[Reportage] Finale de la Coupe de France : au cœur de la marée Sang et Or

Le Racing Club de Lens l’a fait ! Après 120 ans d’existence, le club du Pas-de-Calais a soulevé la première Coupe de France de son histoire le vendredi 22 mai au Stade de France grâce à sa victoire 3 buts à 1 contre l’OGC Nice. 50 à 60 000 supporters lensois étaient à Saint-Denis et beaucoup d’entre eux étaient à nouveau réunis samedi à 4 heures du matin pour accueillir leurs héros à Bollaert.

Ils ne pouvaient pas manquer ça. Pour la 4e finale de Coupe de France de l’histoire de leur club, les supporters du RC Lens comptaient bien vivre l’événement intensément. La journée du 22 mai était ainsi marquée du sceau Sang et Or à travers toute la région et bien sûr jusqu’à Saint-Denis, lieu du match tant attendu. Après avoir déjà pu assister à la demi-finale face à Toulouse, CinéSport était une fois de plus au coeur de la foule, de la fan zone de Saint-Denis jusqu’au Stade de France, puis dans un train spécialement affrété par la SNCF et enfin à Bollaert en pleine nuit pour un moment irréel.

Rendez-vous à la fan zone !

Si les supporters de football français sont parfois méprisés par les instances et les autorités – parfois en raison de troubles causés par certains d’entre eux, avouons-le -, tout avait été fait pour qu’ils vivent une belle journée vendredi à Saint-Denis. Niçois et Lensois disposaient en effet chacun d’une fan zone aménagée dans un square avec sanitaires et stands de restauration. La chaleur s’était invitée pour l’occasion mais l’environnement offrait de quoi s’abriter, le tout sous protection policière.

Ouverte de 9 heures du matin à 20 heures, la fan zone lensoise s’est remplie tout au long de la journée jusqu’au départ d’un grand cortège vers le Stade de France sous les coups de 18 heures.

Avant cela, chacun pouvait attendre le match à sa façon : petit somme sous les arbres, pot entre amis, discussions passionnées ou danses endiablées sur des musiques dignes d’une rave party, un DJ issu des rangs lensois proposant en effet de quoi faire la fête toute la journée à ceux qui le souhaitaient.

Le maître mot de l’endroit ? Convivialité !

Un quartier Sang et Or

À vrai dire, c’est tout le quartier du Stade de France qui ressemblait à une fan zone lensoise géante, tant ces derniers étaient nombreux. Dans les bars et les restaurants, sur les trottoirs, à la sortie de la gare RER, en chemin vers le stade et tout autour de l’enceinte dionysienne, les supporters Sang et Or étaient partout.

Pas de problèmes à signaler pour les quelques supporters niçois noyés dans la masse. L’un de ceux que l’on croise porte un t-shirt « Populaire Sud Nice », groupe ami des ultras du LOSC et rival de certaines associations lensoises. La réaction des Lensois qui le croisent ? De la bienveillance, tout en alertant le jeune homme du petit risque qu’il prend. Effectivement, on ne sait jamais par les temps qui courent !

L’ambiance de la finale a été entachée la veille au soir par une violente rixe survenue dans Paris entre supporters niçois et parisiens, laissant l’un de ces derniers dans un état grave. Le niveau de sécurité avait donc été revu à la hausse avant le match. Quelques tensions éclateront hélas ici ou là, mais pas devant nos yeux, et à petite échelle.

Les (joyeux) envahisseurs

Si environ 19 000 billets leur étaient réservés dans la tribune Sud du Stade de France, les supporters lensois ont passé les dernières semaines à remuer ciel et terre pour obtenir un précieux sésame pour cette finale, par tous les moyens possibles et sans se soucier de l’emplacement de leur siège. L’idée ? Envahir le stade et en faire un Bollaert bis ! Ce sont ainsi entre 50 et 60 000 Lensois qui étaient annoncés avant le match, chiffre que l’on ne pourra pas confirmer précisément mais qui, de notre point de vue, paraît tout à fait réaliste.

Outre le virage initialement prévu pour les groupes de supporters et les abonnés du club, c’est bel et bien tout le Stade de France – hormis le virage niçois – qui voit débarquer minute après minute des amoureux du RCL avec t-shirt rouge ou maillot Sang et Or sur le dos. La marée lensoise est impressionnante et magnifique.

Les Niçois ne sont « que » 15 000 mais font un boucan d’enfer, chaque supporter des aiglons suivant les chants et les gestuelles lancés par le capo de la Populaire Sud. À vrai dire, l’organisation est plus carrée que du côté lensois où règne un joyeux bazar ! Deux styles, et une ambiance formidable au Stade de France.

