Attention, danger ! Hollywood Boulevard, l’une des avenues les plus prestigieuses et célèbres du monde, se transforme en environnement hostile et inquiétant quand la nuit tombe. Quand les stars du cinéma disparaissent, les maux de l’Amérique surgissent.
Il y a près d’un siècle, le 6 octobre 1927, le public américain découvrait Le Chanteur de Jazz, film musical culte, mais, plus encore, premier film parlant de l’histoire. Premier long métrage parlant plus précisément, puisque des courts-métrages sonores avaient déjà été réalisés dès le début du XXe siècle. Toujours est-il que l’on peut considérer la sortie du Chanteur de Jazz comme le début de l’âge d’or de Hollywood. Développement des grands studios, explosion de la popularité des acteurs et des actrices, sorties d’innombrables chefs d’oeuvre…

Jusqu’au début des années 1960, rien ne faisait davantage rêver que Hollywood et le cinéma américain, tandis que les studios, eux, étaient tout puissants. Si la démocratisation de la télévision – entre autres – a mis fin à cette période, Hollywood a conservé son image d’Épinal.
65 plus tard, le monde entier continue de se ruer à Los Angeles, notamment pour y visiter les studios de tournage mais aussi les parcs d’attractions qui y sont liés. Universal Studios Hollywood, par exemple, ouvrit ses portes dès 1964 et accueille désormais 8 à 9 millions de personnes chaque année.
Bienvenue sur Hollywood Boulevard, au milieu des stars du cinéma
Hormis le célèbre panneau « Hollywood », que l’on se contente généralement d’admirer de loin, le lieu le plus iconique de Hollywood et le plus prisé des touristes n’est autre que le Hollywood Boulevard.
Créée en 1887 sous le nom de Prospect Avenue, et développée pendant l’ère du cinéma muet, la rue prend son nom de Hollywood Boulevard en 1910, quand la commune de Hollywood est « absorbée » par Los Angeles.

Là, on peut arpenter le Walk of Fame, créé en 1958. Sur près de 2 kilomètres, le sol est recouvert d’étoiles associées aux plus grands noms du cinéma. L’on peut passer un long moment à chercher le nom de ses idoles.
Autre lieu incontournable, le Gauman’s Chinese Theatre, avec sa forme atypique, digne d’un vrai palais chinois. De nombreuses avant-premières s’y tiennent depuis son inauguration en mai 1927. L’une de celles ayant fait le plus parler fut celle de Star Wars en 1977. Sur le parvis, l’on découvre dans le ciment les empreintes d’acteurs et réalisateurs de légende. Une autre salle de cinéma très importante sur le boulevard, « El Capitan », propriété des studios Disney.
Chaque année, en février ou en mars, le gratin de Hollywood se donne rendez au Dolby Theatre pour la cérémonie des Oscars. La salle fut construite sur Hollywood Boulevard en 2001 spécialement pour accueillir l’événement. 3 000 spectateurs peuvent y prendre place.
Le Wax Museum, un « musée Grévin » local, présentant des collections de statues de cire, a aussi ses amateurs. Évidemment, les boutiques en lien avec le monde du cinéma ne manquent pas !
Ce joyeux et lucratif boulevard fait rêver et semble correspondre à tout ce que l’on peut attendre de Hollywood, de Los Angeles et de l’atmosphère idyllique de la Californie. Mais hélas, la réalité n’est pas si simple.
Drogue et insécurité
Quand la nuit tombe et que les portes des prestigieux établissements ferment, l’ambiance change du tout au tout.
Selon le Los Angeles Times, la ville comptait 43 699 sans-abris en 2025, un chiffre en baisse par rapport à 2024 mais pourtant toujours colossal. Des mini-bidonvilles sont ainsi installés dans divers quartiers, y compris sur Hollywood Boulevard. De grands projets sont fréquemment annoncés pour remédier à la situation, les campements sont parfois démantelés, certaines mesures sont prises…en vain, ou presque.
Un article publié en décembre 2025 sur le site internet de la prestigieuse Loyola Marymount University fait état d’une situation catastrophique. Une réelle bascule se déroule à la fin du jour. « Alors que le soleil commence à décliner, hommes et femmes se rassemblent avec des chariots sur Hollywood Boulevard, près de Gower Street. Les chariots sont remplis de leurs affaires et d’animaux. Certains sont allongés à même le sol, le regard absent, tandis que d’autres sont à l’intérieur de leurs tentes. Une odeur d’urine flotte dans l’air ».
Les étudiants à l’origine de l’article ont interrogé des riverains, notamment des commerçants. Les maux sont profonds et multiples. « Le système de santé mentale a besoin d’une refonte complète. Tant qu’on ne s’attaquera pas aux racines du problème, qu’il s’agisse de toxicomanie ou de véritables troubles mentaux, rien ne fonctionnera. »
Les chiffres avancés sont encore plus effrayants puisque 30 à 40% des sans-abris souffriraient de troubles mentaux, et autant seraient sujets à des addictions.

