est d’ailleurs devenu un important acteur de l’édition jeunesse.
En 2025, l’entreprise Playmobil est parvenue à contourner les règles françaises en proposant une collection de jouets dans le Happy Meal, ceux-ci étant constitués de matières recyclées. L’on imagine sans mal que Disney trouvera également à nouveau un moyen de promouvoir ses productions et ses parcs via McDonald’s à l’avenir. « Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire », comme disait un certain Walt Disney !