La fanfare de la Garde républicaine anime l’avant match avec des interprétations magistrales et particulièrement émouvantes des hymnes des deux clubs, « Nissa la Bella » et « Les Corons », mais aussi de « Emmenez-moi », de Charles Aznavour.

Les Red Tigers, principal groupe ultra lensois, ont préparé un tifo mêlant feuilles et drapeaux, le tout accompagné par quelques fumigènes et deux banderoles : « Le vent du Nord revient souffler sur la France », « Ce soir, entrez dans l’histoire du club ! ». Le premier message est un superbe clin d’oeil des supporters à une banderole sortie par leurs aînés 28 ans plus tôt lors de la finale de la Coupe de France perdue par le RCL face au PSG le 2 mai 1998.

Comme le veut la coutume, le Président de la République vient saluer les joueurs des deux équipes à leur arrivée sur le terrain. Si quelques sifflets accompagnent les premiers pas d’Emmanuel Macron sur la pelouse, les huées s’estompent vite, et pour cause, aucune image du chef de l’État n’est diffusée sur les écrans géants du stade. Heureux hasard !

« La Marseillaise », elle, est détournée en « Lensoise » par les supporters Sang et Or. On ne se refait pas !

Un match plus serré que prévu

Sur le terrain, le début de match est niçois, les Aiglons étant plus justes techniquement, ce qui semble surprendre leurs adversaires. De quoi emballer la tribune niçoise, particulièrement bruyante et enthousiaste en début de match. Mais c’est bien le peuple lensois qui explose de joie à la 25e minute quand Florian Thauvin récupère un centre de Matthieu Udol, se joue de la défense et trompe le gardien de l’OGCN d’une frappe du pied gauche à ras de terre ! Le champion du monde 2018 célèbre son but en se dirigeant de l’autre côté du terrain, face au virage lensois.

L’on sent les supporters du Racing libérés par ce premier but, les chants redoublent d’intensité et le deuxième but, signé Odsonne Édouard de la tête sur corner à la 42e minute, semble presque déjà décisif. L’ambiance baisse d’un ton côté niçois…pendant six minutes, le temps nécessaire au jeune Djibril Coulibaly pour réduire le score, lui aussi de la tête et sur corner.

L’assurance lensoise en a pris un coup quand l’espoir niçois est revitalisé, et c’est sur ce même schéma que débute la seconde période. Nice montre un tout autre visage qu’en championnat et pousse pour égaliser, mais quand Robin Risser et Ismaëlo Ganiou, tous deux excellents, ne stoppent pas leurs offensives, ce sont les montants qui s’en chargent. La barre transversale trouvée par Antoine Mendy à la 61e minute est un tournant. Un quart d’heure plus tard, Abdallah Sima inscrit le 3e but de son équipe, profitant d’un ballon mal dégagé et en le poussant du bout du pied depuis le point de penalty avant que le gardien n’intervienne. Le RCL se dirige vers la victoire, le Stade de France – ou le Stade de Lens ? – peut hurler de joie.

Les supporters des deux camps ne s’apprécient pas beaucoup et s’invectivent parfois, mais cette rivalité est mise de côté quand vient le moment de saluer la mémoire des victimes de l’attentat du 14 juillet 2016. Il y a bientôt 10 ans, Nice était le théâtre d’une odieuse attaque causant la mort de 86 personnes, et les supporters niçois ne l’oublient pas. Ils honorent en effet la mémoire des victimes à chaque match, à la 86e minute. En ce 22 mai, ils sont rejoints par 60 000 lensois, qui, comme eux, allument la lumière de leur téléphone et la lèvent au-dessus de leur tête, avec respect et solennité. L’émotion est palpable, les larmes coulent.

D’autres larmes ne vont pas tarder à être versées, des larmes de joie cette fois. L’arbitre de la rencontre, Monsieur Brisard, donne le coup de sifflet final après 5 minutes de temps additionnel, Nice n’a pas réussi à rattraper son retard et Lens valide donc un succès historique ! C’est l’euphorie sur la pelouse comme en tribunes, le peuple lensois peine à réaliser que son équipe a enfin décroché le trophée qui manquait tant à son palmarès.

La sono du Stade de France lance quelques chansons populaires reprises en choeur par les supporters Sang et Or, « Le Chasseur » de Michel Delpech ou « Les Lacs du Connemara » de Michel Sardou. La fête a commencé.

Le protocole suit son cours, les arbitres puis les Niçois reçoivent leur médaille, puis c’est au tour des vainqueurs. Si les « breloques » sont données depuis la tribune officielle, c’est sur un podium installé au centre du terrain que le trophée sera soulevé, mais avant cela, chaque joueur lensois est appelé individuellement et acclamé par le public. C’est peut-être le nom de Jonathan Gradit, blessé et absent depuis plusieurs mois, qui résonne le plus fort. Le peuple Sang et Or a de l’empathie et de la mémoire !

