Girondins : Passé glorieux, Gérard Lopez, saison 2025/2026…Entretien XXL avec David Gluzman

Les Girondins souffrent mais les Girondins ne sont pas morts ! Champions de France à six reprises, quatre fois vainqueurs de la Coupe de France et trois fois de la Coupe de la Ligue, sans oublier les brillants parcours européens dont un exploit mémorable face au Milan AC il y a 30 ans, les Bordelais évoluent désormais en National 2. Quelles sont les raisons de ce déclin spectaculaire ? Qui sont les responsables ? Quelle est la situation actuelle ? Quelles pourraient être les conséquences de la guerre ouverte entre les deux groupes ultras des « Marines et Blancs » ? David Gluzman, banquier d’affaires, supporter bordelais, contributeur du site référence WebGirondins et bien connu des auditeurs de l’After Foot, l’émission phare de RMC, répond à toutes ces questions, avec passion, précision, et sans langue de bois.

– Comment est née votre histoire d’amour avec les Girondins ?

– Mon Papa, qui est décédé, était né à Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, une région où on est supporter des Girondins ou supporter de Toulouse. Lui était supporter des Girondins depuis son enfance.

Moi, en grandissant, la seule manière que j’ai trouvée pour tisser un lien avec lui, d’avoir une vraie connexion avec lui, parce qu’il travaillait beaucoup, c’était d’aimer le foot – que j’aimais sincèrement ! – et d’aimer les Girondins, pour pouvoir en parler avec lui.

– Quand avez-vous découvert le stade Chaban-Delmas ? Que l’on appelait sans doute encore « Parc Lescure » à l’époque.

– Je suis un Girondin de loin, je suis un Girondin qui n’a jamais vécu à Bordeaux, qui est allé régulièrement voir les rencontres, notamment en déplacement, mais pas du tout dans un cadre organisé. Je n’ai jamais été membre d’une tribune, la culture ultra m’est assez étrangère et indifférente, avec tout le respect que j’ai pour eux.

Moi, ma première fois, c’était en vacances, c’était un Bordeaux-Lille, 0-0, en décembre 1988. Je m’en souviens bien, il y avait Dropsy, Roche, un des deux frères Vujović, Jean-Marc Ferreri, Didier Sénac… Lizarazu était entré en jeu, comme ailier, mais ça je m’en suis souvenu après coup. Le petit Liza, on ne l’avait pas suivi comme on peut suivre un jeune maintenant.

– Quels sont les moments les plus marquants que vous avez vécus en tant que supporter bordelais avant la chute du club en L2 ?

– Le plus marquant, c’est la saison 98-99. Je me souviens exactement où j’étais quand j’ai entendu le but de Feindouno à la radio. J’étais sur mon lit, je ne suis pas très croyant mais j’étais en train d’invoquer un peu tout ce que je pouvais. Ce qui est marrant c’est que ce soir-là j’étais puni, je n’avais pas le droit de regarder le multiplexe, j’avais dû répondre à ma mère ou un truc comme ça. J’avais négocié le droit d’écouter à la radio ! Dans cette même saison, j’étais allé voir le multiplexe quand Bordeaux bat Lens 4 à 2 à Lens, avec un but exceptionnel de Wiltord. En même temps, Paris battait Marseille, c’est le moment où les courbes se croisent. Il y a trois moments que je retiens, parce qu’il y a aussi le 4-1 qu’on met contre Marseille, c’était un vendredi, je rentrais de l’entraînement, j’avais simulé une blessure pour pouvoir partir plus tôt et voir le match.

Lors du dernier titre, en 2008/2009, j’habitais à New York, où j’ai passé 4 ans. J’étais en coloc avec mon meilleur ami, un Marseillais. On est allés voir les matchs ensemble pendant toute la saison dans un bar qui s’appelait le Nevada Smith’s, qui a fermé depuis. C’était un bar à Union Square, qui était le QG d’une association de supporters du PSG et d’une de l’OM. J’étais le seul supporter de Bordeaux. C’était un bar génial, immense, qui diffusait les matchs anglais, les matchs italiens…tu avais des gens de toutes les nationalités qui regardaient les rencontres, c’est une époque un peu bénie, avec un dénouement extraordinaire pour Bordeaux avec la victoire à Caen et ce but de Gouffran. C’est l’une des périodes les plus heureuses de ma vie, qui s’est chevauchée avec une période où tout allait bien sportivement pour les Girondins.

