Dans ce 1er numéro des chroniques de Guillaume Warmuz, l’ancien gardien de but du RC Lens, du Borussia Dortmund ou encore de l’AS Monaco s’attarde sur la dimension mentale du métier, primordiale chez les footballeurs et notamment les derniers remparts. Une compétence qu’il tâche par ailleurs d’inculquer aux stagiaires de la GWS Academy.
Trophées UNFP, nommé mais pas lauréat : l’accepter et se remettre au travail
C’est toujours un moment délicat de ne pas avoir le trophée de meilleur gardien lorsqu’on est nommé mais, en même temps, il faut aussi savoir l’accepter, surtout quand ce sont les pairs qui ont voté. On peut penser qu’il y a une certaine forme d’injustice, parce qu’on a le meilleur ratio d’arrêts par exemple, ce qui peut être entendable, mais la réalité est qu’il y a eu des votes faits par les pairs donc, à partir de ce moment-là, il n’y a pas de discussion possible. Et puis, il n’y a qu’un seul vainqueur. Il faut accepter le fait que ce ne sera pas pour cette année… mais peut-être pour l’année prochaine !
Pas retenu pour la Coupe du Monde, une épreuve
Ne pas faire partie de la sélection pour la Coupe du Monde, c’est un peu plus délicat. C’est en fonction de l’orientation du sélectionneur, de sa pensée, de sa mentalité, de la façon dont il souhaite construire son groupe, donc là on a quelques exemples de grands joueurs qui auraient mérité d’être appelés et qui ne l’ont pas été par les choix du sélectionneur.
Pour s’en remettre c’est un peu plus difficile parce que c’est une échéance qui arrive une fois tous les 4 ans. Quand on en est proche mais qu’on n’y est pas, c’est plus compliqué. Il faut d’abord évacuer le fait de ne pas y être. Derrière, on peut suivre ou pas le Mondial, selon sa personnalité. Et puis il faut rebondir par la reprise de contact avec le terrain, par le travail, les objectifs de la saison à venir.
En 1998 j’ai vécu cette situation. En étant champion de France et en ayant le meilleur ratio parmi les gardiens, je ne pouvais pas faire mieux, mais finalement le sélectionneur a choisi un autre joueur pour être 3e gardien. Il a bien fait d’un certain point de vue puisque l’équipe de France a été championne du monde !
Je ne vous cache pas que c’est compliqué de s’en remettre. Au-delà de ne pas être sur le terrain, puisqu’il y avait de toutes façons d’autres gardiens devant moi, le fait de ne pas y être était une vraie frustration puisque ce sont les gars que l’on croise chaque week-end que l’on voit jouer pendant la compétition. Ce n’est pas simple mais il faut continuer d’avancer, comme lorsque l’on n’a pas été désigné meilleur gardien, avec le retour au terrain et en se fixant de nouveaux objectifs.
Robin Risser a su rebondir : de bon augure pour la suite !
On a eu l’occasion d’échanger avec Robin Risser, c’est quelqu’un qui est très à l’écoute, qui a une grande capacité à se projeter.
C’est toujours délicat quand on a des périodes difficiles individuellement, mais, humblement, il s’est construit dans cette difficulté par son travail au quotidien, avec son staff, avec l’entraîneur des gardiens Cédric Berthelin. Le staff de Lens effectue un travail de très grande qualité.
Un joueur doit développer sa capacité mentale pour pouvoir gérer les situations où il est moins bien, où il sent qu’il y a comme un trouble, où ce n’est pas clair, où il a un peu plus d’appréhension, où il est moins libéré. Il faut essayer de se dégager de tout cela, ça se fait par le travail et l’abnégation et je pense que Robin a réussi à franchir le cap. N’oublions pas que c’était sa première saison en Ligue 1, c’est tout de même une belle preuve de ses capacités et c’est de bon augure pour la suite.
J’étais très heureux de lui remettre le trophée de meilleur gardien. D’ailleurs, je n’ai pas eu le temps d’exprimer ce que je voulais dire, je pensais qu’on allait me relancer mais finalement non, et donc j’ai été très honoré que les gens de l’UNFP aient pensé à moi et encore plus heureux de le remettre à Robin Risser, que j’ai rencontré il y a bientôt un an et qui mérite ce trophée de par sa saison.
Je suis heureux d’avoir représenté la caste des gardiens, de mes confrères, que ce soient les anciens, les actuels ou ceux à venir.
Ma reconstruction après Lens
Lorsque j’ai quitté Lens et que j’ai rejoint Arsenal, la problématique était la suivante : j’arrivais à retrouver complètement mes sensations à l’entraînement mais j’avais du mal à les appliquer en match. Il y avait une espèce de traumatisme que j’avais du mal à évacuer. Le match était pour moi, dans mon subconscient, dans mon inconscient, le traumatisme qui fait que je pouvais être mauvais et commettre des erreurs que je n’avais jamais commises.