Médicament anesthésiant très puissant, le fentanyl est désormais une drogue particulièrement répandue et destructrice, notamment aux États-Unis. La nouvelle star du Hollywood Boulevard est un poison, et concurrence la cocaïne et l’héroïne, toujours là également.
La pauvreté, la misère et la drogue ont d’autres conséquences. Sur Hollywood Boulevard, les vols sont fréquents et l’on a parfois l’impression de déambuler dans une décharge à ciel ouvert. Il n’est pas rare que les entreprises locales engagent des sociétés de sécurité privée.
Les problèmes en tous genres hantent les lieux depuis longtemps déjà. En 1981, une guerre des gangs prenait place sur le boulevard, avec plusieurs fusillades.
Peut-on espérer un « happy ending » ? Pas à court terme, assurément.
La scientologie vous ouvre ses portes (et accepte les paiements par chèque ou carte bleue)
Considérée comme une secte par la France depuis 1995, bien que ses activités ne soient pas illégales dans l’hexagone et qu’elle ait même inauguré un bâtiment flambant neuf en région parisienne en 2025, l’église de scientologie est une religion comme une autre outre-Atlantique, jouissant même de puissants porte-paroles. Le principal n’est autre que Tom Cruise, l’un des acteurs les plus populaires du monde depuis 40 ans et la sortie de Top Gun au cinéma.

Semblant parfois tenir Hollywood à bout de bras, fils spirituel de Jean-Paul Belmondo exécutant lui-même ses cascades, y compris les plus dangereuses, Tom Cruise est d’ores et déjà assuré de voir son nom lui survivre et entrer au panthéon de l’histoire du cinéma. Mais derrière l’artiste se cache aussi un homme dont la quête spirituelle engagée lorsqu’il était adolescent, époque où il expérimenta un séminaire catholique pendant un an, le mena finalement vers la scientologie. Cette « nouvelle religion », fondée par l’auteur de science-fiction L. Ron Hubbard en 1950, ne pouvait voir que d’un bon œil l’arrivée d’une star planétaire dans ses rangs. Voilà qui était bon pour les affaires ! Mimi Rogers, actrice et première épouse de l’acteur, aurait été à l’origine de l’entrée de ce dernier dans l’église de scientologie, certains estimant même qu’elle avait été missionnée pour accomplir cette tâche.
D’autres stars du petit ou du grand écran ont embrassé la scientologie, notamment John Travolta (Grease, Pulp Fiction, Volte-Face…), Elisabeth Moss (The Handmaid’s Tale, Mad Men…) ou encore Michael Peña (Collision, Ant-Man, Narcos…).
Will Smith, qu’on ne présente plus, a régulièrement entretenu des liens avec la scientologie mais a démenti en être membre.
La scientologie assure défendre des valeurs universelles, cherchant la paix, l’unité et la liberté.
Voilà qui ne correspond pas vraiment aux témoignages de nombreux anciens adeptes, notamment ceux recensés dans un reportage réalisé par France TV en 2025. À la question « qu’est-ce que la scientologie attendait de vous ? », une ancienne scientologue n’y va pas par quatre chemins : « Mon âme, mon argent, mon énergie, ma vie ».
L’église de scientologie ne manque pas de ressources. C’est ce qui lui a permis, en 1974, de racheter un hôtel de luxe situé sur Hollywood Boulevard. En janvier 2015, après d’importants travaux de rénovation, elle inaugurait un centre d’information au rez-de-chaussée du bâtiment.

La couleur est annoncée à l’extérieur avec une enseigne lumineuse de 12 mètres de haut accrochée sur la façade et ne pouvant échapper à aucun passant. Drogue et scientologie, tel est donc ce qui saute aux yeux des touristes quand vient la nuit sur Hollywood Boulevard.
Plus qu’un « siège social », cet immeuble est une vitrine pour la scientologie, tant vis à vis des stars du cinéma que du grand public.
Le jour, le lieu est ouvert à tous, accueillant. Il doit convaincre les curieux. Des membres du personnel sont là pour répondre aux questions et porter la bonne parole, assurant que l’église de scientologie leur permettra d’affronter leurs problèmes. Un test de personnalité est également proposé. Selon les résultats, vous serez invités à suivre des cours, moyennant quelques dizaines de dollars. Une broutille en comparaison des 400 à 600 000 dollars qu’il faudra débourser pour suivre la totalité du programme « Pont vers la liberté totale ».
Inutile d’aller plus loin, voilà bien un bâtiment dont il vaut mieux ne jamais franchir le seuil.