Mon 3e grand souvenir, c’est la Coupe de France 2013, où on est en plan de rigueur complet, et on bat Évian-Thonon-Gaillard en finale. L’après-midi, on avait gagné la Coupe Gambardella avec la génération Gaëtan Laborde en battant Sedan. C’est le dernier souvenir un peu sympathique.

– Quelles différences voyez-vous entre le foot français de l’époque des deux derniers titres des Girondins et celui d’aujourd’hui ?

– Bien sûr, maintenant il y a des équipes du PSG version qatari beaucoup plus fortes intrinsèquement, mais les équipes bordelaises des deux derniers titres sont des équipes dont on se souvient. Le 4-2-4 ou 4-2-2-2 d’Élie Baup avec les deux meneurs excentrés, Laslandes – Wiltord et Micoud – Benarbia, je pense que ça a marqué. Et en 2008/2009, je pense que la relation technique Gourcuff-Chamakh a aussi marqué la Ligue 1. On a gagné avec des équipes esthétiques et plaisantes, et avec une certaine idée de la classe, du jeu, qui manque aujourd’hui aux Girondins.

Même dans les petites équipes de D1, il y avait des créateurs, des équipes hyper joueuses, c’était beaucoup plus homogène. À Lens j’ai vu jouer Dalmat, j’adorais Fred Meyrieu, sa patte… Smicer aussi ! J’étais fan de Daniel Moreira, de sa spontanéité. Même dans les plus petits clubs, il y avait du Thierry Moreau, des Stéphane Dedebant, du Mostovoï. Toutes les équipes avaient un créateur, c’est ce qui manque, c’est une question de moyen.

– Sans vous demander si vous avez des dons de voyance, aviez-vous anticipé la chute du club ?

– Je suis banquier d’affaires et ça fait pas mal de temps que je m’intéresse à tout ce qui est financiarisation du foot. King Street, Fortress et tous les fonds d’investissement qui investissent dans le foot sont mes clients, je fais du financement immobilier mais je connais leurs équipes immobilières. Ça fait 15 ans que je bosse avec des fonds d’investissement au quotidien donc je connais leur fonctionnement, je sais comment ils réfléchissent, et cette financiarisation du foot, cette acquisition à effet de levier des Girondins, était vouée à l’échec. C’était évident, donc je ne vais pas dire que je suis devin, mais en tant que financier, bien évidemment que je l’ai vue arriver et ça aurait été une faute de ma part en tant que financier de ne pas la voir arriver.

D’ailleurs, je suis rentré chez RMC parce que je faisais des émissions sur WebGirondins, dont une d’une heure et demie, où j’expliquais par le menu pourquoi la reprise par les Américains était intenable, mais aussi quel était le plan de Gérard Lopez et pourquoi il était complètement scabreux, puisque pas un partenaire n’allait lui faire confiance pour assumer une partie de ses erreurs de gestion. Depuis, j’interviens régulièrement dans l’After à ce sujet, j’ai écrit pour RMC, pour la revue de l’After…

– Pouvez-vous revenir sur les différentes étapes ayant entraîné le club là où il se trouve aujourd’hui ?

– Le déclin part de l’après titre, qui est très mal géré. Le club était géré un peu « à la papa », à l’ancienne, par Jean-Louis Triaud qui mettait à mon sens beaucoup trop peu d’affect et par Nicolas de Tavernost qui bouchait les trous. On a eu des prolongations de contrat un peu délirantes accordées à Chalmé, à Planus, à Fernando, des joueurs qui n’avaient pas forcément une grosse valeur marchande et pour qui ça allait être un dernier bon contrat. On a distribué les prolongations contractuelles un peu comme on distribue des médailles du travail ou des légions d’honneur, pour services rendus, alors qu’une prolongation, c’est pour l’avenir, ce n’est pas pour le passé. Une prolongation est un pari sur l’avenir, pas une récompense.