Il fallait simplement que je franchisse le cap mentalement pour dire que finalement, non, j’avais fait des erreurs mais ce n’était pas ma valeur intrinsèque. C’était tout un travail personnel à faire. C’était un cheminement par l’entraînement, puis par la reprise des matchs, avec l’équipe réserve, puis en revenant avec l’équipe première et réatteindre mon meilleur niveau, ce qui s’est passé avec mon club suivant, le Borussia Dortmund. Mais le chemin a pris un certain temps.
Pour reprendre confiance, c’est un travail intime et personnel qui se fait au fil du temps, au fil des matchs de haut niveau, car c’est là où on est tombé qu’il faut se relever.
Les échéances décisives de la fin de la saison
Pour les finales et les matchs décisifs, il faut se préparer avec les routines habituelles qui fonctionnent. J’ai envie de dire qu’il ne faut surtout pas changer ce qui va bien, ne surtout pas changer nos certitudes. Il faut garder ce qui nous fait aller vers les sommets de ce que nous sommes : la même préparation, le même matériel, la même qualité de l’entraînement, les mêmes discussions, toute cette énergie que l’on va mettre à bien se préparer. C’est un travail qui est mental d’abord et puis c’est une application physique pour pouvoir réaliser la conjonction des deux.
Jouer une saison est relativement « simple » mais jouer les finales, les matchs dont les résultats vont avoir une grande importance pour un club, ce n’est pas la même chose. Je pense que l’expérience de la saison peut nous préparer à ce genre de match.
Je pense que c’est plutôt bien de s’entraîner aux tirs aux buts avant une finale d’un point de vue purement technique. Les conditions n’ont rien à voir, parce que, forcément, les tirs aux buts se feront après 120 minutes, avec de la pression, de la fatigue, avec du public, et on ne peut pas reproduire ça à l’entraînement, par contre c’est toujours bien de prendre le temps de voir ce que l’on va réaliser techniquement en cas de tirs aux buts, au calme.
Gardien de but, un état d’esprit à part
La dimension mentale, c’est ce par quoi je commence dans mon académie. C’est à dire que, pour moi, la primauté, c’est cette dimension, tout ce que j’ai évoqué précédemment.
Pour un gardien, arrêter les balles est déjà une posture mentale, c’est faire don de son corps à la « science football », qui est l’inverse de marquer des buts. Il faut avoir la condition intérieure qui va nous donner cette volonté, donc ça passe par le mental. Et derrière, il faut appliquer la technique.

La retraite sportive, « petite mort du footballeur » : comment la préparer ?
Steve Mandanda en parle dans son livre : la retraite, quand on est footballeur, c’est très compliqué, parce qu’on est plongé et on est happé dans un monde qui nous a modelé et duquel on ne sortira jamais indemne. Il n’y a aucun autre métier que l’on pourra autant aimer, au niveau sensations, au niveau rencontres de personnes, au niveau objectifs, dans le don de soi… C’est comme un sacerdoce, c’est quelque chose d’exceptionnel, c’est un métier qui est unique, il n’y a que 600 professionnels en France sur 65 millions d’habitants, c’est un métier de spectacle, c’est un métier rare.
En général on a commencé de bonne heure donc on n’a rien connu d’autre, du coup, quand on fait le chemin inverse, c’est compliqué. Dans la vie de tous les jours, on peut trouver des moments qui vont ressembler un peu à ce qu’on a vécu mais il n’y a plus cette plénitude de l’engagement quotidien, de la préparation et du match du samedi devant le public.
Ce qu’il faut faire, à mon avis, c’est d’abord réfléchir à son après-carrière, et puis sur cette après-carrière, faire des choses que l’on aime, plutôt que de se laisser surprendre par la fin de la carrière.
La chose qu’il faut dire en amont c’est que quoi que l’on fasse – à part si l’on devient entraîneur de très haut niveau mais il y a très peu de places et tout le monde n’est pas fait pour ça –, on ne retrouvera jamais ce qu’on a connu et il faut se préparer à quelque chose qui est assez compliqué.
Accepter ce côté un peu « inutile » alors qu’on était utile à une ville, parfois à une nation.
Il faut trouver sa voie, et cela se prépare en amont.
La GWS Academy transmet les compétences techniques et les valeurs essentielles pour exceller sur le terrain. L’académie est dédiée à la formation des gardiens de but par le biais d’entraîneurs diplômés d’État.
Toutes les informations pratiques sont à retrouver sur le site officiel : https://gws-academy.fr/
La GWS Academy est également présente sur Instagram, Facebook et Tik Tok.

