[Reportage] En route vers la C1 et le Stade de France, l’incroyable semaine du RC Lens

Historique ! Dans son antre légendaire de Bollaert, le Racing Club de Lens a vécu deux matchs exceptionnels en 5 jours face au Toulouse Football Club, faisant un pas supplémentaire vers la Ligue des Champions et se qualifiant pour sa première finale de Coupe de France depuis 1998. CinéSport était sur place.

Deux matchs, le même adversaire, des enjeux très importants… Voilà ce qui attendait le RC Lens en cette deuxième moitié du mois d’avril 2026. Après une lourde défaite à l’occasion du derby du Nord le 4 avril, c’était bel et bien l’heure de vérité pour Pierre Sage et ses joueurs.

Obtenir une place pour Bollaert est un parcours du combattant, l’enceinte artésienne affichant complet depuis plus de 4 ans maintenant. 84 guichets fermés, quelques places disponibles ici et là, notamment via la plateforme de revente officielle mise en place par le club, autant dire qu’il faut avoir de la chance pour trouver un précieux sésame lorsqu’on n’est pas abonné. L’autre solution ? Compter sur la générosité et le sens du partage lensois, qui ne sont pas des mythes. Voilà comment nous avons trouvé le Graal, non pas pour une mais bien pour les deux rencontres de la semaine.

Une invitation par un fidèle abonné, d’abord, en tribune Delacourt, pour la rencontre de championnat, puis un ticket au coeur du Kop pour le match de Coupe de France, ticket acheté à prix coûtant, soit 15 euros, quand d’autres auraient fait grimper les enchères.

Le calme avant la tempête
L’Allée Marc-Vivien Foé, inaugurée le 28 février 2004.
22 ans après la disparition du lion, le peuple Sang et Or n’oublie pas
À Lens, l’histoire est importante.
On n’oublie pas Marc-Vivien Foé, et on n’oublie pas les glorieux héros de 1998.
La friterie, arrêt obligatoire !

Relancer la machine

Un match à Bollaert est une expérience complète, une expérience humaine qui dépasse largement le cadre du sport. L’on arrive tôt et l’on déambule en ville, dans les cafés ou à la boutique du RC Lens, avec un arrêt dans une friterie pour ceux qui ne craignent pas de manger gras. On se rencontre, on se retrouve, on trinque et on échange. Les discussions sont évidement souvent liées à l’actu du Racing. Le derby manqué, le tragique décès d’un amoureux du club avant ce match-là, les ambitions pour la fin de saison…

Pierre Sage en direct sur Ligue 1+ aux côtés de l’ancien joueur du PSG Guillaume Hoarau
Florian Thauvin, déjà élu 3 fois joueur du mois lors de cette saison 2025/2026
Yves, dit Kiné, est tragiquement décédé alors qu’il se rendait au derby Lille-Lens au début du mois d’avril

C’est une bonne question : quelles sont donc les ambitions du Racing Club de Lens ? Les résultats sont bons mais quelque peu irréguliers depuis la reprise en janvier, et plus encore depuis la blessure du défenseur central Samson Baidoo. Le rêve d’un titre de champion semble s’être envolé pour de bon et la concurrence se rapproche au classement. Et si tout s’écroulait, comme en 2007 ? À l’époque, l’équipe entraînée par Francis Gillot était passée de la 2e à la 5e place de Ligue 1 sur les 2 derniers mois de la compétition, et ce malgré une très confortable avance au début du mois de mars.

Guillaume Warmuz au coup d’envoi, Cristian Cásseres à la climatisation

Avant d’entrer dans le vif du sujet, notons que le coup d’envoi fictif de la rencontre est donné par Guillaume Warmuz, légende du club et ami de CinéSport ! Fêtant son 120e anniversaire cette saison, le RC Lens invite l’un de ses glorieux anciens à chaque match à Bollaert, et « Gus », qui a marqué le club de son empreinte, était un invité incontournable.

Toulouse n’est pas venu pour dissiper les (petits) doutes lensois. En ce vendredi soir ensoleillé, le milieu de terrain vénézuélien Cristian Cásseres Jr. décide même de climatiser Bollaert. Après 6 minutes de jeu seulement, il récupère un ballon au milieu du terrain suite à une passe en retrait imprécise de Florian Sotoca, n’est pas attaqué par ses vis-à-vis et décoche donc tranquillement des 30 mètres une frappe puissante vers le but de Robin Risser. Le gardien lensois paraît être sur la trajectoire et va donc facilement repousser le ballon des poings. C’est du moins ce que l’on imagine, mais la balle est flottante et surprend Risser, 1-0 pour les visiteurs. Apathique, le Racing concède un corner 7 minutes plus tard, corner mal dégagé par la défense et qui ricoche sur la tête de deux Toulousains avant de terminer sa course au fond des filets. 2-0 pour le TéFéCé, c’est la stupéfaction à Bollaert, et certains commencent à pester en tribune.