C’était impossible de remplacer Gourcuff et Chamakh mais on les a très très mal remplacés, on a beaucoup perdu en qualité. Fahid Ben Khalfallah est un copain, on se connaît depuis des années, mais on l’a présenté comme le successeur de Gourcuff… L’argent de la vente de Yoann a été très mal réinjecté, il n’y a plus eu de Ligue des Champions donc les revenus qui y étaient attachés ont disparu et il y a eu une énorme période de rigueur. On n’investit quasiment pas pendant tout le cycle Francis Gillot, ou très peu. On prend une ribambelle de joueurs en fin de contrat, Landry N’Guemo, Nicolas Maurice-Belay, ou des joueurs à très faible indemnité comme Anthony Modeste, Ben Khalfallah, donc forcément il y a un déclin sportif.

Quand Jean-Louis Triaud a pris un peu de recul, Stéphane Martin est arrivé et a essayé de moderniser le recrutement. Je le connais très bien, c’est un ancien banquier, avec une vision un peu plus moderne… À ce moment-là, M6 remet aussi un coup de collier pour préparer la vente du club, on investit beaucoup à nouveau, c’est l’épisode des Jonathan Cafu, Malcom, Arambarri, Pablo, Bernardoni, Braithwaite, Toulalan… On a eu des joueurs corrects et on participe une dernière fois à la Ligue Europa en 2018/2019. Il y a eu un dernier souffle financier injecté, et après il y a la vente aux Américains…

La vente s’est faite en deux temps, la première vente se fait avec le fonds d’investissement GACP, de Joe DaGrosa, propriétaire de Burger King aux États-Unis, qui vient avec deux autres fonds d’investissement, King Street et Fortress. King Street est actionnaire tandis que Fortress émet de la dette, qui finance l’acquisition.

C’est un drame complet, Joe DaGrosa s’entoure d’Hugo Varela et d’Eduardo Macià, ils se servent du club de façon éhontée, la masse salariale explose…C’est l’époque des Paulo Sousa, Laurent Koscielny, Rémi Oudin…. Les commissions sur les transferts explosent, le club est siphonné financièrement et King Street, devant cette catastrophe, va mettre le holà. Ils vont sortir GACP et essayer d’amortir la chute et de redresser la barre bon an mal an, sauf que le Covid arrive et là, King Street rend les clés, ils disent « débrouillez-vous, on ne veut plus subvenir aux besoins du club ».

Donc là, ouverture d’une procédure de conciliation, tribunal de commerce, potentiel redressement judiciaire, et qui arrive ? Gérard Lopez. Lui a vu un coup exceptionnel, il a convaincu les prêteurs existants, King Street et Fortress, de financer le train de vie et une grande partie de l’acquisition du club, tout en n’injectant que 10 millions d’euros au moment de la reprise du club. C’est à dire que s’il avait réussi son pari de maintenir le club en Ligue 1, il s’était offert un club pour 10 millions d’euros de fonds propres. Une aubaine !

Lui dit que c’est le sauveur, mais c’est un coup financier incroyable ! Il a mis quasiment 80 % de dettes, il savait qu’il allait potentiellement y avoir des rentrées d’argent avec les ventes de Laborde, de Koundé, de Tchouaménie, il savait qu’il y avait un centre de formation avec de la qualité, qui a d’ailleurs généré quasiment 100 millions durant la présidence Lopez. Le plus gros actionneur de Bordeaux, c’est le centre de formation !

Quand on descend en Ligue 2 en 2022, nos prêteurs acceptent d’effacer 75 % de la dette, mais au lieu de restructurer, Lopez refait un « all in », on dépense 15 millions d’euros, on a des joueurs à 80 000 euros par mois…c’est délirant ! La première saison en Ligue 2, on loupe la remontée avec l’épisode Rodez, mais la 2e saison, on va chercher Livolant, Weissbeck, Pedro Diaz, on envoie tout ce qu’on peut mais on finit 12e, on ne monte pas.

