À l’occasion des Journées Nationales du Livre et du Vin, organisées à Saumur les 11 et 12 avril, CinéSport a pu s’entretenir avec trois invités passionnants. Une légende du tennis français était là en la personne d’Henri Leconte, vainqueur de 9 tournois en simple et de 10 tournois en double durant sa carrière, dont Roland Garros en 1984 aux côtés de Yannick Noah. Celui qui fut aussi l’un des artisans majeurs de la victoire française lors de la Coupe Davis 1991 et finaliste de Roland Garros en 1988 présentait son livre, « Balles neuves », publié fin 2023 aux éditions Marabout.
-Qu’est-ce qui justifie votre présence à Saumur pour ces 30es Journées Nationales du Livre et du Vin ?
-Ce n’est pas le vin !
-Cela dit il y a un verre devant vous…
-Oui ! Mais c’est plutôt le fait de pouvoir partager, de retransmettre et de mettre sur papier tout ce qu’on a pu vivre dans une carrière de sportif de haut niveau.
-Que raconte « Balles neuves » ?
C’est surtout sur l’homme. Ce livre est un vrai livre, ce n’est pas un livre fait partiellement par des journalistes mais au contraire par ma compagne et moi-même. On a mis deux ans à pouvoir l’écrire, en parlant vraiment de ce que peut ressentir une personne qui a été 5e mondiale, vainqueur de la Coupe Davis, et comment elle a pu évoluer du début jusqu’à aujourd’hui. Il y a eu beaucoup d’évolutions. Ça me permet de me connaître moi-même.
-C’est à dire ?
-Quand vous allez lire ce livre, au départ vous allez vous dire « mais dans quelle direction il va, Henri ? ». C’est très spirituel au départ, j’ai fait un travail sur moi-même et j’ai réussi aussi à comprendre comment je fonctionnais. Au départ je voulais être aimé et tout faire pour être aimé, mais en fin de compte il faut vous comprendre vous-même, il y a un chemin. Et puis après il y a les rencontres, les bonnes rencontres, les mauvaises rencontres… Mais ça a tout le temps un côté positif. C’est ça qui est intéressant, lorsqu’on fait un livre, ou bien l’on raconte une histoire avec par exemple « les meilleurs moments de mes matchs de tennis », ou alors on parle vraiment de quelque chose de plus profond, et là on est allé dans quelque chose de profond. Avec des récits et des moments forts bien sûr, que ce soit à Roland Garros, la Coupe Davis, mais des moments personnels aussi… c’est ça qui est intéressant.
-Comment vit-on la défaite ? Est-ce l’un des aspects que vous évoquez dans votre livre ?
-C’est normal, on apprend plus d’une défaite que d’une victoire, et lorsque vous lisez la 4e de couverture de mon livre, quand je parle de « notre petite balle intérieure qui n’a pas fini de rebondir », eh bien c’est ça. Il faut pouvoir rebondir après les échecs, on apprend plus d’une défaite que d’une victoire. On est aussi beaucoup plus positif et encore plus fort lorsque l’on revient d’une blessure ou de moments difficiles, parce qu’on sait ce qu’on a vécu. C’est ça qui est important.
Il faut pouvoir rebondir après les échecs, on apprend plus d’une défaite que d’une victoire.
-Suivez-vous toujours le tennis aujourd’hui ou y a-t-il une certaine lassitude qui s’est installée ?
-Non non, je suis toujours, mais c’est un autre monde. Ça n’a plus rien à voir avec nous et notre génération !
-Quelles sont les différences principales à vos yeux ?
-La préparation physique, le mental… Nous on n’avait rien. Aujourd’hui, au moment de l’adaptation, ils sont préparés comme des Formule 1, donc voilà, c’est un autre niveau, c’est autre chose, le tennis est passé dans une autre dimension, où c’est fantastique mais où tout est devenu vraiment très mécanique.

-Nous sommes à Saumur, je crois que vous avez vos habitudes dans cette ville, qu’est-ce qui vous y plaît ?
-J’adore, c’est une ville qui a beaucoup beaucoup évolué, qui est vraiment plus tournée sur les gens, sur la culture. Et puis la Loire… moi je venais ici avec mon père étant gamin, j’étais tout petit et je montais sur le zodiac, avec la Loire qui évolue à chaque fois. En fin de compte, c’est une ville qui a évolué comme son lit, comme la Loire, parfois il y a de bonnes profondeurs, parfois on a pied.
-Ça a un peu débordé récemment…
-Voilà, donc il faut s’adapter ! Et surtout, je pense qu’aujourd’hui, la France et les Français ont compris qu’il n’y avait plus besoin d’aller au bout du monde pour se retrouver dans un endroit merveilleux comme ici. Il y a tellement d’endroits magiques, que ce soit autour du vin, autour de la gastronomie. Il y a des restaurants extraordinaires ! Et puis les gens… Ces journées sont un moment de partage, et c’est important même pour nous lorsqu’on est une personne connue de venir et de partager ces moments-là. C’est ça qui est beau, c’est de retrouver un peu d’humanité.
Propos recueillis par Alexandre Taillez
Merci à Henri Leconte pour sa disponibilité