Le mental, atout de la cuvée 2025/2026 du RC Lens

Les événements tournent malgré tout souvent en faveur des Sang et Or cette saison, comme si l’univers voulait que ces couleurs brillent et illuminent le football français. Ou, plus prosaïquement, comme si l’effectif bâti par Jean-Louis Leca avait les ressources physiques et mentales pour faire face à toutes les situations.

L’expulsion du Toulousain Yann Gboho, à la 17e minute, arrive certes à point nommé pour relancer la partie, mais l’on a vu plus d’une fois une équipe en supériorité numérique ne pas savoir en profiter. Du côté de Lens, on ne compte pas rentrer dans cette catégorie. Dès cet instant, le camp toulousain est pris d’assaut même si les offensives lensoises demeurent brouillonnes. Florian Sotoca croit réduire l’écart d’un coup de tête à la demi-heure de jeu mais une faute est signalée pour une poussette de l’attaquant lensois. Litigieux, mais c’est ainsi et Toulouse mène toujours de 2 buts.

Après la pause, Lens revient avec la même envie et le TéFéCé est complètement recroquevillé dans sa surface de réparation. Est-ce un match de foot ou de handball ? Toujours est-il qu’Allan Saint-Maximin, entré en jeu quelques minutes plus tôt, effectue un superbe centre repris victorieusement de la tête par Saud Abdulhamid à la 61e minute. 2-1, Bollaert y croit de nouveau et va assumer sa réputation jusqu’à la fin du match, avec quatre tribunes exaltées.

Cinq minutes après son but, Saud Abdulhamid tente à nouveau sa chance, le gardien toulousain Guillaume Restes, qui avait livré une performance de haut niveau jusqu’à présent, repousse le ballon dans les pieds d’Adrien Thomasson qui n’en demandait pas tant pour égaliser. 2-2, Bollaert hurle de bonheur mais n’est pas rassasié, tout comme son équipe.

La jeunesse au pouvoir

Le temps passe et le 3e but n’arrive pas, le temps additionnel indiqué paraît bien court (4 minutes), mais c’est suffisant pour un dernier corner, tiré par Andrija Bulatović, 19 ans, et repris par Ismaëlo Ganiou, 21 ans. Le défenseur central était présent dans la surface et a sauté plus haut que tout le monde, sa tête puissante et précise ne laisse aucune chance à Guillaume Restes. 3-2, Bollaert exulte et tous les remplaçants lensois rejoignent leurs coéquipiers aux abords du Kop, où le jeune Ganiou a décidé de prendre un bain de foule.

Toulouse n’a pas la force d’effectuer de pressing sur les 2 dernières minutes, le score n’évolue plus et l’arbitre siffle la fin du match, le RC Lens a renversé une situation très mal embarquée et reprend sa marche en avant. La qualification directe en Ligue des Champions est proche, très proche.

Preuve de leur détermination, les Sang et Or ont tiré 41 fois au but, un record depuis que l’entreprise Opta relève les statistiques de la Ligue 1, en 2006-2007.

Chez Muriel & Cie

Cette victoire a relancé la machine, c’est du moins ce qui se dit mardi après-midi dans les cafés de Lens, à quelques heures de la seconde confrontation contre Toulouse.

Soulignons d’abord que les rues de la ville ont une coloration violette inhabituelle, un millier de fans toulousains ayant fait le déplacement pour la demi-finale de la Coupe de France, contre quelques dizaines quelques jours plus tôt. L’ambiance est bon enfant, on rigole et on fraternise, notamment Chez Muriel, mythique bar lensois. Vous venez seul ? En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous êtes accueilli, servi, intégré à la bande et parti pour des heures festives et arrosées. Nous y rencontrons notamment Fred, chauffeur routier qui a posé deux jours de congé pour pouvoir assister à ce match si important, ou Vince, expatrié à Guingamp, mais toujours fou amoureux du Racing.