Gérard Lopez avait dit qu’il avait un plan B même si on ne montait pas, le fait est qu’il ne voulait pas subvenir au train de vie du club en Ligue 2, donc là, redressement judiciaire, plan de continuation…on a toujours 26 millions de dettes aujourd’hui, dette qui était de 100 millions, et là on est en National 2, toujours avec Gérard Lopez, qui a réduit de force le train de vie du club et qui peut maintenant subvenir aux besoins qui sont de 5 à 6 millions par an.

– Avez-vous vécu la déchéance du club comme un supporter déçu ou « blasé » ?

– Il y a différentes étapes. La première, c’est la colère. Sur WebGirondins, le site où j’interviens encore régulièrement, on n’a pas été des « lanceurs d’alerte » mais on a quand même averti depuis le début. On disait « attention, ce n’est pas viable », etc. Au début, donc, tu es en colère parce que personne ne t’écoute. Quand tu essayes d’alerter, on te qualifie de mauvais supporter. J’ai dû faire une soixantaine d’émissions sur RMC et jamais je ne me suis pris de critiques aussi vives et appuyées que par ma propre communauté des Girondins de Bordeaux. Pourquoi ? Parce qu’on disait la vérité. Quand on essayait d’alerter, on était « anti Lopez », « anti club », c’est que tu voulais le mal du club, et quand ce qu’on avait annoncé arrivait, on me disait « mais en fait tu es content du malheur du club parce que tu as eu raison ! ». C’est très dur d’entendre ça ! J’ai pris beaucoup de mon temps pour faire des recherches, pour faire des émissions, pour tout expliquer, alors que j’ai deux enfants en bas âge, et après on vient me dire ça…que je voulais me mettre en avant, que je ne veux pas le bien du club…

Je suis incapable d’arrêter de supporter mon club et d’aimer les Girondins, mais tant qu’il y aura cette direction, cet actionnaire-là, il y aura toujours quelque chose qui manque, j’aurai toujours du mal à être complètement fier du club, même si le nouveau directeur général, Arnaud Saint-André, est quelqu’un de très compétent. Mais tant que l’histoire Gérard Lopez ne se refermera pas complètement, je ne les aimerai pas aussi intensément qu’avant. Je ne suis pas fier que ce soit lui qui détienne le club. Si on survit, c’est grâce à l’argent qu’il met tous les ans, mais il a menti aux supporters, il a essayé de piétiner ceux qui le contestaient, il a agi par ego, il n’a pas respecté les valeurs et l’histoire du club, et pour moi c’est inexcusable. Ce n’est pas le Bordeaux avec lequel j’ai grandi, et même s’il nous ramène en Ligue 1, je ne pourrai pas oublier tout ça.


« Quand tu essayes d’alerter, on te qualifie de mauvais supporter. J’ai dû faire une soixantaine d’émissions sur RMC et jamais je ne me suis pris de critiques aussi vives et appuyées que par ma propre communauté des Girondins de Bordeaux.
»

– Suivez-vous toujours les matchs des Girondins ? (entretien réalisé avant le limogeage de Bruno Irles)

– Je suis tous les matchs. La saison est excellente. On a une moyenne de points délirante par rapport à la saison dernière, une moyenne supérieure par rapport aux équipes qui montent habituellement. Notre seul problème c’est que la Roche-sur-Yon fait encore mieux ! On peut faire le parallèle avec Lens en Ligue 1, on pouvait attendre une équipe compétitive, mais pas une équipe aussi compétitive !

Il y a eu des tâtonnements tactiques au début de la saison, je pense que Bruno Irles voulait commencer avec une défense à 3, mais il a vite vu que ça ne fonctionnait pas puisqu’on ne prend qu’un point sur les trois premiers matchs, donc il a rebasculé sur une défense à quatre. Je peste sur énormément de choses, je m’ennuie quand je regarde les rencontres, parce que ce ne sont pas des rencontres de qualité, mais le fait est qu’on est en National 2, c’est encore le monde amateur, il faut avoir un peu de mansuétude par rapport à ça, ne pas avoir les mêmes attentes qu’auparavant.