Puis vient le tour d’Adrien Thomasson. Le capitaine se dirige vers ses coéquipiers avec la coupe à la main, 60 000 coeurs battent au rythme de ses pas et chacun peut exulter pour de bon quand il soulève le trophée haut dans le ciel, entouré des nouveaux rois de l’Artois et sous une pluie de confettis.

« We Are the champions », « Freed from desire », « I Wil survive », les grands classiques s’enchaînent pendant le tour d’honneur, même si les joueurs décident eux d’improviser une « chenille ».

Métro de Paris, Ligne 62

L’on passerait bien toute la nuit au Stade de France mais il faut se décider à rentrer, notamment pour ceux qui ont rendez-vous à la gare du Nord avec l’un des trains affrétés par la SNCF.

Cela représente 5 000 Lensois, pour qui le parcours est moins simple qu’à l’aller puisque les stations de RER sont fermées, travaux obligent. Après quelques péripéties, tout le monde arrive à la gare, les wagons se remplissent vite et les départs s’enchaînent.

Le trajet dure un peu plus d’une heure et demie, un moment choisi par certains pour se reposer un peu quand d’autres n’ont qu’une envie : chanter encore et toujours, toute la nuit, pour célébrer un moment historique.

L’on apprend que les joueurs seront de passage à Bollaert entre 3 et 4 heures du matin…rendez-vous immanquable !

Jusqu’au bout du rêve

Les batteries sont rechargées – ou pas ! – quand les trains arrivent en gare de Lens, et un cortège improvisé prend la direction de Bollaert, à un peu plus d’un kilomètre de là. Les anciens ont le sentiment de revivre la folle nuit du 9 au 10 mai 1998 quand les plus jeunes découvrent la douce sensation procurée par l’obtention d’un trophée.

Alors que quelques feux d’artifices explosent dans le ciel lensois, il y a foule aux portes des tribunes. Il faut patienter un peu pour rentrer, le temps que les stadiers se mettent en place. Bollaert avait déjà vécu de belles émotions dans la soirée puisque le match y était diffusé sur écran géant devant 38 000 spectateurs !

Il est près de 4 heures du matin et environ 12 000 furieux sont là, à chanter en attendant les joueurs. L’on peut suivre quelques images en direct montrant ces derniers dans le bus, en train de fêter leur succès comme il se doit.

Le manque de sommeil ? Plus personne n’y pense, et tout le monde est dans une forme olympique quand Pierre Sage, Florian Sotoca, Florian Thauvin et toute la clique finissent par entrer dans Bollaert ! Les fumigènes illuminent les tribunes, les chants redoublent d’intensité, c’est le feu !

Les joueurs brandissent le trophée devant chaque tribune puis plusieurs d’entre eux grimpent sur le perchoir du Kop, confiant même pour un instant la Coupe de France aux supporters.

Il est près de 5 heures du matin quand Bollaert met le voile sur cette nuit de folie. Dans Lens, nombreux sont ceux à faire une nuit blanche, certains partiront dans la matinée avec les premiers trains du samedi, d’autres ont d’ores et déjà pris rendez-vous pour la parade prévue dans les rues de la ville l’après-midi.

Bonus : les festivités se poursuivent samedi après-midi !

L’on n’assiste pas à la parade de nos propres yeux mais CinéSport « a des amis un peu partout » !

L’on sait donc que le soleil a continué de briller pour ce lendemain de sacre, dans une superbe ambiance. La sécurité a qui plus est parfaitement fait son travail, aucun débordement n’étant à déplorer.

Crédit photo : Aurélien Wéry

Les 60 000 Lensois à nouveau réunis ont pu communier avec les joueurs et les remercier pour une saison hors normes, historique, magique ! Ce public a toujours été fidèle, nombreux étaient ceux présents à Gueugnon en 2007 pour une défaite embarrassante face à Montceau-les-Mines, à Istres en 2011 pour un obscur match de Ligue 2, ou encore à Guingamp en 2013 pour une déculottée 7-0 du RCL, sans oublier les restrictions drastiques de l’ère Crédit Agricole, les déboires de l’ère Mammadov ou la catastrophique saison 2017/2018 lors de laquelle le club avait failli dégringoler en National. Si le bonheur est presque permanent depuis le retour des Sang et Or dans l’élite en 2020 sous l’égide du président Joseph Oughourlian, homme providentiel du Racing, ce succès en Coupe de France consacre un travail sérieux, sur le long terme, et récompense une passion sans limite.

Rendez-vous désormais sur la scène européenne !

Texte, photos et vidéos : Alexandre Taillez

Retrouvez davantage de vidéos de la finale de la Coupe de France 2026 sur la chaîne YouTube de CinéSport

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