La ville est en effervescence, les commerçants affichent les couleurs Sang et Or et la boutique Émotion Foot est prise d’assaut. L’écharpe collector éditée pour le match du jour est épuisée dès 16h00 !

Les associations de supporters lensois ont invité le peuple de Bollaert à garnir les tribunes dès 20h00, alors que le coup d’envoi sera donné à 21h10. Des tifos d’envergure sont prévus, tout doit être prêt pour l’entrée des joueurs, mais un soutien maximum doit aussi être exprimé dès l’échauffement. C’est une soirée particulière à Bollaert.

Le Louvre-Lens et Bollaert, voilà les deux premières suggestions faites aux visiteurs qui arrivent en ville depuis la gare
L’affiche du Festival CineComédies rend hommage au RC Lens avec un ton très CinéSport !
L’écharpe collector Lens-Toulouse est épuisée…
…mais le livre de Guillaume Warmuz est toujours disponible !
Commerces…
…graffitis…
…toute la ville est Sang et Or !
Chez Muriel, l’on passe un moment chaleureux tout en suivant de près l’actualité du RC Lens
Après un match difficile en championnat, Robin Risser n’a pas perdu la confiance de ses partenaires
Tour d’honneur des joueurs lensois vainqueurs de la Coupe Gambardella en 1992
Dominique Arribagé et Daniel Moreira avec un maillot partagé aux couleurs de Lens et de Toulouse pour l’opération fair play du soir
Comme le dit la chanson qui lui est dédiée, Sikora est toujours là quand le Racing part au combat !

Lens-Toulouse, 2e round

Un magnifique tifo aux couleurs du drapeau de l’Artois est mis en place, avec une Coupe de France géante hissée sur le toit de la tribune Xercès et un message sans équivoque : « Le peuple lensois uni pour ramener ce trophée mythique dans l’Artois ! ». Dans le reste du stade se lèvent des écharpes en plastique et d’autres banderoles du même ton, bien accompagnées par le joli spectacle pyrotechnique proposé par les supporters toulousains dans leur parcage. Ces derniers ne manquent pas d’humour. « Au pire, on gagne ! » peut-on lire sur la banderole qu’ils déploient.

Mais l’espoir sera de courte durée pour les Toulousains, même si leurs joueurs se procurent une situation après une quinzaine de secondes de jeu ! Dès la 5e minute, la VAR signale à Monsieur Willy Delajod que le tacle de Demba Diop sur Florian Thauvin mérite d’être revu. Effectivement, il y avait faute et Bollaert peut exploser de joie une première fois en entendant la décision de l’arbitre, qui désigne le point de penalty. C’est Florian Thauvin qui se fait justice lui-même et ouvre le score.

Lens est dominateur, Lens continue d’attaquer, et Lens double la mise dès la 18e minute grâce à Allan Saint-Maximin, dont la frappe aux 20 mètres surprend totalement le gardien toulousain. Lens va t-il mettre une fessé au TéFéCé ? Non, Lens va à nouveau, comme vendredi dernier, faire un cadeau à son adversaire. Samson Baidoo, titulaire pour la première fois depuis le 7 février, en mal de repères, s’emmêle les pinceaux et déstabilise ses coéquipiers de la défense, eux-mêmes imprécis et qui offrent malgré eux un caviar à Santiago Hidalgo, l’attaquant toulousain, qui réduit la marque.

Mais Lens ne doute pas en ce 21 avril et Lens reprend sa marche en avant. Habituellement passeur décisif, Matthieu Udol prend le rôle de buteur à la 34e minute sur un centre à ras de terre de Saud Abdulhamid, de plus en plus décisif. 3-1 à la mi-temps et l’on a dans les tribunes le sentiment que la messe est dite, tant le RCL paraît puissant, tant Toulouse paraît dépassé.

Le bouquet final

La 2e période confirme cette impression, Robin Risser n’est pas mis en danger et, finalement, Adrien Thomasson inscrit un 4e but pour son équipe à la 74e minute (quoi de plus normal, pour un Savoyard ?). Suite à un coup franc frappé par Florian Thauvin, le gardien toulousain Kjetil Haug, qui joue en lieu et place de Guillaume Restes, ne parvient pas à capter le ballon, qui se retrouve dans les pieds de Saud Abdulhamid, encore lui. L’international saoudien peut centrer pour Thomasson qui n’a plus qu’à pousser le ballon dans le but vide. La domination artésienne est totale et Bollaert peut déjà commencer à célébrer la qualification des siens en finale de la Coupe de France.