– Quels joueurs sortent du lot à vos yeux ?

– Le premier, c’est Jan Hoekstra, notre gardien. Ça faisait longtemps que le poste de gardien était un poste un peu pauvre à Bordeaux, il y a eu énormément de tâtonnement, on n’a jamais eu le meilleur Ben Costil, après on a eu Gaëtan Poussin qui n’a pas été ultra performant et qui s’est raté dans les gros matchs, puis Rafał Strączek, un Polonais ramené par Admar Lopes, qui a été remplacé par Karl-Johan Johnsson, qui est maintenant doublure à Strasbourg, qui lui était excellent mais est parti. L’an passé on avait Lassana Diabaté, l’ancien Valenciennois, qui honnêtement est assez limité, en taille, en envergure, pas décisif… Là, on a un gardien qui a eu un match très compliqué mais qui nous a quand même fait gagner des points, qui est à l’aise aux pieds, qui fait deux mètres.

La 2e satisfaction c’est Ruben Droehnlé. On a pas mal de ch’tis ! Il a été formé au LOSC, il a joué en Belgique pendant longtemps. Lui, c’est un défenseur central d’une fiabilité remarquable, qui a un super pied gauche à la relance, qui abuse peut-être parfois du jeu long, mais, encore une fois, c’est la N2.

Il y a un joueur que j’adore, qui s’appelle Matthieu Villette, qui est un attaquant « profil Agüero », avec d’énormes guillemets, qui fait jouer les autres, qui est bon dos au but, qui a un sens du but très développé, un peu ramassé sur ses appuis.

Ce sont les trois joueurs que j’ai envie de mettre en avant.

– La venue de Bordeaux est un événement pour les clubs n’étant pas habitués à recevoir des cadors du foot français, est-ce une certaine fierté ? Est-ce que cela représente un obstacle supplémentaire de jouer chaque week-end face à des clubs qui veulent « faire tomber un gros » ?

– Il y a un certain courant de pensée dans la communauté bordelaise qui dit que « c’est plus difficile pour Bordeaux, les clubs jouent un match de coupe contre nous tous les week-ends, c’est plus facile pour la Roche-sur-Yon, les adversaires lèvent le pied quand c’est La Roche-sur-Yon ! »… Alors oui, il y a peut-être un surcroît de motivation quand c’est Bordeaux parce qu’ils veulent se faire voir, parce que tous les matchs sont retransmis sur TV7 donc il y a une exposition, et donc un regain de motivation… Est-ce que cela fausse le championnat ? Non. On ne peut pas se prévaloir d’être un club mythique, de ne rien avoir à faire en National 2, d’être une opportunité pour les clubs d’accueillir plus de public et de faire une bonne recette, et ensuite se plaindre du surcroît de motivation. C’est le revers de la médaille d’être un grand club et d’être à ce niveau. Je pense qu’à l’échelle d’un championnat, ça ne joue pas énormément.


« On ne peut pas se prévaloir d’être un club mythique, de ne rien avoir à faire en National 2, d’être une opportunité pour les clubs d’accueillir plus de public et de faire une bonne recette, et ensuite se plaindre du surcroît de motivation. »

– Que pouvez-vous dire du passage d’Andy Carroll la saison passée, qui était un phénomène pour la N2 ?

– C’était un clin d’oeil sympathique de l’avoir, il s’est bien intégré avec les supporters, il allait voir les différentes associations… sur le plan comptable il a fait le boulot, après, est-ce qu’on n’était pas trop « Andy dépendant » ? À la fin, notre jeu était une caricature, on ne faisait que balancer sur Andy Carroll, qui avait d’ailleurs eu des soucis physiques et n’était plus capable de mener complètement la ligne d’attaque. Il avait une adresse remarquable, une grande justesse dans les remises, il était exceptionnel de la tête, mais ça aurait dû être le bout de la chaîne et pas le premier rouage que tu recherches pour faire évoluer ton jeu offensif. On lui en a trop demandé !