4-1, c’est le score final, et le coup de sifflet de l’arbitre mettant un terme à la rencontre est aussi le coup d’envoi d’un magnifique envahissement de terrain. La pelouse est noire de monde en quelques secondes, les joueurs sont célébrés, même s’ils rentrent vite aux vestiaires pour éviter d’éventuels incidents. Il n’y avait pourtant rien à craindre, la foule est festive, heureuse, elle chante « la Lensoise » et bien sûr l’hymne de la soirée : « on est en finale ! ».

Un petit moment de tension a lieu au moment de faire retourner les gens dans les tribunes, lorsque quelques stadiers utilisent la manière forte, de manière disproportionnée, même si certains supporters ont de leur côté eu du mal à comprendre qu’il était temps de laisser de nouveau la place aux joueurs afin que ces derniers puissent faire un tour d’honneur en toute sécurité, en compagnie de leur enfants.

Ce tour d’honneur a bien lieu, les joueurs ont le sourire jusqu’aux oreilles, à commencer par Florian Sotoca, le joueur qui symbolise le mieux la renaissance lensoise, présent en Ligue 2 en 2019, auteur du but qui a propulsé le club en Ligue 1 en 2020 (avec l’aide du Covid, certes !), élément clé de la fabuleuse saison 2022/2023, titulaire en Ligue des Champions en 2023/2024, toujours présent, qui connaîtra une finale au Stade de France en mai 2026 et devrait retrouver la Ligue des Champions une seconde fois dans quelques mois. Quelle aventure !

« Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? »

L’ambiance est très belle mais l’atmosphère n’est pas tout à fait du même acabit que lors des plus grandes heures de Bollaert. Mais, contre Bordeaux en Coupe de France en 2013, contre Dijon en barrages en 2019, ou contre Arsenal en Ligue des Champions en 2023, Lens n’était pas favori. Cette fois, en cette saison 2025/2026, Lens est attendu et répond (presque toujours) présent, comme ce fut encore le cas dans cette demi-finale.

Le sentiment est partagé par plusieurs supporters lensois s’exprimant sur les réseaux sociaux au lendemain du match. Sur X, l’un entre eux, surnommé R-20, fait une comparaison pertinente. « Cette victoire en 1/2 m’a beaucoup rappelé la finale du mondial 2018. Un moment que t’attends toute ta vie de supporter, qui paraît impossible à atteindre, et le moment venu tu balaies l’adversaire et le suspens et très rapidement, presque trop. […] Je n’ai pas exulté sur tous les buts tant on puait la maîtrise et la supériorité en tous points. C’était beaucoup trop évident qu’on allait en finale, aucune pression et tension à se tordre sur son siège ».

Toujours sur X, George Abitbollaert fait une analyse allant dans le même sens. « Avec un peu de recul sur hier, je n’ai pas senti l’atmosphère et la tension des grandes soirées du passé. Comme si la sérénité de l’équipe sur le terrain nous incitait à en faire moins en tribunes, malgré les efforts de la Marek. Jusqu’au 4-1 j’ai trouvé l’ambiance trop banale. […] Ce n’est pas l’ambiance elle-même, c’est plutôt l’atmosphère d’avant-match avec moins de tension. Mais c’est peut-être juste MON ressenti ». Un ressenti répandu au sein de la communauté lensoise, même si personne ne boude son plaisir et même si tous les privilégiés présents pour ce match historique ont passé une soirée mémorable.

RC Lens : un rendez-vous avec l’histoire

Le vendredi 22 mai 2026, le Racing Club de Lens devra faire tomber Nice, vainqueur surprise de Strasbourg mercredi soir sur le score de 2-0 (doublé de l’ancien lensois Elye Wahi), pour décrocher le 3e trophée majeur de son histoire après le titre de champion de France en 1998 et la Coupe de la Ligue en 1999 (ayons toutefois une pensée pour les regrettées Coupe Charles Drago et Coupe Intertoto, qui figurent aussi toutes deux au palmarès lensois).

Après 3 finales perdues, en 1948 contre Lille, en 1975 contre Saint-Étienne et en 1998 contre Paris, et pour son 120e anniversaire, le Racing Club de Lens a bien l’intention de s’offrir le plus beau des cadeaux.

Texte, photos et vidéos : Alexandre Taillez

Merci à Michel et Nelly sans qui rien n’aurait été possible

D’autres vidéos des deux rencontres sont disponibles sur notre chaîne YouTube CinéSport

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