Je pense qu’il est parti parce qu’il avait des contraintes familiales, après, il y a aussi une affaire, il va être jugé dans une affaire domestique par la justice anglaise, je ne sais pas s’il y a une relation de cause à effet.

– Les supporters bordelais semblent très fidèles malgré les épreuves, mais on sait aussi qu’il y a des troubles actuellement entre deux groupes ultras, quel regard portez-vous sur le 12e homme bordelais ?

– Je suis étranger au monde des tribunes bordelais. L’ultra en général, j’ai énormément de respect pour sa fidélité, son dévouement, sa passion, les animations…moi, je suis admiratif des gens qui prennent leur week-end pour aller supporter leur club, je serais incapable de dire à ma femme et mes enfants que je dois aller supporter les Girondins, impossible. Mais là où ça atteint sa limite, c’est dans cette espèce de sectarisme, de grégarisme, de virilité exacerbée.

L’origine de la scission entre la North Gate – qui sont d’anciens Ultramarines – et les Ultramarines, je ne la connais pas. Certains disent que c’est à cause du pass sanitaire, d’autres que les UB étaient trop complaisants avec Gérard Lopez… C’est vrai que la North Gate a été beaucoup plus dans la confrontation avec Gérard Lopez, là où les Ultramarines étaient plus dans les manoeuvres d’arrière-plan, ils contestaient, mais en privé, de façon plus discrète. Le contre-pouvoir visible, c’étaient la North Gate.

Après, il y a eu des excès de violence. Vraiment, je ne peux pas dire qui a commencé, je n’ai aucune idée de l’origine du conflit, mais à la fin des fins, c’est quelque chose qui est dommageable. Il y a des interdictions de déplacement, il y a des vies en danger. Je sais qu’il y a eu des attaques physiques au domicile, devant les enfants, au travail, peut-être de part et d’autre d’ailleurs, je ne distribue pas les points. On arrive à des extrémités !

Le foot est ultra important, c’est toute ma vie, mais pour un club que les deux groupes soutiennent, je n’arrive pas à concevoir ces événements. Même en cas de sanction, même si les deux groupes sont dissous, c’est illusoire de croire que ça va régler le problème, car le problème se réglera à l’abri des regards.

C’est un message que je veux faire passer, vous pouvez dissoudre la North Gate, vous pouvez dissoudre les Ultramarines, mais ce serait mettre un voile sur les vrais problèmes, et au contraire, la dissolution, ce serait faire passer les incidents dans la clandestinité. Je suis un peu interdit et sceptique quant à la manière de résoudre ce conflit, c’est hyper regrettable.

J’entends ceux qui me disent qu’historiquement ce sont les Ultramarines… C’est un peu une querelle de cours d’école. Il y a un pacte qui avait été signé, visiblement il a été violé, c’est un sujet très compliqué et qui fait beaucoup de mal au club.

– Comment peut-on imaginer la suite, à court terme ? Les tensions peuvent-elles avoir un impact ?

– Ça peut être une excuse.

S’il y avait un fou qui s’intéressait au club, qui voulait dédommager Gérard Lopez pour s’octroyer le droit de faire vivre le club à fonds perdus, quand il voit ça, il se dit « mais c’est impossible ! » . On a 26 millions de dettes, il y a aussi une dette qui a été repoussée au bout du plan de continuation qui est grosso modo une indemnité à verser à Gérard Lopez, il y a 4 divisions à remonter avant de retrouver un niveau acceptable de visibilité, et en plus tu as tes supporters qui se battent à mort ? Aux deux groupes, je veux leur dire ceci : vous voulez tous que Gérard Lopez se barre, vous pensez vraiment que le meilleur moyen qu’il le fasse, c’est de se taper sur la gueule ? Mais vous rêvez les gars ! Pourquoi y a-t-il eu le plan Leproux au PSG ? C’est pour préparer l’arrivée du Qatar, avec QSI qui disait, « on veut bien racheter le club, mais vous réglez le problème des deux bandes de zozos qui se tapent dessus, sinon je ne viens pas ».

Propos recueillis par Alexandre Taillez

Merci à David Gluzman pour sa disponibilité !

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